Samedi 24 septembre 2016









CULTURE

Boulo Valcourt

D’ici et d’aujourd’hui


J’ai connu Henriot (Boulo) Valcourt au cours d’une soirée à Batofou animée par Syto Cavé. J’ai été frappé par sa chaleur, son sourire, sa voix grave et mélodieuse, cet enthousiasme et cette volubilité qu’il y avait en lui. Un chanteur exigeant, qui a toujours privilégié à la fois la tendresse et la ferveur. Musicien polyvalent, compositeur, interprète, guitariste, keyboardiste, il débuta à seize ans avec Pépé Bayard, puis intégra «Les Gilbreteurs», un petit groupe de quartier. De là, il va suivre un parcours haletant : d’abord dans le groupe «Les Copains» qu’il forma à dix-sept ans avec des amis, ensuite le groupe «Caraïbes» d’Emile Volel, ainsi que le groupe «Ibo Combo» reformé à New York avec Gaguy Dépestre, José Tavernier, Réginald Policard, les frères Laraque, etc. Le fameux groupe «Caribbean Sextet», produit du groupe «Horizon 75», peut être considéré comme la principale marque de fabrique de Boulo Valcourt. Le digne enfant de la génération «Yé – Yé» et de la mouvance rock, fasciné aussi bien par le jazz que par la musique troubadour, a imprégné plusieurs générations de son talent contagieux. Inoubliables, les succès de «Caribbean Sextet» ont fait les délices des mélomanes et la joie des couples enlacés : «Jwi lavi», «Lache kò w», «Carole chérie», «Tante Nini», «Chérie ou la», «Kenbe m la» … Pour rivaliser alors avec les meilleurs orchestres (Les Frères Déjean, Tabou Combo, Bossa Combo, System Band, D.P. Express, Skah-Shah, Orchestre Tropicana), il a fallu de la vigueur et de la créativité. Il n’y avait pas que la voix de Boulo Valcourt qui donnait du sens aux chansons entraînantes, guindées, servies par un rythme sensuel. De cette époque datent effectivement notre amitié, notre admiration très fortes. Son égo le préoccupe moins qu’on le pense. Cette attitude exige un contrôle absolu de sa propre image, mais cette exigence, loin d’inhiber son naturel, l’a mis en valeur. Surtout, sa joie de vivre, un sourire aux éclats sincères et spontanés, est déjà une invitation, une générosité que les paroles ne démentent pas. C’est un artiste qui veut constamment avancer, se renouveler. Et puis c’est un artiste qui aime les auteurs, les créateurs, les esprits originaux. Pour lui, Dodof Legros représente le suprême modèle. Après avoir fait brièvement des débuts de pianiste avec le quartet «Pikliz», le groupe pionnier de ‘‘drum machine’’, il fonda le groupe «Djann», rebaptisé quelque temps après «Caribbean Djann», pour remédier à la «démobilisation du «Caribbean Sextet». La tête gonflée de sons de tous les rêves, il s’oublie sans cesser d’être, de changer, d’innover, en apportant sa contribution à la valorisation des traditions musicales nationales, avec son incroyable esprit d’ouverture, son éclectisme. Cette curiosité d’abord de toute chose. Ce goût de connaître, de découvrir, qui lui est particulier. À cet égard, ‘‘Haitiando’’ demeure un exemple chatoyant dans sa carrière. Demain, il se pourrait que cette figure aiguë – pourtant très réservée, timide même - d’une des époques prodigieuses de notre production musicale soit reconnue comme un remarquable musicien, auquel hélas on peut tout reprocher, sauf d’avoir réussi pleinement à mettre en valeur toutes les facettes de son talent. C’est là son drame. Prisonnier d’un milieu étouffant et chaotique, il en a toujours été conscient.











AUTEUR
Pierre-Raymond Dumas

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