Samedi 1 octobre 2016









CULTURE

La ruée vers la mémoire


Le patrimoine haïtien présente une richesse et une diversité culturelle à nulle autre pareille qu’il importe de mieux valoriser, y compris à ceux qui le côtoient chaque jour dans le but d’en assurer la pérennité. Le côté mémoriel de ce patrimoine est devenu, depuis quelques décennies, une préoccupation majeure pour plus d’un. Dans une Haïti mouvante faite de crises et de turbulences, ne pouvant maîtriser ses mutations, le passé fait alors figure de valeur de refuge. L’aveuglement des Haïtiens dans leurs rêves de nouveauté conduit le pays à la destruction de ses propres assises en oblitérant ses propres valeurs, notamment par un déficit de mémoire. Ainsi, s’interroger sur la question de mémoire en Haïti, c’est ouvrir le terrain à une réflexion sur le rapport à établir avec le passé, avec la tradition. La mémoire se définit comme un retour réflexif du sujet sur ce qui fut. Aux yeux d’Andrée Fortin, le sujet transforme le rapport à ce qui est perdu pour réinvestir ce qui est au présent par un autre rapport à ce qui a été. Il conjugue alors des émotions, des souvenirs, des images, des mots dans le but de traditionnaliser ce qui a été. À mon sens, entre le passé et le présent, entre les prédécesseurs et les successeurs, il y a nécessité d’un dialogue, d’obligation d’un travail réciproque, de compréhension et de mémoire. Cette dernière s’enracine dans le concret, dans l’espace, dans le geste, dans l’image et l’objet. À ce sujet, Pierre Nora signale que la mémoire est un phénomène toujours actuel, un lien vécu au présent éternel, car l’amnésie indiviuelle est aussi cruelle et dangereuse que l’amnésie collective. Or, la mémoire se présente comme un outil précieux qui témoigne du passé et aide à construire un avenir meilleur. Il faut donc impérativement entretenir le culte de la mémoire en Haïti pour la réalisation d’un modèle de société reposant sur l’usage rationnel des ressources culturelles du territoire. Il est à remarquer que l’état de délabrement de certains sites historiques de notre pays donne froid dans le dos. La dialectisation de la mémoire est un mouvement qui appelle des retours et des visites continus. La mémoire se singularise par le fait qu’elle entretient un rapport spécifique au deuil, que ses constructions narratives entendent préserver le souvenir d’un passé qui a été. Ce pays qui a connu la plus belle épopée du monde caribéen possède inévitablement un aspect mémoriel fabuleux. Il doit y avoir une réorganisation de la représentation de ce qu’on appelle : passé-présent-futur. Yvan Combeau écrit, dans « Entre Histoire et la mémoire », que la mémoire est un antécédent vécu comme présent, puisque ce qui est conservé est, de ce fait, présent. Sans aucun doute, les sites Vertières, Ravine-à-Couleuvres, Pont-Rouge, les statues des Héros de l’indépendance en sont des exemples concrets. Il est clair que le caractère du passé qui s’attache aux choses vient de l’attitude de conscience que nous prenons devant elles, si bien que Combeau clarifie que tout objet perçu existe dans le temps présent, et toute icône du passé dont nous avons conscience est, par-là même, présente. Haïti est en ce sens l’un des pays au monde qui illustre l’abondance de souvenir avec cette infinie pluralité de lopin de terre. Fritz-Gérald LOUIS Historien de l’Art et Archéologue Maître en Histoire, Mémoire et Patrimoine fglouis2002@yahoo.com











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