Vendredi 30 septembre 2016









CULTURE

La boutique du bourreau de mon rêve ou un éloge de l’altruisme


« Un livre n’est pas un cimetière, et s’il l’est toutefois, ç’en est un où les morts pensent », nous dit notre grand écrivain haïtien, l’académicien Dany Laferrière. Il existe, dès lors, mille et une manières pour entrer dans un livre. Tandis que moi, dans ma quête perpétuelle de liberté, j’ai plutôt choisi d’y pénétrer de la manière la plus simple : à la manière de l’araignée sauteuse. Bref, à ma guise. C’est-à-dire, sauter dans les pages du livre, comme pourrait bien le faire l’araignée. Et je saute évidemment… Je lis une page, je médite, avant de sauter dans l’autre. Et ce fut donc ainsi. Ainsi de suite… Comme pour refuser de lire un tel livre à cheval, ou de le galoper dans le sens le plus absurde, la plus banale des choses. Et il est des ouvrages qu’on respecte, méritant d’être lus à pas de chat, avec autant de vigilance qu’il faut. En effet, « La Boutique du bourreau de mon rêve », ce formidable roman de mon ami Getchens Mathurin, est de cette catégorie de livres. Et j’ai eu alors du plaisir à danser dans les pages de ce beau bouquin, paru en France aux Éditions Jets d’Encre, en mai 2013. Ce roman s’inscrit dans le cadre d’une notion pure de la vie, une vision tout à fait philanthropique du monde, malgré toute l’horreur de la planète. Par conséquent, l’auteur y prône un altruisme pratique, et non un humanisme au concept desséchant, au sens théorique, ou au sens idéaliste du terme. L’auteur y met en évidence les véritables vicissitudes de l’existence, propose donc quelque chose de concret. Le souci de l’autre y trouve sa place, bat son plein, devient philosophie, la plus authentique philosophie humaine, le vrai moteur même qui fait tourner la vie, la fait bouger, croître, grandir, fleurir dans tous les sens, ou dans son sens le plus normal, le plus digne des valeurs humaines. Je ne peux m’empêcher de magnifier cette subliminale démarche universelle, atteignant son paroxysme. L’histoire se déroule en Haïti, dans le quartier des Nègres-Fragiles, vraisemblablement à la fin du XXe siècle. L’écrivain nous conte le récit de Monsieur Philipe Mathieu : ce boutiquier hypersensible, un homme illuminé par la force positive qui tend la main aux nécessiteux du village, à tous ces enfants démunis et sans issue aucune. Son grand-père, de qui il aurait hérité en partie de ces gênes de générosité, parle ainsi à ses enfants en ces termes providentiels : « Que cette boutique, après ma mort, ne soit pas un instrument destiné à amasser des bénéfices injustes sur le dos de ces malheureux. Son objectif n’est pas et ne sera jamais de faire de vous ou de vos descendants des commerçants enrichis, des businessmen bien assis dans le fauteuil du capital, sous lequel survivent de malheureux paysans. » Et ce n’est pas tout, il ajoute : « Elle n’est donc pas pour vous, mais pour votre prochain. Vous et vos descendants devrez préserver son existence contre vents et marées. D’ailleurs, vous feriez bien de vendre vos terres dans cet objectif. » Mais quoi de plus intéressant ? L’âme de l’écrivain est dans son œuvre. Malheureusement, il y aura toujours un salaud pour troubler l’ordre des choses, dans la dimension la plus sinistre. Et qui est donc Foster sinon que la représentation du mal? Un assassin qui est troublé par l’usage qu’il devrait faire de ses rêves comme l’aurait fait un homme de bien. L’un et l’autre avec de différentes réactions. Il parle ainsi en ces propos, comme pour justifier les cafards de sa tête : « Oui, mais moi, je crois à mes rêves. Ils ne me mentent jamais. J’avais même vu en rêve l’accident qui allait ôter la vie à ma mère ! J’avais également vu en rêve deux grands pigeons frapper les tours jumelles du World Trade Center, bien avant le 11 septembre. Mes rêves sont prémonitoires. Ils m’annoncent des événements qui se produisent vraiment ensuite. » Ouf ! Et le pauvre con surnomme l’homme de cœur : « le bourreau de mon rêve ». Il y persiste encore, comme pour se vautrer dans sa démence la plus putride : « En tout cas, pour moi, ce visage détesté dès que je l’ai vu, qui est aussi celui du coupable qui me brutalisait dans mon rêve, est à présent ce que je hais le plus au monde, et l’homme qui a ce visage mourra. Je ne souhaite pas endurer dans la réalité le sort que j’ai connu dans mon sommeil. Aussi, pour cette raison, tuer ce monsieur est la décision la plus prudente que je puisse prendre. » Alors, avec ce roman, on peut se poser la question «quelle part de prémonition nos rêves nous apportent-ils ?» Quelle part de réalité et quelle mise en garde? Et, à sa façon, l’auteur nous répond de si belle manière. En somme, ce qui m’intrigue le plus aussi dans ce roman, c’est cette scène merveilleuse, inattendue, cet exceptionnel dénouement qui n’est qu’une preuve d’une grande humanité et de grandeur d’âme. N’est-ce pas avant tout ces éternelles valeurs qui permettront à la planète de mieux respirer ? J’ose le croire. En profitant de décrire un peu la réalité sociale de ce qu’un intellectuel haïtien appelait autrefois «Le pays en dehors», l’auteur transmet en même temps un message d’humanité et d’amour et donc universel. C’est un grand livre dans tous les sens. Il est écrit avec un tel éclat, une telle précision et concision, une telle profondeur d’esprit et une telle aisance particulière de la part de l’auteur. Je l’avoue donc publiquement avec toute ma probité intellectuelle. Je n’ai qu’à souhaiter donc bon vent à l’auteur, et à cet ouvrage qui ne sortira jamais de ma mémoire, mon for intérieur le plus intime. Et à vous, chers lecteurs, je recommande plutôt de commander ce bouquin, sur le site des Éditions Jets d’Encre. Pensez-y ! Désormais, le roman que j’aime est « La Boutique du bourreau de mon rêve », le grand roman de Getchens Mathurin.











AUTEUR
Raynaldo Pierre Louis, Poète-écrivain, République dominicaine, Vendredi 11 juillet 2014

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