Lundi 26 septembre 2016









EDITORIAL

Sans grande surprise


La séance de jeudi annoncée au Sénat ne s’est pas tenue. Les sénateurs n’ont pas trouvé le quorum nécessaire pour travailler. Entendez par-là qu’au décompte dans la salle de séance, il a été impossible de dénombrer 16 sénateurs pour ouvrir les travaux. Dans l’enceinte du Parlement au Bicentenaire, entre cour et jardin, des honorables élus se sont cachés, préférant jouer à cache-cache avec leur responsabilité. Ils étaient là, sans être présents, se présentant après le deuxième appel nominal et le renvoi de la séance. Cela se nomme la politique de la chaise vide. Cela se pratique ici comme ailleurs. C’est de bonne guerre. Sauf qu’ici, elle dure, dure. C’est dur. Car pendant que le Sénat, dernier bastion qui résiste au président Michel Martelly et à son équipe, refuse de travailler, le gouvernement avance. C’est par rafales que les annonces se suivent. Pour le carnaval, le président a supervisé la signature de plusieurs accords par des ministres. Dans de nombreux domaines. Ces accords internationaux sont assujettis à la ratification du Parlement pour prendre effet. Si le Parlement est amputé d’une branche, que va-t-il se passer pour les projets pétroliers avec Trinidad and Tobago ? Que va-t-il advenir des accords signés avec les Bahamas ? Mercredi, le premier ministre Laurent Lamothe a présenté un mirobolant projet foncier sur le terrain de l’ancien aéroport Bowenfield, au bas de Delmas. Le Venezuela, via PetroCaribe, va financer des appartements, des logements sociaux, un développement urbain sans précédent dans la zone. Qui va jeter un œil sur ce qui risque de devenir un autre éléphant blanc de la coopération haïtiano-bolivarienne ? Pas le Parlement, les sénateurs ne se réunissent pas. Ce jeudi, c’est un protocole d'accord avec Carnival Cruises pour la construction d'un ressort de plus de 70 millions de dollars sur l’île de La Tortue que le gouvernement Lamothe annonce avoir signé. Qui vérifiera qu’il n’y a pas raison de regarder à deux fois pour s’assurer qu’il n’y a pas de concessions relevant de l’approbation du Parlement dans cette affaire ? Personne, les chaises sont vides au Sénat. Ce jeudi, à la Chambre des députés, des ministres ont défilé pour défendre le budget du prochain exercice, mais si le Sénat baisse la garde en préférant l’absence à l’opposition de front, ce budget ne servira à rien, au pire sera voté un soir, sans débat, pour sauver la face. On pourrait poursuivre à l’infini l’énumération des torts qu’encourt le pays avec la débandade des sénateurs. Qui a tort ou qui a raison, là n'est plus la question. En pensant bloquer Martelly, son administration et son gouvernement, le Sénat inopérant bloque le pays, le brade, le livre à la merci de toutes les aventures, empêche la tenue des élections. Joue à qui perd gagne. Mais est-ce une surprise ? Martelly et son poulain pas encore désigné ont déjà trouvé le thème de la prochaine campagne électorale qui aura lieu un jour : « Ils ne nous ont pas laissé gouverner ». On a déjà vécu ce scénario et on connaît la suite. Sans surprise, non plus.











AUTEUR
Frantz Duval duval@lenouvelliste.com Twitter:@Frantzduval

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