Samedi 10 décembre 2016









SOCIETE

En guise d’hommage au professeur et ancien président Leslie F. Manigat…


En ma qualité de juriste internationaliste (droits humains et domaines connexes), je suis loin d’être la personne la mieux qualifiée pour parler de la pensée de Leslie F. Manigat. Je devrai donc prendre le temps de scruter ses œuvres, son enseignement et ses réflexions. Les différents articles rédigés et publiés dans les journaux, notamment Le Nouvelliste (Haïti), ainsi que les différentes émissions spéciales réalisées suite à son décès permettent de comprendre cette logique. Cependant, tout le monde s’accorde à reconnaître que cet homme, réputé à l’échelle internationale pour être un intellectuel, s’est engagé dans la politique de son pays. Autrement dit, en plus de ses préoccupations académiques, il s'engagea à contribuer à donner une nouvelle orientation à la cité qui d’ailleurs en a tant besion. Il ne fut donc pas un intellectuel passif! Et ce double aspect n'est pas contesté. Il n’a pas réussi, souligne-t- il. Il ne croit pas non plus avoir qu'il a échoué, comme le disent ses détracteurs. On pourrait ici formuler un ensemble d’interrogations. L’approche de ce double rôle dans la cité ne pourrait-elle pas être l'objet de réflexion au sein de la communauté académique qui, en plus de son rôle avant-gardiste, doit dans certaines circonstances accompagner le peuple en vue de concrétiser son rêve de changement ? Cette question me paraît particulièrement intéressante à un moment où Haïti, première République noire du monde, ''mère" de l'Amérique latine, patrimoine commun de l’humanité selon l'UNESCO et avant-gardiste en matière de respect de la liberté est à un tournant très révoltant de son histoire de peuple. S’il a failli réussir au plan politique, un engagement collectif des intellectuels haïtiens pourrait réussir. A environ une année de la date butoir des Objectifs du millénaire pour le développement (2015), Haïti est encore le pays le plus pauvre de son hémisphère et est en proie à l'instabilité politique constante (Gédéon Jean, Haïti au carrefour de la Reconstruction, Vie politique et coopération internationale, l’Harmattan, France, 2013). Cette situation de pauvreté à laquelle est confrontée la grande majorité de la population devient encore plus préoccupante, quand on l’aborde sous l’angle des droits humains (Gédéon Jean, La Reconstruction d’Haïti, l’extrême pauvreté un enjeu fondamental, nouvelle édition, l’Harmattan, France, 2014). Le contexte socioéconomique et politique d’Haïti n’est donc pas favorable à l’effectivité de la démocratie, de l’État de droit et du droit au développement durable et à l’auto-détermination des peuples. En dehors de certains facteurs historiques et géopolitiques, il ne fait aucun doute que la vie politique haïtienne ne remplit pas sa mission. Qu’en est-il du rôle des intellectuels du pays? C’est aussi l'échec de l’élite intellectuelle haïtienne de nos jours qui ne s’engage pas comme acteur à part entière en quête d'objectifs clairement définis. En effet, faut- il uniquement parler de l’échec de l’État, des partis politiques et de la coopération internationale? Cet échec de la classe intellectuelle haïtienne pourrait s’expliquer par son comportement passif ou un manque d’engagement politique. Cette double approche du professeur Manigat (intellectuel et engagement citoyen), en dehors de toutes ses limites, ne pourrait-elle pas servir de leitmotiv pour l'émergence d'une nouvelle classe intellectuelle engagée dans une perspective de provoquer ce changement dont la population a tant rêvé ? Maître Gédéon Jean, La Haye, Pays-Bas











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