Transport en commun: une révolution inquiétante pour les entrepreneurs

Publié le 2014-07-23 | Le Nouvelliste

Economie -

Trouver un bus pour se déplacer, de manière confortable, de la zone métropolitaine de Port-au-Prince vers certaines villes de province depuis quelque temps s’est révélé moins pénible pour les usagers grâce à la présence de quelques compagnies. Cette révolution fait sourire les passagers, par contre les investisseurs se montrent inquiets de l’avenir de cette entreprise. Ce voyage, considéré dans le temps comme un calvaire pour les passagers du fait d’être entassés comme des sardines dans une cannette, entre marchandises et gens, n’est plus cet enfer. En effet, depuis près de deux années, plusieurs bus de transport en commun spacieux et modernes sont mis en service grâce à un effort d’investisseurs haïtiens pour relier les villes des Gonaïves, de Cap-Haitien, de Port-de-Paix, de Ouanaminthe. Sans Souci, Le Transporteur, Patrick Coach Line, Transport Chic, Royal Tours, Sky Blue, Haïti Trans jettent les bases de cette révolution dans le transport en commun interurbain. Un voyage dans des conditions agréables pour cette catégorie de passagers qui ont le privilège d’écouter de la musique, de visionner des films et des vidéoclips au cours du trajet. Un confort à la mesure de leur désir. Ces six entreprises à elles seules possèdent 80 autobus desservant quelques villes de province. Ce nouveau mode de transport en commun est une ligne de bus conçue et exploitée pour garantir un service proche de ce que peut offrir le tramway : fréquence élevée, ponctualité, plages horaires étendues, temps de parcours optimisé. Chaque véhicule est doté d'un système de climatisation réglable selon les désirs de chacun des passagers, de sièges à double ou une place confortable, de rideaux décoratifs offrant aux passagers une certaine intimité. Les propriétaires de ces compagnies de transport entament donc une petite révolution dans le secteur du transport en commun dans le pays. D’après Richet Junior Jacques, directeur général de la compagnie Le Transporteur, la décision de mettre sur pied sa compagnie est motivée par ses mauvaises expériences dans le transport en commun traditionnel. Une déclaration renforcée par Robert Dugué de la compagnie Sans Souci qui se rappelle encore de ce jour où il a dû s’acheter un nouveau pantalon à sa descente d’un bus en provenance du Cap-Haïtien, vu que le premier a été déchiré par un clou laissé à l’air libre sur sa banquette. « Aujourd’hui, je suis satisfait de regarder les gens voyager vêtus de leur costume et sans aucune inquiétude », déclare fièrement le directeur technique de Sans Souci Tours. Cette révolution traîne aussi son lot d’inquiétudes. Les manifestations, le mauvais état des routes, le problème des taxes, l’absence de crédit, l’absence de loi- cadre sont autant de problèmes qui alarment les nouveaux investisseurs du secteur du transport en commun. « Chaque autobus coûte environ 190 000 dollars américains. On n’a aucun accompagnement ni protection de l’État », fait savoir Wanex Lalanne Zéphyr. Il souligne que les flottes d’autobus sont souvent l'objet d’attaque sur les routes tout en fustigeant l’attitude insousciente des autorités responsables de l’État. Richet Junior Jacques, de son côté, affirme que la création de ces entreprises représente une valeur ajoutée sûre pour l’État et exige des mesures incitatives pour accompagner les investisseurs. En plus de l’insécurité, l’obstacle majeur reste le mauvais état des tronçons de route Gonaïves – Port-de-Paix ou Gonaïves – Cap-Haïtien. « On est obligé de revoir à la hausse le coût des opérations », confie le manager d’Haïti Trans. Il se plaint de ne pas pouvoir augmenter le prix du billet malgré l’incidence du taux de change sur l’entretien et la maintenance des autobus. La sécurité sur les routes, le contrôle sur les routes, le crédit dans des banques de la place, l’exonération, la régulation du secteur sont autant de souhaits formulés par ces entrepreneurs qui affichent leur pessimisme en dépit de leur désir de contribuer au développement du secteur du transport en commun. Toutefois, ils invitent les anciens propriétaires d’autobus du transport ordinaire à se mettre ensemble pour moderniser le secteur. Un changement accepté.

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