Samedi 1 octobre 2016









EDITORIAL

Aurons-nous enfin un CEP à la hauteur de sa mission ?


Il n’y a plus d’obstacle majeur sur la route des élections. Mais il reste une liste infinie de détails à finaliser. C’est le constat que l’on peut faire ce 21 juillet 2014, deux ans après que, sous le règne de Michel Martelly, on tente de monter un Conseil électoral et de réaliser des élections en Haïti. Ce lundi, avec la prise de fonction de quatre nouveaux membres, le CEP est complet. Il compte neuf membres. Il est plus équilibré que jamais. Pour la première fois, ce n’est pas le représentant personnel du président de la République qui le préside. Un grand fossé de franchi. Que de combats pour faire de si petits pas ! Donner un semblant d’indépendance à une institution indépendante a été, pendant deux ans, au-dessus des forces de Martelly et de ses conseillers. C’est l’amendement de la Constitution de1987, voulu par le président René Préval et mis en œuvre par le président Michel Martelly, qui a jeté le pays dans le cyclone d’un CEP imbuvable. Avant, dans l’esprit de la Constitution de 1987, le CEP était un agglomérat de membres de la société civile désignés avec bonheur ou déception par des institutions. Les forces politiques se chargeaient de les récupérer, si possible, par la suite. Depuis la nouvelle mouture de la Constitution, ce sont les trois pouvoirs qui désignent chacun trois représentants pour former le CEP. L’exécutif s’en fait une fête, le judiciaire fait comme le lui demande son autorité de nomination, l’exécutif pour ne pas la citer, et le pouvoir parlementaire, incapable de se mettre d’accord sur le minimum, peine à se fixer sur ses représentants. Deux ans que cela dure. Ce n’est donc pas par hasard que le premier président du CEP fut Josué Pierre-Louis, ancien ministre de la Justice de Martelly et ancien secrétaire général de la présidence. Le second, nommé par ses pairs, n’est autre qu’Emmanuel Ménard, ancien directeur général de la Télévision nationale, le média d’Etat; puis vint Me Frizto Canton, un avocat, désigné lui aussi par la présidence et accessoirement défenseur attitré de l’ex-président à vie Jean-Claude Duvalier, l’antidémocrate par excellence. Les trois choix n’apportèrent que des problèmes à leur commanditaire. Les mois passèrent, de l’argent fut dépensé mais rien d’électoral ne fut élaboré si l’on se rappelle que la loi devant régir les élections est encore en couture au Parlement. Installé le 21 août 2012, Pierre-Louis céda sa place le 19 avril 2013 à Ménard qui ne tint la barque que jusqu’au 6 mai 2014. Son successeur Canton eut un règne encore plus court. Ce 21 juillet, il tire sa révérence. Pourquoi avons-nous perdu deux ans ? Pourquoi risquons-nous encore de perdre du temps ? La raison est simple : l’exécutif ne se rend pas compte qu’il a la responsabilité in fine d’organiser les élections et de tout faire pour que les institutions (indépendantes ou pas) puissent faire leur part du travail. Martelly et ses conseillers jouent sur le temps depuis au moins deux ans. Ils finissent toujours par perdre la face avec une aisance à faire rougir les plus effrontés. Ils ne sont pas les seuls au bal des éclopés de la démocratie. Le Parlement et les forces politiques ne savent pas sur quel pied danser la polka des élections. Le groupe des six paraît être le fauteur de troubles, mais, en fait, chacun trouve son compte dans le micmac ambiant. Nou poko sou sa. Le CEP dans ses différentes compositions n’est pas à la hauteur de sa mission. On prend des bleus ou des soumis pour réaliser une tâche herculéenne. Depuis deux ans, il n’y a pas de miracle et personne ne doit s’en étonner. Et comme si les nuages ne devaient pas s’éloigner de nous, voilà que le nouveau président du CEP est un ancien de la maison. Max Mathurin a été président du CEP de 2005 à 2007. Mathurin l’a rappelé ce lundi en faisant la déclaration suivante : « Je peux clamer haut et fort que le Conseil électoral que j’ai présidé d’octobre 2005 à décembre 2007 avait réalisé de bonnes élections dans le pays » avant d’ajouter que « c’était peut-être les élections les plus transparentes, les plus crédibles, les plus honnêtes et les plus démocratiques qu’Haïti n’ait jamais connues ». Max Mathurin a-t-il déjà oublié que, devant l’incapacité de son CEP de réaliser les élections de l’époque, on a dû faire appel à l’expert Jacques Bernard ? A-t-il aussi oublié que les résultats proclamés par le Conseil électoral qu’il présidait plongèrent le pays en 2006 dans de vastes contestations populaires ? A-t-il oublié les tapages de Patrick Féquière, les bulletins retrouvés à Titanyen ? Le Conseil électoral provisoire de Mathurin fut forcé par la rue et les amis d’Haïti de revenir sur les premiers résultats annoncés avant de proclamer René Préval président de la République grâce à l’introduction des votes blancs dans les calculs. Comment un président du CEP peut-il oublier avec autant de grâce les erreurs de son passé ? L'entrée en grand de la communauté internationale dans la résolution de nos affaires électorales et la foule se prélassant dans la piscine du Montana, n'était-ce pas au temps de Mathurin ? Celui qui a péché ayant appris de ses erreurs, aurons-nous enfin un CEP à la hauteur avec cette nouvelle version présidée par Mr Mathurin ?











AUTEUR
Frantz Duval duval@lenouvelliste.com Twitter:@Frantzduval

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