Samedi 3 décembre 2016









ECONOMIE
L. Gordon – Olivier / Fiction / Thriller financier

Faire pénétrer le lecteur dans un monde angoissant

Carte blanche à Jean-Claude Boyer


Nous adressons nos remerciements à M. Jacques Trauman pour son aimable attention en nous faisant parvenir par voie postale le livre de L. Gordon et Olivier Marbot « Panique à la banque / la chute de la maison Lehman », paru en avril 2014 aux Éditions Les points sur les i, collection point de rencontre. Les deux auteurs ne qualifient point leur travail, mais l’allusion à une actualité pas si lointaine est claire. Il s’agit d’une fiction romancée, basée sur une histoire vraie. Je ne pensais pas qu’en plongeant dans sa lecture, j’allais y prendre un plaisir intellectuel aussi intense et amasser autant de connaissances sur la banque par temps de crise. Avant d’en faire un compte-rendu exhaustif, je me propose de partager avec le lecteur les enseignements que j’ai préliminairement tirés en tournant les pages. Un assassinat troublant Gauthier de Montpazier, énarque, directeur général et numéro deux du Crédit national de France (CNF) tire de son sommeil Jean Poimpon, son cousin par alliance, ancien camarade de l’ENA, aujourd’hui conseiller du président de la République pour les questions monétaires et économiques. L’heure est apparemment grave. Irène, la femme de ménage, vient de découvrir le corps du président Picquart, affalé sur son bureau, une balle dans la tête. Affolée, elle prévient Jules, agent de sécurité de service, lui-même ancien policier, lequel à son tour alerte Gauthier de Montpazier. Celui-ci croit à une plaisanterie de mauvais goût. Néanmoins, il s’extirpe de son lit, essayant tant bien que mal de rassurer son épouse qui, naturellement, s’étonne de sa décision de se rendre au bureau alors qu’il ne fait pas encore jour. Arrivé au siège de la banque, Gauthier rencontre Jules. Les deux hommes pénètrent dans le bureau de M. Picquart pour se rendre à l’évidence que le numéro un du CNF est bel et bien mort. Jules ne cesse de lui conseiller de ne toucher à rien. Il remercie l’ancien flic pour son travail et lui demande de garder le silence. Quelle disposition prend-il ? Il alerte Jean Poimpon qui est de mauvaise humeur et avait à peine regagné la maison conjugale. Chlotilde lui passe le combiné. Gauthier lui annonce qu’il rapplique dare-dare. Rien ne peut se dire au téléphone. Le cadavre disparu, volatilisé C’est donc un conseiller spécial du président de la République qui reçoit son ancien camarade avec mauvaise humeur. Quand il est mis au courant de la situation, il finit par ravaler sa mauvaise humeur et décide d’aller voir sur place. À leur arrivée, le cadavre a disparu. Au grand désappointement de Jules qui n’avait pas quitté son poste de vigie. Jean Poimpon prend le bon côté de la chose: il n’aura pas à en informer le chef de l’État. L’affaire n’est plus d’Etat. Il n’y a pas de cadavre. Plutôt si, mais volatisé. Le nettoyage a été fait au bureau de M. Picquart par ceux qui ont emporté le corps. C’est dans cette atmosphère de suspense que débute la fiction de Gordon et Marbot. Dans ce premier volet tenant lieu de compte-rendu, je me propose de livrer au lecteur, tirées de l’exposé préliminaire de Gauthier de Montpazier à son ami Jean Poimpon réveillé en pleine nuit, quelques clefs pour mieux comprendre la finance bancaire moderne. Quelques principes de base D’entrée de jeu, Gauthier annonce à son ami Jean qu’il est arrivé quelque chose d’épouvantable à la banque, sans en préciser davantage. Il déclare qu’il fait ce métier depuis quinze ans et que son ami ne doit pas se vexer s’il rappelle quelques principes de base pour qu’il comprenne dans quel pétrin « nous sommes ». « Nous? », s’inquiète Jean. Gauthier préfère ignorer la pointe d’ironie et poursuit d’un débit rapide : -Toute entreprise a un bilan. Une banque, c’est différent. Une banque, c'est un bilan. C’est notre bilan que nous vendons, c’est-à-dire notre capacité à emprunter et à prêter… Nous ne créons pas de monnaie, tout ce que nous prêtons, nous devons l’emprunter, soit auprès des déposants, soit sur les marchés… Il s’agit des marchés financiers, donc des bourses de valeurs. Le funding Gauthier respira et reprit, forçant un peu sa voix. Il annonce à Jean que, depuis dix ans, la taille du bilan des banques a explosé. -Les masses sont devenues gigantesques! Pour ne parler que de la mienne, on atteint presque le PNB de la France! Jean l’interrompt et lui dit que le président de la République le réveille en pleine nuit pour lui raconter des conneries pareilles, il veut bien. « Mais toi, franchement… », lâche-t-il pour marquer sa déception. Gauthier de Montpazier reprit d’une voix plus ferme après avoir été tenté d’essuyer une goutte de sueur qui dégoulinait le long de sa tempe. -En principe, les banques trouvent dans les marchés monétaires toutes les sommes dont elles ont besoin pour ce que nous nommons le funding. Mais depuis un an, avec cette foutue crise, on a de plus en plus de mal à trouver des prêteurs sur les marchés… Notre refinancement devient de plus en plus difficile. Tout le monde se méfie de tout le monde. Alors, si une rumeur, la moindre suspicion, atteint une banque en particulier, ça peut devenir très grave. Plus personne ne voudra lui prêter. C’est l’éternel problème du maintien de la confiance. La banque recherche des fonds dans le calme plat ou avec fébrilité pour enrayer les effets d’une rumeur persistante. Assèchement de liquidités Après avoir écouté entièrement sa tirade, débitée d’un même souffle, Jean lui lance : « Et alors? » Gauthier ne se laisse pas décontenancer. Il répond : « Et alors… tu sais combien on emprunte tous les jours sur le marché? » Jean n’en a aucune idée. Gauthier ne le fait pas languir : « Cent, deux cents milliards d’euros. Parfois plus. » Jean consentit, cette fois, à froncer les sourcils. Gordon et Marbot écrivent : « Le coin gauche de ses lèvres se plissa en un rictus rapide… » Gauthier reprit en expliquant à son ami et cousin par alliance ce qui se passerait si d’aventure, un jour, on ne trouvait plus sur les marchés les centaines de milliards dont la banque a besoin. Il répond tout net que la banque serait en faillite! Cessation de paiement! Il faudrait rembourser des milliards d’euros empruntés la veille! Avec de l’argent frais! Le rush à éviter absolument L. Gordon et Olivier Marbot écrivent que Poimpon joignit les mains et s’avança au bord du canapé. Tout à fait réveillé. Gauthier tire les conséquences catastrophiques du manque de liquidités en révélant à son ami que ce ne serait pas uniquement les autres banques qui seraient plantées mais aussi les petits épargnants. Il agite le spectre du rush : « Des files de gens paniqués se presseraient devant les agences pour retirer leurs économies. » On verrait le spectacle au journal télévisé, dans le monde entier! Il ajoute : « Ce serait le krach. Tout le système bancaire y passerait! » Tout cela fait couler des frissons dans le dos. (À suivre)











AUTEUR
Jean-Claude Boyer dimanche 20 juillet 2014

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