Vendredi 9 décembre 2016









EDITORIAL

Pays à risque, Haïti doit faire confiance aux enfants


Le colloque « Comprendre les risques en Haïti : innover pour prévenir » se poursuit au Karibe. N’était la présence de certains exposants, on se serait cru dans un remake d’une de ces conférences qui se tiennent périodiquement depuis le séisme. Les mêmes acteurs débitent les mêmes discours sur les mêmes thèmes. Comme ils ont du talent, ils font le miracle de recycler le déjà-entendu en des phrases neuves. Une habituée ne cache pas son désappointement : « C’est du déjà-vu. Du entre nous, entre experts. Une ... », lâche-t-elle dans un éclat de rire. « A plusieurs mains », enfonce un journaliste. Au détour d’un couloir, des élèves de Catts Pressoir tiennent un stand avec le directeur de l’établissement. Au moyen d'une planche, un tuyau, un tube de PVC et des sensors reliés à un ordinateur, ils font la démonstration de la propagation des ondes dans les différents matériaux en cas de séisme. Un cours pratique. Du concret. Des notions bien apprises et bien comprises. Sur le stand, des affichettes expliquent les types de risque qu’un écolier peut rencontrer dans l’environnement scolaire et dans la vie courante. Pas de doute que cette école, Catts Pressoir, déjà connue pour sa méthode unique d’apprentissage, pourrait servir de cobaye et d’avant-garde pour mettre en place de nouvelles façons d’expliquer aux jeunes les risques et les aléas de la vie dans le pays le plus fragile de l’hémisphère. Sur un des panneaux, des photos d’une démonstration faite sur la cour du collège où des enfants apprennent à éteindre un incendie. Là une ravine, ces grands collecteurs de tous nos déchets. Ailleurs, une explication sur les dates d’expiration des produits qui font le délice des enfants. Autant de points de contact avec les risques. Certains mortels pour les hommes ou l’environnement. En partant de Catts Pressoir, une seule question, les organisateurs du colloque ont-ils bien en tête tous les risques qui nous menacent ou ne s’occupent-ils que des plus médiatiques (séisme, cyclone) ? Les grands experts comprendront-ils que l’innovation principale pour Haïti ce ne sont point ces logiciels, techniques GPS et autres dont personne ne maîtrise les b a-ba les jours de catastrophe ? Les experts du colloque cherchent-ils bien une porte d’entrée dans le quotidien de dix ou douze millions d’Haïtiens ? Pour bien sensibiliser ne serait-il pas payant de passer par les enfants ? Ne sont-ils pas les mieux à même de cerner, sans a priori, les risques et les mieux placés pour convaincre leurs parents et leur entourage ? Bien entendu, personne ne veut prendre le chemin ardu des années de prêche, de formation, tout le monde préfère les pamphlets sur papier glacé, les conférences sans lendemain, les couloirs vides de visiteurs non avisés, les discours et les compliments entre les pairs sur la dernière innovation qui ne changera rien sur la vie de ce peuple fataliste. Sur le stand de Catts Pressoir, les jeunes des deux sexes n’ont pas 16 ans. Ils ont des étoiles plein les yeux. Les étoiles de la connaissance qui brilleraient si bien dans les yeux de milliers d’autres. Qui prendra le risque du chemin le plus long pour nous sensibiliser aux dangers auxquels nous sommes exposés ?











AUTEUR
Frantz Duval duval@lenouvelliste.com Twitter:@Frantzduval

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