Dimanche 25 septembre 2016









SOCIETE

In memorian : Jacques Enguerrand Gourgue


Les grands savants s’en vont l’un après l’autre. Ainsi, ce mois de juin ramène le 18e anniversaire de la mort du célèbre plasticien Jacques Enguerrand Gourgue, connu pour ses œuvres tragiques. Sa mort fut un coup tranchant pour l’histoire de l’art haïtien en fermant brutalement un chapitre important de l'histoire du Centre d'Art et de celle du Foyer des Arts Plastiques. Considéré comme l’un des meilleurs peintres de sa génération, il n’a emprunté qu’une seule approche pour donner chair à l’expansion et à la diffusion de l’art haïtien tout en priorisant la peinture populaire. Né le 26 octobre 1930 à Port-au-Prince, Enguerrand Gourgue fit ses études primaires à l’école congréganiste Jean Marie Guilloux et ses études secondaires au Lycée Alexandre Pétion. Issu du milieu populaire haïtien, cet artiste aux accents effroyables a été très tôt initié à la peinture au Centre d’Art. Créateur inné, la peinture n’est pas arrivée accidentellement dans la vie de Gourgue, qui a obtenu une médaille d’or en 1949 pour l’exposition de ses œuvres lors de la célébration du bicentenaire de la fondation de Port-au-Prince. Grâce à ses éblouissantes performances dans la peinture haïtienne, Gourgue fait preuve d’un goût très sûr quand vient le moment de choisir ses thèmes. Dans le réalisme de cruauté, il porte pratiquement sur ses épaules la responsabilité de mener d’un bout à l’autre le destin d’une peinture choquante, toujours préoccupé par le drame haïtien qu’il interprète dans ses bas-fonds. Ayant d’autres cordes à son arc, comme le surréalisme à titre d’exemple, il opte pour les couleurs vives en peignant des toiles dotées d’une transparence intense, d’un contraste effronté et d’une harmonie provocante. A la contemplation de nombre de ses tableaux, on sent la préoccupation de l’artiste pour le milieu rural par une touche d’humour noire, ce qui lui a sans doute procuré la notoriété à laquelle il avait droit. Enguerrand Gourgue a su exposer à la rétine de tous une œuvre construite autour de sa personnalité en apportant un mystère angoissant dans ses activités artistiques. En somme, en tant qu'artiste émouvant, la peinture était pour lui, non pas un gagne-pain mais un moyen de s’affirmer et de se libérer des pulsions tragiques. Car selon certains de ses contemporains, il fut un enfant tourmenté et turbulent. Ainsi cet art fut un prétexte pour fixer sur ses toiles le visage aimé de la terre haïtienne et ses figures les plus rustiques : ses paysages taris, ses sinistres natures mortes, son surréalisme atroce pour ne citer que cela. Il est à rappeler que toutes ces toiles, sitôt terminées, sont vendues pour la plupart sans qu’aucune exposition n’eût été nécessaire pour liquider le trop-plein de la production du peintre; elles sont aujourd'hui disséminées dans plusieurs musées et collections privés. Fritz-Gerald LOUIS Historien de l’Art et Archéologue Maître en Histoire, Mémoire et Patrimoine fglouis2002@yahoo.com











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