Vendredi 9 décembre 2016









SOCIETE

Timoun se moun

Le phénomène de la domesticité en Haïti n’en finit pas de soulever les consciences citoyennes. À quand la fin de cette pratique ? Aujourd’hui encore, aucune institution haïtienne ne dispose de chiffres fiables. Dans le cadre du projet « Timoun se Moun Pwoteje m pa Eksplwate m», la directrice de la Fondation Maurice A. Sixto, Gertrude Séjour, fait le point.


Le Nouvelliste (L.N..) : Maints observateurs reprochent au secteur de la protection des enfants de ne pas avoir de chiffres fiables sur le phénomène de la domesticité en Haïti. Qu'en dites-vous? Gertrude Séjour : Le phénomène de la domesticité infantile et juvénile est très complexe, surtout quand il s’agit de statistiques. En effet, les chiffres émis à ce sujet jusqu’à aujourd’hui sont très diversifiés et les variations sont énormes. Toutefois, il y a actuellement plusieurs institutions nationales et internationales qui se sont engagées à faire une étude plus pointue de la situation afin d’aboutir à des chiffres qui reflètent le plus possible la réalité. La (FMAS) Fondation Maurice A. Sixto compte parmi elles. L.N: Le projet «Timoun se Moun Pwoteje m'» pa Eksplwate m' se poursuit. D’ores et déjà, qu’est-ce que la Fondation Maurice A. Sixto a réalisé dans le cadre de cette sensibilisation de masse ? G.S: Notre campagne de communication massive visant à sensibiliser les citoyens, en particulier dans les écoles et les regroupements de femmes, a pour objectif de mobiliser les communautés de Carrefour-Feuilles et de Pétion-Ville contre la pratique de la domesticité en Haïti. La perception de l’enfant comme un être humain à part entière est aussi notre cheval de bataille. Ainsi, dans le cadre de cette mobilisation, nous sommes déjà à plus d’une dizaine d’écoles et quatre (4) regroupements de femmes ayant été sensibilisés entre le 23 novembre 2013 et aujourd'hui. Lors de nos différents ateliers, plusieurs cas d’enfants victimes de maltraitance ont été identifiés, dont cinq (5) filles-mères à Carrefour-Feuilles, âgées de moins de 18 ans. Le travail continue et nous sommes satisfaits des avancées jusqu’ici. L.N. : Quel a été le feed-back des principales interventions de la FMAS sur le terrain ? G.S. : Ce sont toujours des réactions de révolte qui animent généralement les personnes touchées. Surtout au moment de leur interaction avec les intervenants de la FMAS suite à la visualisation du dessin animé « Ti Sentaniz ». Certains éclatent en sanglots, d’autres réclament une implication plus coercitive de la machine étatique, sans oublier ceux qui souhaitent une plus large couverture de la campagne de sensibilisation. Nous prenons toujours le soin de noter les différentes recommandations des personnes rencontrées dans l’optique de les compiler et de les soumettre aux partenaires financiers et de mise en œuvre du projet pour le suivi nécessaire. Je parle respectivement de l’Agence américaine pour le développement internationale (USAID) et de Futures Group. L.N. : Pourquoi le projet HPP-AKSE, s'agissant d'une problématique aussi importante que la domesticité, a-t-il limité sa sphère d'activité, à la seule zone métropolitaine de Port-au-Prince? G.S. : Cette première phase consiste en un projet pilote en vue d'une plus grande couverture. Bien entendu, le choix de Carrefour-Feuilles n’a pas été le résultat d'un tirage au sort, mais est basé sur sa possibilité d’être un bastion d’enfants exploités. À Pétion-Ville, un parallèle est constamment établi entre les deux catégories d’enfants (ceux plus ou moins aisés et ceux qui sont des laissés-pour-compte) de façon à réveiller la conscience du premier groupe et d’inciter chez le deuxième le réflexe de dénonciation des abus qu’ils subissent. C’est pour cette raison qu’il est primordial de noter des numéros où ils pourront appeler pour s’exprimer. Il s’agit, entre autres, de : 511 et 133 pour l’Institut du bien-être social et de recherches (IBESR); 188 pour la Brigade pour la protection des mineurs (BPM), et le 3449-3583 pour la Fondation Maurice A. Sixto (FMAS). L.N. : Qu’est-ce qu’il reste à faire maintenant ? G.S. : Le travail déjà réalisé est considérable, mais il reste encore beaucoup à faire pour enrayer ce fléau qui affecte la vie de certains de nos enfants et, du même coup, de l’ensemble de notre société. Trop longtemps, nos regards ont croisé ces démunis exploités sans même les voir, alors qu‘invisibles, nous les utilisons sans aucune considération. Où est donc passée notre responsabilité citoyenne ? Qu’avons-nous fait de cette force dans l’union qui nous a conduits à notre indépendance ? Nelson Mandela a dit un 18 juillet: «Un pays qui ne donne pas de chance à ses enfants est un pays voué à l’échec.» Propos recueillis par Claude Bernard Sérant











AUTEUR
Claude Bernard Sérant

serantclaudebernard@yahoo.fr

Réagir à cet article

Les commentaires sont modérés

Chaque contribution postée est soumise à modération. Vous pouvez alerter l'équipe du Nouvelliste, d'une contribution qui vous semble ne pas respecter notre charte en cliquant sur le bouton << Voter contre >>, présent sous chaque commentaire. Notre équipe sera automatiquement prévenue et fera le nécessaire.

La charte de moderation












Haut de la page