Samedi 1 octobre 2016









ECONOMIE

Le capitalisme américain selon John Kenneth Galbraith (XIX)

Carte blanche à Jean-Claude Boyer


Le chômage obsédant Quand un théoricien de l’économie esquisse la possibilité que prix et production tomberaient, c’est que l’heure est grave. La conséquence immédiate est l’augmentation du chômage. «Ainsi se trouveraient réduites à la fois les épargnes et la dépense en consommation courante», prévient Galbraith, traduisant la pensée keynésienne. Il poursuit : «Il est probable qu’à la fin, ce sont les épargnes qui seraient les plus réduites.» L’anéantissement de l’épargne n’est jamais une perspective réjouissante. Comme, en économie politique, l’axe des coordonnées (abscisse et ordonnée) occupe tout le temps les esprits, il n’est pas étonnant d’entendre l’auteur de l’essai «Le capitalisme américain» prolonger ainsi : «À un certain point, une telle diminution de la production totale, accompagnée d’une réduction plus que proportionnelle de l’épargne, équilibrerait les volontés d’épargner avec les intentions d’investissements- en dépit du fait que l’investissement aurait aussi sans doute diminué également entre-temps.» L’ordre des grandeurs En économie politique, on ne peut pas se passer de l’artihmétique. Tout est question de mesure. À bien comprendre, on fait jouer les grandeurs. L’économiste se soucie de l’augmentation ou de l’accroissement d’une variable (d’un paramètre ou d’une fonction). De même de la diminution ou de la réduction. Là, la réduction est plus que proportionnelle, c’est-à-dire dépasse en proportion, en quantité une autre variable. Je livre au lecteur les clefs pour comprendre le jargon économique. Revenons aux réalités de la grande dépression: la production a chuté, entraînant l’épargne et dans la glissade l’investissement s’effondre. Malgré tout, Galbraith, tenace, continue à croire avec Keynes dans l’équilibre : «Cet équilibre pourrait s’établir à un faible niveau de production et de revenu. Le chômage pourrait être élevé. Et cet équilibre avec chômage croissant pourrait être parfaitement stable.» Il s’agirait d’un illusoire équilibre. J’ai écrit dans le temps : «Équilibre, que tu nous tiens !» J’étais dans le vrai. Les traces de la dépression Mais force est de constater que, quand l’activité économique est à plat, l’équilibre est illusoire. Actualisons la quête de l’équilibre avec l’économie haïtienne en partant de la période de plomb de l’embargo. Vingt ans plus tard, l’économie n’a pas repris son envol. Les ailes sont plombées, si l’on me permet cette image. L’atrophie de l’activité correspond à une dépression. D’ailleurs, en 1993, je titrais dans «Le Journal du Commerce» de feu Gérard Allen un article : «La dépression». S’agissant de dépression, l’interrogation qui trotte dans l’esprit de l’économiste est la suivante : «Quand a-t-elle disparu ? » J’use d’une autre image : l’avion U-2 traverse le ciel et, dans son sillage, traîne une fumée blanche. Vingt ans et plus ont passé, la dépression traîne encore. En somme-nous conscients ? Oui et non. Depuis lors, tous les gouvernements s’ingénient à lutter contre le chômage, l’intention est louable. Mais la massification du chômage est telle que j’assimile l’initiative à une mission impossible. Cependant, il y a lieu de se fixer des objectifs, bien évidemment, étalés dans la durée. Des objectifs réalistes et dans la durée La condition première est la quantification du chômage. Combien d’actifs sont au chômage ? Quelle en est la répartition territoriale ? Dans quelles branches d’activité œuvraient-ils ? Autre donnée : quelle est le poids de la pression démographique dans l’aggravation du chômage ? Troisième préoccupation: la pression migratoire. Eh oui ! ne vient-elle pas compliquer la recherche de la solution ? En tout cas, il faut se fixer des objectifs réalistes. Dans un an à partir de l’année t zéro réduire le nombre de chômeurs de x%. La deuxième année de x%. La troisième année de x%. Ainsi de suite jusqu’à la 5e année. La deuxième condition est la poursuite de l’objectif par l’administration qui succède à la première. On peut espérer légitimement qu’au bout de 15 ans, 20 ans, 25 ans s’inverserait la courbe du chômage. Toute efficacité économique est mesurable à partir de cette performance qui serait obtenue par l’effort constant (je pourrais ajouter: par l’obsession) et dans la durée.











AUTEUR
Jean-Claude Boyer Mercredi 9 juillet 2014

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