Vendredi 9 décembre 2016









IDEES ET OPINIONS

Port-de-Paix : les dernières gouttes d'une hémorragie sociale chronique


Après une courte visite à Port-de-Paix, Gary Victor écrit dans le journal Le Nouvelliste qu'il a l'impression que la même quantité de poussière qui se trouve dans les rues de Port-de-Paix existe aussi dans le cerveau des Port-de-paisiens. Récemment, un autre journaliste écrit dans le même journal: « Quand Port-de-Paix tourne le dos à la mer ». Que faut-il dire de plus pour déshumaniser une ville ? Que faudra-t-il ajouter pour montrer que la pensée est à genou ou qu'elle est totalement absente dans cette ville ? Que restera-t-il à dire de la ville où rien ne fonctionne sinon que l’insalubrité est partout ? Notre passivité maladive, notre acceptation aveugle des faits les plus révoltants, nos façons de penser et d'agir, notre façon d'être, notre vision très courte du monde et des grands changements sociaux planétaires et notre refus d'élever nos regards à la hauteur des choses qui favorisent l'émancipation humaine font de nous des sauvages modérés; disons mieux des primitifs du XXIe siècle. Et la légère différence qui existe entre nous et les primitifs de l'époque des premiers balbutiements du monde, c'est que nous avons aujourd'hui l'audace de porter des vêtements et de couvrir nos sexes. Ici, à Port-de-Paix, nous paraissons comme des individus dont les cerveaux reçoivent très peu d'oxygène; et si nos cerveaux en reçoivent une quantité adéquate, nous devons croire absolument que les gens des autres villes en reçoivent trop. Il n'y a pas d'électricité, les élèves de rhéto et de philo, les étudiants cherchent une ampoule allumée chez un voisin plutôt nanti pour étudier au lieu d'exiger de l'État le respect de leur droit à l'électricité. Il pleut pendant quelques instants, la ville est inondée, nous mettons une petite pierre sur laquelle passer pour que nos souliers ne se salissent pas trop et nous attendons que le soleil sèche la boue au lieu d'exiger de la mairie et de l'État central un bon système de drainage. Le temps est ensoleillé, par conséquent la ville est poussiéreuse ; à chaque fois que le vent moqueur soulève et nous envoie à grande vitesse une masse de poussière, nous mettons notre main sur notre visage comme pour nous protéger la bouche et le nez. Pour nous, ça suffit. L'État devait faire couler une eau potable dans notre robinet, malheureusement, par erreur, il envoie une eau puante et sale, nous ne disons rien. Qui pis est, nous l'utilisons quand même. Le mauvais état des routes cause souvent des accidents mortels, nous restons bouche bée et l'État se sent hors de toute obligation d'agir contre l'inexistence totale d'infrastructure routière à Port-de-Paix. Que peut-on espérer d'une ville où l’élite et la masse semblent être la même chose ? Que peut-on espérer de mieux d'une ville où aucun effort de projeter l'esprit sur la matière n'est consenti ? Qu'adviendra-t-il d'une ville où la majorité des décideurs ne sont sensibles à aucune supplication de la conscience et de la raison, où démesurément ils plongent dans la déraison et la répugnance ? Voici venu, mes chers amis, le moment où nous devons dire non: où sont les écoliers des classes humanitaires ? Que vous enseigne-t-on à l'école ? Où sont les universitaires ? De quoi sont faits vos différents cursus ? Où sont passées les forces morales de la ville ? Que vaut l'école ? Que vaut l'Église ? Que valent les organisations communautaires ? Que valent les cabinets d'avocats ? Sont-ils des défenseurs des droits humains ou tout simplement des vendeurs d'articles du Code pénal ? Et vous, jeunes conscients, qu'attendez-vous ? Mettez-vous debout, remettez aux vieillards mourants leur sénilité; réveillez-vous, la ville est en train de mourir. Elle fait pipi sur elle. Elle est inconsciente. Elle perd l'usage de la parole. Seul un petit effort de passer de notre silence meurtrier à une petite arrogance salvatrice peut la sauver. Sauvons Port-de-Paix!











AUTEUR
Daniel Loriston Ecrivain Jeune révolté

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