Lundi 26 septembre 2016









SOCIETE
Septentrional

Une des faces cachées de Septent


Islam Louis Etienne Le trajet parcouru par Septent n’est pas parsemé uniquement de lauriers. Le groupe a connu aussi quelques moments difficiles frisant le désespoir et la désillusion. Des épines et même des ronces ont jalonné l’itinéraire de Septent. Dans la vie, rien n’est gagné d’avance. Pour vivre, il faut lutter dit Victor Hugo. La lutte est la mise à l’épreuve des stratégies adaptées à des situations bien définies. La société s’intéresse très peu aux stratégies utilisées et aux difficultés rencontrées. Ce qui compte pour elle, ce sont les résultats et surtout la victoire. Après la guerre, on soignera les blessés et on fera des cérémonies émouvantes accompagnées de grands discours et des fleurs de toutes les couleurs pour louer le courage des héros de la guerre, tombés sur le champ de bataille. C’est tout ! Elle ne demandera jamais pourquoi vous avez échoué comme tant d’autres. Le récit explicatif que nous entreprenons, c’est pour faire comprendre aux lecteurs que le groupe n’a pas connu 65 années de bonheur, il est parti de rien, a connu toute sorte de privations, a évolué dans des situations difficiles avant d’arriver à cette stabilité, une des expériences inédites dans l’histoire de la musique haïtienne. Lorsque nous parlons de l’histoire de Septent, nous parlons de la vie des hommes qui l’ont fréquenté, qui ont donné un sens à cette entreprise ; aussi une importance particulière doit être accordée à cette activité sans importance dans le temps devenue aujourd’hui incontournable dans la vie sociale haïtienne. Cette étude sera réalisée uniquement sur un des aspects cachés de la vie de l’orchestre qui a représenté une blessure profonde, qui si elle était mal soignée, aurait engendré une gangrène devant aboutir à une amputation… Septent doit servir d’exemple et d’éclaireur pour la prospérité. Les errements du passé doivent être racontés pour qu’ils ne constituent plus un obstacle pour la nouvelle génération. Nous avons parlé tantôt de l’aspect temporel et non du passé parce que le devenir englobe toute une série de changements plus ou moins orientés. C’est un changement radical, en profondeur qui ne tient pas compte seulement du passé d’un être. Ce changement n'implique pas nécessairement une rupture entre ce qui était et ce qui sera ; mais il a entrainé un virage obtenu à partir de l’expérience du passé et les perspectives d’avenir ; car même dans les petites choses, il faut avoir de grandes perspectives. Cette étude repose sur un fait historique et sur le comportement d’un homme qui a caressé un rêve, qui a eu une vision à la manière de Martin Luther King et qui, rapidement, a apporté le remède qu’il fallait pour régulariser la situation. Il est très difficile de parler de Septent sans évoquer le nom de ce leader, ce maitre à penser, ce stabilisateur qui n’a reculé devant aucun obstacle, aucune difficulté, aucune entrave lorsque la vie de Septent est en péril. Il a fait ses preuves d’abord comme musicien ; le riche répertoire qu’il nous a laissé comme héritage nous évite de faire de plus amples commentaires ; ensuite comme leader charismatique où plus d’une fois il a mis à l’épreuve ses talents de rassembleur et d’organisateur lorsque tout espoir était perdu. Il s’agit du légendaire maestro Ulrick Pierre Louis. On ne finira jamais de parler de cet homme. Les faits historiques sont connus indirectement par des documents que l’on possède sur le passé et aussi par les diverses traces ou vestiges qu’ils ont laissés sur la terre des hommes. L’histoire des sociétés primitives se réalise dans des musées qui sont dépositaires de cette identité culturelle qui constitue la force et la mémoire des peuples. Les faits sont révolus et emportés par un courant irréversible. Ils ne sauraient faire l’objet d’aucune expérimentation permettant la répétition des phénomènes ni créer le contexte socioculturel ou sociopolitique dans lequel ils s’étaient produits ; pourtant, ils constituent l’une des bases de lancement d’une société en pleine mutation. Le musée Septentrional serait un pas dans la bonne direction. Une tempête dans un verre d’eau Depuis les années 1950-1960, le pays a connu une fuite de cerveaux extraordinaire. La lutte pour l’amélioration des conditions de vie ; le manque de volonté des dirigeants, l’absence d’infrastructure de base, la conjoncture politique ; le manque d’ouverture, de possibilités d’emplois ont condamné les haïtiens à s’expatrier d’abord dans les pays africains ensuite en Amérique du Nord. Tous les secteurs de la vie nationale ont été touchés par cet exode massif et incontrôlé. Septent n’a pas échappé à la règle. Il a eu la plus grande morsure de sa vie en1975. L’Orchestre comptait à ce moment-là 15 musiciens actifs. Il a perdu plus de la moitié de son effectif avec seulement un décès, celui de Chenet Noel qui évoluait dans la ligne des cuivres comme premier trompette ; les 7 autres ont abandonné pour aller chercher la vie ailleurs. On aurait dit une conspiration. Dans l’intervalle, l’Orchestre avait des obligations fortes et devait respecter les contrats signés. Le panorama était le suivant : Il fallait remplacer les absents, ensuite mettre les nouveaux en condition pour continuer les activités sans cassure et en conservant la même force de frappe. Il fallait un homme pour conduire les opérations et pour empêcher à la barque de couler. Ulrick devait réagir vite dans le choix des remplaçants et s’assurer que les nouveaux pouvaient rapidement capter le minimum parce que la machine septentrionale ne devait pas s’arrêter. Il a réussi l’examen sur les deux fronts avec brio. Pour l’histoire, nous vous communiquons la liste des partants et celle des arrivants.






Partants Arrivants 1 -Alet Pierre Martivel Sinsmyr 2- Mathieu Ménard Johnny Laroche 3- Jn René Guerrier Emmanuel Blaise 4- Robert Menuau Jacques Vincent 5-René Pluviose Lucien Pierre-Louis 6- Jean-Baptiste Edouard Louis Etienne 7-Chenet Noel Jeannot Souffrant Pour clôturer ce festival de départ en beauté, le 20 Décembre 1975 Roger Colas fit ses adieux contre toute attente et transforma le sirop en vinaigre. Ulrick Pierre Louis s’est révélé un timonier de grande classe qui a fait la fierté de son pays. Hommage à toi Maes ! Islam Louis Etienne





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