Traumas, débris et labyrinthes : l’actualité politique en écriture

Publié le 2014-05-30 | Le Nouvelliste

Livre en Folie -

Le musicien de jazz et chercheur en musicologie, Claude Carré, s’est carrément ouvert à la réflexion sur l’actualité politique. Sous le label des éditions de l’Université d’État d’Haïti, il publie Traumas, débris et labyrinthes: Haïti, courriers post-sismiques. C’est en effet, comme lu à la quatrième de couverture, « une compilation de courriers électroniques écrits de janvier 2010 à novembre 2012 sur la situation d’Haïti ». Il s’agit en fait de la situation politique d’Haïti au lendemain du tremblement de terre. L’ouvrage prend en compte plusieurs pans de la réalité haïtienne postsismique : la question de la reconstruction, celle des élections, les péripéties qu’a connues la Constitution, la gouvernance, etc. Le lecteur peut ne pas s’intéresser à cette publication, c’est son droit. Pourtant, la nature et le style de l’ouvrage lui garantiront le même enthousiasme que le rejet qu’on pourrait lui vouloir réserver. L es amateurs de nouvelles à sensation, genre « ti dife vole », ne resteront sur leur soif. Ce livre, comme toute écriture sans doute, c’est aussi un cri contre l’oubli et la banalisation de la vie, des vies sacrifiées. L’auteur, en effet, a jugé opportun de rappeler l’assassinat de Walky Calixte, ce policier assassiné dans l’exercice de ses fonctions sous les ordres, clame-t-on, « du député mécréant » (p. 307) Rodriguez Séjour. Claude, si on ne l’avait as encore compris, constate l’impossibilité pour nous d’avoir en partage la justice quand on a déjà enlevé à notre affection des êtres chers. Car, écrit-il, parlant de la Police nationale, (…) plusieurs de ses membres ont été assassinés sans qu’on ne sache les causes et sans qu’on ne puisse mener une enquête sérieuse » (p. 307). Claude n’est pas un de ces paresseux auxquels nous sommes plutôt habitués. Il commente l’actualité politique, mais lit aussi les réflexions des autres pour le mieux faire. Ainsi avec l’ouvrage de Jared Diamond qu’il analyse de la page 207 a la page 211. Ce qu’il y a d’intéressant dans ce passage qu’il ouvre, c’est sa bonne disposition à communiquer à ses correspondants (maintenant, aussi à ses lecteurs) d’autres sources, d’autres points de vue. Finalement, cette irruption dans les courriers secrets de Claude Carre ne risque pas de nous perdre. Au contraire, elle pourrait même s’imposer. Une nouvelle lecture que Livres en folie se propose de relayer. Pour une vingtième édition de la foire du livre, vous aurez un deuxième regard sur l’actualité politique. N’est-ce pas génial ? Le rendez-vous est pour les 19 et 20 juin 2014.

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