Vendredi 9 décembre 2016









SOCIETE

L'ensemble de jazz Septentrional


Vers les années 60, 70, certains musiciens de l'Orchestre Septentrional avaient pour habitude de faire des "jam" au moment des intermèdes d'une soirée dansante. Ils interprétaient des classiques internationaux ou du terroir. C'était alors un régal pour les vrais mélomanes. J'ai en mémoire Alfred Moïse, Raymond Jean-Louis, Jean Menuau, Papou, le Maestro Hulrick, Atémis Dolce (Tengué), Loulou Etienne, Marcel "Tonton" Gilles, Jacques François, Jacques Jean, Roger Colas qui, avec un rare brio, exécutaient un "Almendra", un "San Antonio", ou une "Haïti chérie"... . Aux environs des années 68-69, naissait le groupe JEUNE SEPTENT formé de Jean Menuau à la guitare, Bob Menuau à la guitare bass Mathieu Médard (Joselito) à la percussion, Marcel Odilon Gilles (Tonton Gilles) au piano et Thomas David, chanteur. Avec le Grand Orchestre Septentrional, ce groupe pressa sur disque la première version de la chanson "Septent, tu vois la mer" du chef d'orchestre canadien Jean Paul Massicot. Plus tard, Ernst Léandre (Papou) devait remplacer Jean Menuau et Loulou Etienne prenait la place de Tonton Gilles. Adhémar succédait à Bob Menuau. Le groupe changeait de nom pour s'appeler A L'OMBRE DE SEPTENTRIONAL qui "a laissé à la postérité deux disques d'anthologie dans lesquels sont insérées des pièces musicales inoubliables. La "Grosse Mornaise" de Raymond "Colo" Pinchinat en est une." (Wilfrid Supréna) Cette bonne vieille habitude devait se perdre au plus fort des années 80, faute de "combattants". Mais, voilà que, depuis 2008, celui par qui le renouveau de Septent est arrivé nous gratifie d'un ensemble de Jazz dans le même esprit des anciens; je veux parler du directeur musical François Nikol Lévy. Au sein de ce groupe se retrouvent certains jeunes musiciens déjà chevronnés de l'Orchestre Septentrional, Jocelyn Alcé, Rolain Valbrun, John Métellus, Mativel Sinsmyr (ancien jeune), Marc Antoine Fleury, Kénel Antoine, Kersty Sinsmyr, Miratel Joseph, Jean Willy Gustave, Patrick Noël, Hans Pascal Pilie. A un moment quelconque, ils ont intégré le groupe de jazz: certains sont partis, d'autres les ont remplacés. Ces jeunes artistes interprètent avec maestria "Yoyo", "All Blues", "Savalou" "Winelight", etc. Disons un mot de quelques-uns de ces jeunes virtuoses! À tout seigneur, tout honneur! Le maestro actuel de l'Orchestre Septentrional: Jocelyn Alcé, dit Ti Bass. Le septentologue Wilfrid Toni Hyppolite dit de lui qu'il "joue sur sa basse à cinq cordes quasiment comme sur une guitare". A l'écouter, on sent que ses accords font des flambées. Ti Bass sait faire chanter son instrument. À la guitare électrique, nous avons retrouvé, ce samedi 3 mai 2014, Kénel Antoine doté d'un phrasé très expressif, très "flashy". Il joue de la bouche et des doigts, ce qui dénote chez lui une sensibilité "à fleur de cordes". Rolain Valbrun est ce jeune musicien de l’orchestre Septentrional qui joue en dansant et qui danse en jouant (dixit Toni Hyppolite). Qu'il soit au sax ténor ou au sax alto, chez Rolain, on note un phrasé limpide et transparent. "Tisaks" ne craint pas les débordements, ce qui le met à l'aise dans le genre jazz. Il sait tout aussi bien faire des retenues, autre caractéristique du genre. Dès son entrée dans l'Orchestre Septentrional, les pairs de Marc Antoine Fleury (Junior) lui notèrent un remarquable savoir-faire. Sa sonorité est précise et son timbre complexe. Je l'ai vu jouer en décembre 2008 au Marriott, à New York, et sur la cour de l'ancienne prison du Cap, lors du festival de Jazz, en janvier 2012. D'un jeu épatant et impérieux, il injectait la brillance de son phrasé aux différents rythmes exécutés par l'Ensemble de Jazz Septentrional. Timé père (Mativel Sinsmyr) et Timé fils (Kirsty Sinsmyr) se retrouvent aux tambours coniques. Du père, on peut affirmer sans l'ombre d'un doute, qu'il était passé maître des phrasés rythmiques. Avec le père, le fils a appris à faire swinguer le tambour sur n'importe quel rythme. Ce n'est donc pas étonnant qu'il ait été choisi pour intégrer, à l'instar de son père, l'Ensemble de Jazz Septentrional. On retrouve chez lui des velléités de rigueur et d'extraordinaire précision qui ont caractérisé son géniteur. La percussion est l'essence même du jazz; elle "guide et embellit le tempo". A regarder jouer Jodly, la plus récente recrue de l'orchestre, il nous laisse l'impression qu'il en est profondément conscient malgré son jeune âge. Son toucher coloré est tout en densité. Jodly est particulièrement épatant dans le vodou jazz. Avant lui, en 2008 et en 2012, nous retrouvions Miratel Joseph (Mira) pour qui n'existait aucune barrière percussive. Mira imprimait à la batterie et même aux tambours qu'il explorait certaines fois, son propre traitement sonore en procédant par des "flots de sons". N'ayant jamais pu s'adapter à la Cour septentrionale, il s'est vu remercier au début de cette année avec une pointe de regret de certains membres du conseil supérieur qui ont dû se plier devant l'évidence. Que dire des chanteurs? "Depuis 2007, Patrick Noël, alias Papito, s’est fait progressivement une place de titulaire comme ‘’Lead Vocal’’ de l’Orchestre Septentrional. Coïncidence curieuse, sa trame vocale se situe entre la voix de John Herly avec qui il co-anime et celle du légendaire Michel Tassy. Aujourd’hui, Papito a preque atteint sa pleine maturité physique. Sa voix s’est épanouie et prend toute son ampleur ; ce qui laisse présager que le meilleur est à venir". (W.T. Hyppolite) A noter que Toni en faisait ce portrait en 2009. Il en a fait du chemin, le jeune Papito, un chemin bordé de lauriers. Hans Pascal Pilie est du dernier cru de l'Orchestre Septentrional. A peine arrivé, Pascal s'impose par sa grande clarté vocale. Claviériste de surcroît, il a un bel avenir devant lui s'il parvient à s'imprégner de la philosophie septentrionale. Au moment où j'écris ces lignes, j'apprends que Pascal a ébloui le public venu rendre hommage au révérend père Yvon Joseph lors de la veillée funèbre organisée à sa mémoire au Collège Notre-Dame du Cap-Haitien. Accompagné au piano par Nikol Lévy, il interprétait l'Ave Maria de Charles Gounod (version latine du texte). Nikol Lévy, disciple de Ludovic Lamothe que d'aucuns se plaisaient à appeler le "Chopin noir", coiffe l'Ensemble de Jazz Septentrional. En août 2008, j'avais longuement parlé de lui dans un article publié dans les colonnes du journal Le Nouvelliste. Voilà comment je présentais ce professionnel consommé du clavier, citant E.R. Sainvil: « Claviériste épanoui, il a évolué dans un style tout en tonalité, paré de sa solide formation conventionnelle, en attachant plus d’importance à la rigueur et à la discipline. Avec toutefois un jeu qui se permet quelques envolées improvisées.» À écouter tous ces virtuoses jouer ensemble, je me mets à penser que si la musique est un délassement pour nous les mélomanes et, jusqu'à un certain point, pour ceux qui l'exécutent, il ne faut pas se faire d'illusion: pour ces derniers, sa pratique exige une somme importante de travail. Car, quelle que soit l'aptitude de chacun, ce n'est que par de longues études en commun, et grâce à des répétitions fréquentes et régulières qu'ils ont su maintenir l'Orchestre Septentrional au rang où ils l'ont placé. Oui, l'ancienne génération dont beaucoup de membres nous ont laissés, avait porté ce rang toujours plus haut. Et la nouvelle a su prendre le relais avec panache. La preuve en a été donnée par l'Ensemble de Jazz Septentrional, appendice du Grand Orchestre Septentrional, dans les somptueux locaux du Marriott à New York en décembre 2008; ou sur différents podiums d'Amérique du Nord: Toronto, Ottawa, Québec, London, Montréal, Chicago, New York, en juillet 2010; soit sous les beaux arbres de l'ancienne prison du Cap-Haitien, le 25 janvier 2012; ou à Vagamer au Carénage, au Cap-Haitien, au cours de l'été 2013; soit récemment encore, dans les luxueux salons du Club Versailles, situé à l'emplacement de l'ancienne maison de notre grande chanteuse du Cap, feue Madame Inès Menuau, à la rue 24, le samedi 3 mai dernier. Les spectateurs qui ont vu évoluer ces jeunes artistes de Septentrional lors de ces délicieux concerts les jugent dignes de louanges. Comme je l'ai dit tantôt, cela s'explique par le fait que c'est avec désintéressement qu'ils consacrent leur temps et leur peine à l'entretien de leur culture musicale, afin de pouvoir les consacrer ensuite à l'agrément des mélomanes. Ces concerts dont ils régalent la population capoise n'ont pas seulement, selon moi, le mérite de la charmer. Ils ont une autre portée: celle de concourir à l'amélioration morale du peuple qui y accourt en élevant le niveau de sa pensée. Ne dit-on pas que la musique adoucit les mœurs et embellit la vie? La devise de Septent n'a-t-elle pas toujours été: "Castigat cantando mores"? J'encourage ces jeunes à se consacrer davantage à cette noble tâche qu'est l'éducation sociale à travers la bonne et saine musique, à le faire comme un devoir civique qu'ils remplissent. Ainsi, ils continueront de récolter plus de palmes. Et plus de médailles s'entrechoqueront aux plis glorieux de l'étendard du Grand Orchestre Septentrional. À quand l'Ensemble de Jazz Septentrional à Port-au-Prince?











AUTEUR
Louis Mercier

Réagir à cet article

Les commentaires sont modérés

Chaque contribution postée est soumise à modération. Vous pouvez alerter l'équipe du Nouvelliste, d'une contribution qui vous semble ne pas respecter notre charte en cliquant sur le bouton << Voter contre >>, présent sous chaque commentaire. Notre équipe sera automatiquement prévenue et fera le nécessaire.

La charte de moderation












Haut de la page