Mardi 27 septembre 2016









SOCIETE

L’université: gardienne de la pensée ayitienne

Discours de Jean Poincy, vice recteur aux Affaires académiques


L'Université d'État d'Haïti est traditionnellement ici en ce jour pour célébrer la fête du drapeau. Ce qui semble lui valoir cette présence est le rôle de l’université comme gardienne du drapeau que nous semblons tous accepter fièrement. Il n'est pas nécessaire de ressasser le contexte de 1920 marquant l'attribution faite d'une telle responsabilité à l'université. Ce n'est pas non plus nécessaire de tenter de comprendre si oui ou non l’esprit derrière l’idée de Dantès Bellegarde de 1920 reflète à juste titre ce rôle. A un siècle près aujourd'hui, l'université est en droit de questionner la justesse d'une telle responsabilité. D’ailleurs c’est le propre du monde universitaire: questionner toute vérité pour trouver une meilleure vérité. J’invite à une réflexion sur ce rôle. Le concept de gardien laisse entendre un veilleur qui protège un bien ou une propriété contre une force externe menaçante. Il est à croire que le bicolore, symbole de notre souveraineté nationale, fait toujours face à des menaces, contre quoi l'université a pour mission de le protéger pour sauvegarder notre souveraineté nationale, tout comme le soldat touché qui ne doit laisser tomber son drapeau sur le champ de bataille. L’université est-elle ce soldat sur le champ de bataille ? Peu importe, elle a la mission de protéger le drapeau, mais contre quelle force externe menaçante ? Les forces étrangères qui ne cessent de fouler notre sol ou l'État lui même ? Si ce sont contre les forces étrangères, comment donc signifier ce rôle de l’université en dehors des discours sans effet ? Si c'est contre l'État, c'est une manifestation flagrante du dysfonctionnement de notre chère Ayiti, parce que l'université et l'État existent l'un pour l'autre. Nous pouvons nous faire autant de réponses possibles sans que nous soyons tous d’accord sur qui doit concrètement jouer ce rôle ou sur ce que doit être ce rôle. Ma préoccupation relative au rôle de gardienne du drapeau demeure. Si c’est réellement l'esprit de cette attribution, j'appréhende ce rôle à une trop forte implication politique. Comme gardienne, l’université s'érige en défenseur du drapeau face à l'État, qui lui-même en est non seulement le porteur légitime mais aussi le détenteur de la force protectrice contre toute agression externe. Faible dans son rôle de gardienne, l’université s'est désengagée en conséquence de sa mission légitime de: 1) Formuler la pensée ayitienne, 2) De définir le profil du citoyen pouvant contribuer à la prospérité économique du pays, 3) De former adéquatement des citoyens leaders pour gérer les affaires du pays. Il revient à l’université de formuler cette pensée ayitienne qui animera l’âme de chaque Ayitien devant œuvrer à la réalisation de son propre bien-être et du bien-être collectif en conséquence. Il revient à l’université de définir le Citoyen ayitien don't a besoin le pays aujourd’hui pour une pleine participation dans la quête de prospérité économique de demain. Il revient à l'université de former des citoyens leaders qui comprennent que leur fonction est d’organiser le territoire et de gérer ses ressources pour assurer la prospérité économique dans la paix et la sécurité collectives. Il revient à l’université de produire des solutions Made in Ayiti, comme seul moyen de protéger notre bicolore contre l’ingérence et contre nous-memes, si ce sont ces forces externes menaçantes dont il a été question au début. Ayiti deviendra la première source de proposition de solutions à ses problèmes et seule l'université le rendra possible en s’engageant à produire des réflexions appropriées aux défis posés par l'État dans sa gestion des affaires du pays. Ce sera ce jour que la souveraineté ne sera plus menacée. Ce sera ce jour où l’Ayitien cessera de partir pour un mieux-être ailleurs, car il aura pris part à la construction du cadre de ce mieux-être, il y aura accès et en jouira pleinement en toute liberté. Ce sera ce jour où cesseront les déboires de notre peuple chez le peuple voisin ou ailleurs dans le reste du monde. Ce sera le jour de la libération économique. Ce sera le jour de consolidation de la pensée ayitienne qui est à protéger. Et de cette pensée ayitienne l'université deviendra la gardienne. Jean Poincy Vice-Recteur aux Affaires académiques











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