République dominicaine: terre d’humiliations!

Publié le 2014-06-10 | Le Nouvelliste

Idées & Opinions -

Chaque année, des milliers de jeunes Haïtiens, incluant étudiants, travailleurs, commerçants, abandonnent leur sol natal, Haïti, à la poursuite d'une meilleure survie, n'excluant pas toutes les formes d'humiliations en république voisine. Et cette humiliation s'entame depuis les frontières séparant les deux Républiques de l’île, le visa dominicain sollicité au Cap-Haïtien s'avère être nul à Jimani et celui de Port-au-Prince inacceptable à Dajabon. Plusieurs nationalités: chinoise, cubaine, italienne, vénézuélienne, africaine, portoricaine, canadienne, allemande, péruvienne, coréenne, etc. foulent le sol dominicain. Pourtant, les Haïtiens sont la plupart du temps humiliés, volés, violés et souvent exclus et discriminés en raison du nombre imposant de nos compatriotes sur le territoire dominicaine . Une laconique rétrospection nous remonte à Roodeline Lindor, l'étudiante en informatique à l’Université Technologique de Santiago (UTESA), Santo-Domingo, pillée, battue, violée et assassinée, puis laissée pour morte dans un endroit invivable, et le dossier est clos, sans justice. Sur le territoire dominicain, les étudiants haïtiens subissent la discrimination; dans les rues, les agents de la police dominicaine les arrêtent, leur réclament une pièce d'identité, même avec le passeport en main, ils sont contraints à des exercices en pleine rue: ’’ votre passeport, deux mains en l’air ou couchez-vous à plat sur le sol ’’; pire encore, ils se font arrêter et séjournent une à deux nuits en prison. Les maltraitances que leur infligent les Dominicains viennent rappeler à l'Haïtien (l'étudiant haïtien, l'avenir d'Haïti) qu'il n'est point respecté là où il est. La seule question que se pose l'Haïtien immigrant, "Jusqu'à quand la fin de ces humiliations ?" Considérons le cas le plus vulnérable, celui des travailleurs "Braseros”. Ces derniers travaillent très dur, et ceci, durant des semaines et quand vient le moment de la paie, le responsable du chantier fait appel à l'immigration, les dénonce, ils sont des sans papiers, des hors la loi, ils sont récupérés et, par la suite, déportés sans le moindre argent; ou encore, le responsable du chantier les paye convenablement, s'arrange avec des voleurs qui les dépouillent à mi-chemin, les frappent, les tuent; et quotidiennement, leurs cadavres passent aux infos comme des brigands qui pillaient ou cambriolaient. Quant aux commerçants, ils ne sont ni étudiants, ni travailleurs, ils sont dotés d’un passeport, d'un visa, malheureusement, ils ne sont point épargnés Ici, en République dominicaine, nous subissons tous le même sort. Une autre catégorie, soit pour venir assister à la remise de diplômes d'un enfant ou pour cause de maladie grave, n'a pas pu obtenir son passeport à temps de l'instance concernée, traverse la frontière illégalement, achète les services d'un chauffeur dominicain pour plus de trois mille pesos/gourdes, équivalent à seize fois plus le coût normal. Périodiquement ce même conducteur laisse les militaires de l’immigration les appréhender, les délaissant dans des endroits inhabités, au coucher du soleil, ces derniers se font lyncher par des militaires, violer et tuer. Ce texte ne doit point être considéré comme un organe de litige contre le gouvernement dominicain, nous voulons seulement rappeler à l'État haïtien que, nous ne sommes point bien reçu, que plus que jamais, l'obligation lui est faite de créer un climat où les jeunes pourront aller à l'université, trouver emploi, afin d'éviter que d'autres viennent vivre le cauchemar que nous vivons. Sans oublier les grands dignitaires de l'État haïtien qui viennent se payer du bon temps, prendre de l'air en République dominicaine, pensez à cette masse de peuple qui souffre, que les Dominicains piétinent, travaillez plutôt pour une autre Haïti, où il fera bon de vivre pour tous. Quant aux étudiants haïtiens en terre étrangère, spécialement ceux en République dominicaine, nous sommes vus comme un peuple pauvre, mais nous sommes un peuple fort qui subsiste au poids du doute, du désespoir, et de l'incertain.

Lorvens Tyno Jean Baptiste Auteur
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