Journée mondiale de la liberté de la presse

L'impératif d'un débat permanent sur le fonctionnement de la presse haïtienne

Publié le 2014-05-05 | Le Nouvelliste

National -

A la faveur d'un dîner-atelier organisé, lundi, dans un hôtel de Pétion-Ville, par l'Association Nationale des Médias Haïtiens (ANMH), journalistes et patrons de presse se sont retrouvés, dans des échanges enrichissants et riches en intensité, sur les défis qui se posent à l'exercice régulier et harmonieux du métier de journaliste en Haïti ainsi que sur les réalités fonctionnelles des travailleurs de la presse et des médias. Ce rendez-vous, pris à l'occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, a permis -- aux représentants de différentes organisations de presse, dont l'Association des Journalistes Haïtiens (AJH) et SOS Journalistes, et de nombreux journalistes et représentants de médias -- d'aborder, avec une rare franchise et une spontanéité agréablement agressive, des dossiers importants qui préoccupent la corporation, y compris des dossiers qui fâchent. On peut citer l'épineuse question du salaire des professionnels des médias ou l'impérative nécessité de négocier et de trouver, avec les patrons de presse, une entente sur une convention collective, entre autres. Comme dans toute assemblée démocratique où la liberté d'expression est la norme, des confrères et consœurs, jeunes et moins jeunes, et des journalistes devenus patrons ou entrepreneurs, directeurs de médias ont eu, dans un premier temps, des échanges un peu houleux, notamment sur la question salariale. Le représentant de l'AJH, Jacques Desrosiers, a promis de consulter la direction de l'ANMH sur la nécessité de mettre en place cette convention collective pour garantir un salaire plus raisonnable et des avantages sociaux mérités pour les professionnels des médias qui sont, dans trop de cas, traités en parents pauvres. L'organisation de défense des droits des journalistes, SOS Journalistes, a abondé dans le même sens en exigeant que toutes les mesures soient prises pour éviter qu'un journaliste ne perçoive un salaire inférieur au salaire minimum, tandis que dans la salle, certains confrères confirment recevoir une rémunération en deçà du salaire de base des ouvriers. Les patrons de presse ont montré beaucoup de sens d'ouverture pour discuter de la question dans l'intérêt mutuel des deux parties. "Nous sommes pour la plupart des journalistes devenus directeurs de médias. Nous comprenons les difficultés rencontrées par les journalistes dans leur travail," a déclaré Liliane Pierre-Paul de Radio Kiskeya , présidente de l'ANMH. "C'est la raison pour laquelle nous avons consenti et nous continuons de consentir beaucoup d'efforts pour améliorer et changer la situation," a-t-elle fait remarquer. Des questions -- relatives aux menaces à la liberté de la presse, à la nécessité d'avoir une législation sur la presse, non liberticide, qui soit adaptée à la réalité actuelle, voire future, du champ de l'audiovisuel; à la nécessité de promouvoir une responsabilisation accrue des journalistes et des médias à travers une large divulgation et un respect plus scrupuleux des règles éthiques et déontologiques -- ont été débattues de manière active et engagée, mais dans le respect des uns et des autres. D'importantes personnalités du monde médiatique avaient fait le déplacement et ont participé aux débats, dont Marvel Dandin (Radio-Télé Kiskeya), Richard Widmaier (Radio-Télé Métropole), Mario Viau (Radio Signal FM), Hérold Jean-Francois (Radio Ibo), Jean Lucien Borge (Radio-Télé Ginen), Rony Colin (Radio-Télé Zénith), Aruns Bellevue (Radio Galaxie), Léopold Berlanger (Radio vision 2000). Des représentants de plusieurs autres médias et organisations de presse, des amis de la presse étrangère et d'autres invités ont pris part à ces assises qui ont duré plus de cinq heures d'horloge. Beaucoup de participants ont félicité l'AMNH pour cette initiative et ont souhaité voir d'autres initiatives similaires dans un proche avenir pour permettre aux interlocuteurs obligés que sont les journalistes et leurs patrons de débattre de manière plus systématique de questions relatives au fonctionnement de la presse en Haïti. La présidente de l'ANMH, Liliane Pierre-Paul, a fait connaître également la disposition de son organisation à travailler avec une autre organisation de patrons de presse, l'Association des Médias Indépendants d'Haïti (AMIH), ainsi qu'avec les organisations de journalistes pour faire avancer la cause de la liberté de la presse et d'expression, et de la démocratie. Le responsable de SOS Journalistes, présent à cette rencontre, a lancé un appel aux principales organisations de presse pour qu'elles désignent un représentant pour faire partie d'une cellule qui aura pour mission de réfléchir sur les problèmes, de proposer des solutions et de faire le suivi des résolutions qui seront adoptées. A la fin de la rencontre, journalistes et patrons de presse, se serrant la main et se congratulant, unanimes qu'ils étaient à reconnaître la nécessité d'unir leurs forces pour construire une presse plus économiquement autonome, plus politiquement indépendante et plus éthiquement responsable. ...Une réunion qui vraiment valait la peine.

Joseph Guyler C. Delva delvahaiti@gmail.com Répondre, Répondre à tous ou Transférer | Plus Cliquez pour répondre à tous Auteur

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