Atelier/FSSA/UNIQ/MSPP

Vers une science médicale plus adaptée aux besoins des Haïtiens

« Adapter les curricula des facultés de médicine aux besoins de la population », c’est autour de ce thème que la Faculté des sciences de la santé de l’Université Quisqueya (FSSA/UNIQ), de concert avec le Ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP), a lancé ce jeudi, au Centre Gheskio, deux journées de réflexion sur la « responsabilité sociale » des facultés de médecine en Haïti. Une initiative qui vise notamment l’amélioration et la régulation de l’éducation médicale haïtienne.

Publié le 2014-03-06 | Le Nouvelliste

Cet atelier a réuni, les 27 et 28 février, à la salle de conférence du Centre Gheskio, une brochette de professionnels œuvrant dans le domaine de la santé en Haïti ainsi que des chercheurs, des universitaires et des représentants d’organisations internationales. Ses objectifs sont d’identifier les besoins de la population et du système de santé auxquels les facultés de médecine doivent adapter leur formation, déterminer les écarts à combler pour la prise en compte des besoins exprimés dans leur curricula et d’ébaucher une démarche d’adaptation des curricula des facultés de médecine d’Haïti au concept de la « responsabilité sociale ». Selon le Dr Jean-Patrick Alfred, représentant du MSPP à l’atelier, les facultés de médecine ne peuvent rester indifférentes aux réformes majeures en santé auxquelles la société s’attend. « Elles doivent accepter une certaine responsabilité à l’égard de la santé de la population si elles veulent continuer à être des agents de progrès social, a-t-il déclaré. Ce qui implique qu’elles doivent notamment s’adapter afin de former des étudiants agissant de façon efficace, selon les attentes. » Pour Mirlande H. Manigat, qui se dit intéressée par le sujet en tant que citoyenne et responsable politique, la responsabilité sociale ne concerne pas uniquement les facultés de médecine mais aussi d’autres institutions. Elle a attiré l’attention des organisateurs sur le fait que nous avons une médecine empirique qui est beaucoup plus étendue que le service rendu par les médecins diplômés, mais qui n’a pourtant pas encore sa vraie place dans la société. « Plus de 90 % des Haïtiens ne sont pas nés à l’hôpital ou dans une clinique mais dans la maison familiale aux bons soins d'une sage-femme, a-t-elle expliqué. Moi-même, c’est une sage-femme qui m’a mise dehors. Nous devons apporter une attention sur les médicaments chimiques qui sont très importants, mais la « médecine feuille» est très étendue en Haïti et je ne crois pas qu’il y a une famille haïtienne qui ne connaisse pas les vertus des plantes médicinales. Donc, nous avons un problème de formation et de modernisation de cette médecine empirique, ce que nous appelons la médecine traditionnelle », a indiqué l’ex-doyenne de la Faculté de droit de l’UNIQ. Sa préoccupation a effectivement attiré l’attention des organisateurs de l’atelier.« C’est évidemment une affaire multidisciplinaire qui suscite l’implication de tous les secteurs … », a répondu le Dr Jean-Patrick Alfred. La doyenne de la FSSA/UNIQ, Géneviève Poitevien, a, de son côté, indiqué que l’atelier entre dans le cadre du lancement de la 2e phase d’un projet global de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sur la responsabilité sociale, lancé en Haïti en mai 2012. « Nous avons terminé avec la première phase du projet qui était une phase de sensibilisation, a ajouté le docteur Poitevien. Maintenant, c’est le lancement de la 2e phase du projet où nous allons adapter nos curricula aux besoins en santé de la population, qui s’échelonnera sur deux ans environ. Au terme de l’atelier, nous aurons une feuille de route pour les deux prochaines années en vue de savoir exactement ce que nous allons faire de concert avec le ministère, les autres facultés de médecine reconnues par l’État et les partenaires en santé », a expliqué la doyenne, concluant qu’il y a une seule médecine avec le même professionnalisme, la même qualité et la même éthique mais adaptée à chaque société.
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