SAUVONS UN MUSÉE : EXPOSITION/VENTE

La lente agonie de la peinture haïtienne

Une invitation à participer à un événement extraordinaire.

Publié le 2013-09-16 | Le Nouvelliste

Culture -

Depuis la période où Dewitt Peters, au milieu des années quarante, avait, au Centre-d'Art, sorti la peinture haïtienne de ses ornières pour dévoiler au monde entier sa valeur esthétique ; depuis la florissante époque qui s'en est suivie avec la création de nombreux centres artistiques et culturels à travers Port-au-Prince et ses environs, tels que: Le Foyer des Arts Plastiques, La Galerie Brochette, Poto-Mitan, Calfou, Le Musée d'Art du Collège Saint- Pierre, Saint Soleil, etc., l'art pictural haïtien a connu des fortunes diverses; des moments de gloire, mais aussi des périodes d'incertitude. Dès avril 1945, soit moins d'un an après l'ouverture du Centre d'Art, sur l'initiative du critique d'art cubain José Gomez Sicre, une exposition d'art moderne cubain qui venait de connaître un immense succès au MOMA ( Museum of Modern Art) de New York fut programmé en son local. Le succès fut indéniable. Peu de temps après, lors d'une seconde exposition, les artistes haïtiens eurent l'opportunité de rencontrer et d'échanger des idées avec les fameux peintres cubains : Carlos Henriquez et Wilfredo Lam. Ce qui leur permit de se familiariser avec l'art contemporain et de se situer par rapport à cette tendance. A la suite de cette manifestation culturelle, le directeur de l'institution reçut une invitation de Gomez à présenter la peinture haïtienne à la Havane. Il augura une bonne prestation en argumentant que les artistes populaires seraient plus appréciés dans une telle manifestation et sauraient valablement représenter la culture haïtienne. Malgré la réticence des « avancés du Centre», et après maintes insistances, il finit par convaincre la direction de l'institution qui lui donna gain de cause. Bien lui en pris, car l'évènement dépassa les espérances. Le succès de l'exposition de la Havane fut décisif et avait contribué à sortir des langes une forme d'expression nouvelle qui surprenait par son originalité et son caractère d'authenticité. La sincérité et la bonhomie qui se dégageaient de l'oeuvre de ces artistes leur valurent le qualificatif de peintres naïfs/ primitifs. Comme quoi leur inspiration partait d'un élan naturel, sans fard ni subterfuge. C'est ce qui étonna les observateurs et qui attira bon nombre d'intellectuels et de peintres étrangers, au moment où la peinture occidentale s'essoufflait et cherchait d'autres sources d'inspiration. D'où la visite à Port-au-Prince, en cette période, d'illustres personnalités, tels que : André Breton, Wilfredo Lam et André Malraux, et bien d'autres amants de l'art qui venaient s'enquérir de l'oeuvre de ces nouveaux prophètes de la peinture. Leur enthousiasme fut tel qu'ils prirent l'engagement d'assurer la promotion de cette nouvelle peinture à travers les plus grands musées et centres culturels du monde. Cet engouement pour la peinture naïve haïtienne fut si grand qu'il ouvrit de nouvelles perspectives à tous les artistes haïtiens. Même les plus avancés du Centre d'Art, qui recevaient un enseignement académique basé sur les normes classiques ou qui se lançaient dans l'art moderne, profitèrent de cette ouverture. Dès lors, les sophistiqués et les naïfs/primitifs trouvaient, chacun de son côté, qu'ils pouvaient tirer bénéfice de la manière de l'autre. Il en ressortit parfois des expériences intéressantes qui enrichirent la palette de certains peintres. Les activités allaient bon train, au point qu'une série d'expositions se réalisèrent coup sur coup, avec la participation de peintres haïtiens et étrangers. A partir de ce moment, Haïti s'ouvrait au monde de l'art. Le seul événement qui perturba l'atmosphère de tranquillité et de prospérité de cette période était la crise survenue en 1950 qui occasionna la séparation de certains artistes du Centre d'Art. Ce qui conduisit à la création du Foyer des Arts Plastiques. D'autres ennuis surviendront au début les années cinquante, avec l'intrusion de la politique dans le domaine de l'art. Certains artistes seront taxés de communistes. Lors du règne de François Duvalier, cette persécution s'accentua jusqu'à provoquer l'exode de bon nombre d'artistes haïtiens vers l'étranger. L'art connaissait alors les mêmes tracasseries que du temps de la poursuite des membres du Bauhaus en Allemagne, à l'époque de l'implantation du nazisme. Le succès de l'exposition du Bicentenaire de Port-au-Prince, en 1946, était toujours présent dans tous les esprits et rehaussait encore le prestige d'une ville qui était devenue, avec La Havane, les deux principales destinations touristiques de la Caraïbe. Sur cette trainée, le mouvement artistique s'accéléra et nombre d'artistes se faisaient une réputation et pouvaient même prétendre vivre de leur art. Malgré les contraintes de la censure imposée par le régime dictatorial des Duvalier, la peinture haïtienne réussit à survivre. Si les oeuvres de cette époque reflétaient un aspect décoratif, certaines d'entre elles frappaient néanmoins par leur originalité. Il en fut ainsi jusqu'au début des années quatre-vingts. Période de l'isolement d'Haïti de la scène internationale avec l'apparition du sida dont on nous avait attribué la paternité. Le coup de grâce nous était donné trente ans après, lors du tremblement de terre du 12 janvier 2010. Lors de cette catastrophe toutes les structures préposées à la promotion et la préservation de notre patrimoine culturel, particulièrement la peinture, furent affectées. Les musées privées ou de l'Etat, lieux privilégiés de conservation des oeuvres de référence de notre créativité artistique, avaient subi de graves dommages. Le Dr Michel Philippe Lerebours, conservateur du musée du Collège Saint- Pierre, dont l'institution fut l'une des principales victimes du séisme , confie son désarroi lors de propos d'introduction à l'annonce d'une grande exposition d'oeuvres picturales haïtiennes qui aura lieu à New-York , du 17 au 21 septembre 2013, en vue de tenter de recueillir des fonds pour la restauration du musée: « Les promesses faites, tant par les institutions nationales qu'internationales, les unes plus belles que les autres, n'ont malheureusement pas été plus loin que la parole et nous avons bien senti que malgré sa grande importance socio-économique, l'art haïtien, pour ne pas dire la culture haïtienne, n'était pas une priorité. Il semblait d'ailleurs de nulle importance que le peuple haïtien pourrait voir disparaître à tout jamais une partie importante de son patrimoine. » C'est face à ce dilemme, et pour relever ce défi, que s'organise cette grande exposition/ vente d'oeuvres d'art haïtiennes. Dans ce but, se sont constitués à New York un comité de soutien présidé par M.Paul Corbanese, de la Fondation Toussaint Louverture et à Port-au-Prince un comité d'appui coordonné par Ralph Allen, sous la supervision de M. Louis Dubois et de Mme Jacqueline Pompilus, respectivement président et secrétaire du conseil d'administration du musée. En outre, un comité composé d'éminentes personnalités du monde artistique et culturel est en charge de recueillir des fonds d'aide. A cette manifestation de solidarité, il convient de signaler la participation du musée du Louvre qui a consenti d'éditer, à ses frais, le catalogue qui avait été préparé lors de la grande exposition commémorant les 60 ans de la mort d'Hector Hyppolite, en spécifiant que la vente devrait servir à la restauration d'une quarantaine de tableaux de grande valeur endommagés lors du tremblement de terre. A signaler aussi, la contribution exceptionnelle de quelque 70 artistes peintres haïtiens et le don de six collectionneurs d'art, dont Mary et Phyllis Voegeli, nièces de monseigneur Bishop Voegeli, fondateur du musée d'Art du Collège Saint-Pierre. Sans oublier l'apport de quelques membres du conseil d'administration qui a permis la remise en état des entrepôts pour la sécurisation des collections, un don de 10 000 dollars américains de la Unibank, une promesse assez ferme d'aide de la BRH. Fait exceptionnel, la galerie « Wilmer Jennings at KenKeba » a été gracieusement mise à la disposition du comité, à la suite de la demarche de certains artistes haïtiens vivant à New York. C'est pour promouvoir cette grande activité artistique que cette invitation a été lancée par le comité d'organisation. Sauvons un musée : Exposition /Vente Pendant cinq jours, du mardi 17 septembre au samedi 21 septembre, la galerie Wilmer Jennings at Kenkeleba, en collaboration avec la Fondation culturelle Toussaint Louverture, sera heureuse de présenter une exposition-vente d'un ensemble exceptionnel d'oeuvres d'art par plus de quatre-vingt (80) importants peintres haïtiens allant des maîtres traditionnels aux contemporains. Dans un effort sans précédent quatre-vingt-huit (88) oeuvres d'art originales données par des maîtres haïtiens, des peintres émergents et des collectionneurs seront exposées et mises en vente . Parmi ceux dont les oeuvres seront exposées, on note : Frankétienne, Edouard Duval Carrié, Philippe Dodard, Hervé Télémaque, Frank Louissaint, Ludovic Booz, Etzer Charles, Jonas Allen, Lafortune Félix, Essud Fungcap, Eric Girault, Yolène Legrand, Michele Voltaire Marcelin, Emmanuel Merisier, Marilene Phipps-Kettlewell, Robert Paret, Marie José Nadal, Camy Rocher, Eddy et Jean René Tintin, Harold Dessalines, Killy, Evens Arcelin, Renold Laurent, Patrick Wah, Dominique Volcy et Engels. Organisée par la Fondation Toussaint Louverture (www.ToussaintLouvertureFoundation.org) chaque oeuvre d'art a été sélectionnée pour son influence réelle sur la réalité culturelle haïtienne ou pour l'interprétation de cette dernière. Cet ensemble d'oeuvres d'art de qualité a été donné par des artistes et collectionneurs du monde entier afin de recueillir des fonds pour réparer Le musée d'Art haïtien du Collège Saint-Pierre à Port-au-Prince. Le musée d'Art haïtien a été construit en 1972 dans le centre historique de Port-au-Prince avec l'aide du représentant de l'Eglise épiscopale en Haïti, monseigneur Alfred Voegeli. Ce musée demeure une des rares institutions où sont préservées les peintures haïtiennes du vingtième siècle.Sa collection d'oeuvres irremplaçables va de 1945 à nos jours. Le musée a été sévèrement endommagé lors du tremblement de terre de janvier 2010 et est fermé au public depuis lors. Mardi 17 septembre au samedi 21 septembre 2013 Heures d'ouverture: mardi à samedi, 11 a.m. à 6 p.m. Réception d'ouverture : jeudi 19 septembre de 4h p.m. à 6 h p.m. Réception de clôture : samedi 21 septembre de 3h p.m. à 7h p.m. Wilmer Jennings Gallery at Kenkeleba 219 East 2nd street at avenue B lower East side in Manhattan Pour plus d'informations, les intéressés peuvent s'adresser à la direction du musée d'Art du Collège Saint-Pierre, ou appeler le : 3461-5859. Pèlerin, septembre 2013

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