Vendredi 9 décembre 2016









SANTE

CHITAI : une issue pour l'infertilité


Le Dr Harry J. Beauvais est un spécialiste de l'infertilité. Avec d'autres collègues et des partenaires de l'étranger, il a fondé CHITAI, qui est le Centre haïtien d'investigation et de traitement avancé de l'infertilité. Nous l'avons rencontré alors que nous visitions l'unique centre du genre en Haïti et le mieux équipé de la Caraïbe. Selon le Dr Beauvais, on y pratique l'insémination, c'est-à-dire la fécondation artificielle. Il nous éclaire sur son travail. LN: Voulez-vous bien vous présenter ? HJB: Je suis le Dr Harry J. Beauvais, gynécologue obstétricien de formation, avec une spécialisation en infertilité et fertilisation in vitro. J'ai effectué mes études d'abord en Haïti, puis je suis parti me spécialiser aux Etats-Unis à la Jhon Hopkins University. J'ai continué mes spécialisations à la Cleveland Clinic, toujours aux Etats-Unis, et en Israël aussi. Après, je suis revenu en Haïti. LN: Qu'est-ce qui vous a poussé à monter CHITAI ? HJB: Pendant longtemps, j'ai été choqué par le fait que les familles haïtiennes faisant face au problème de l'infertilité n'avaient que trois choix : partir pour les Etats-Unis ; aller en République dominicaine ; ou voir des médecins ici qui arrivaient à leur proposer des solutions pas toujours satisfaisantes. Toutefois, certaines anomalies très poussées, comme l'obstruction des trompes, l'endométriose complexe, les femmes dans leur quarantaine enceintes ou non, dépassent les compétences de tous mes collègues en Haïti. Dans le cas d'un homme par exemple, celui-ci doit posséder en moyenne 25 000 000 de spermatozoïdes. S'il ne compte que moins d'un million ou pire, quelques milliers, les pistes de solution se feront de plus en plus rares. Actuellement, n'était CHITAI, ces hommes et ces femmes ne pourraient jamais espérer donner naissance. LN: Pourriez-vous décrire CHITAI ? HJB: Je commencerai par dire que le CHITAI est l'un des meilleurs, si ce n'est le meilleur du genre dans la Caraïbe. Nous avons mis 4 ans avant d'aboutir à l'installation technologique que requiert un tel espace, visant la procréation artificielle. Le service de fertilisation in vitro existe donc, concrètement, depuis juin 2011. Par ailleurs, le centre est structuré de manière à assurer le plus haut taux de réussite possible aux opérations, c'est-à-dire concentration de gaz carbonique et d'azote, salle complètement isolée de l'extérieur pour empêcher la pénétration de particules de poussières ou de tout autre corps étranger, conservation de température constante, etc. Il faut donc voir en CHITAI un centre où nous faisons usage de la médecine de pointe alors que tout semble faire du sur place dans ce pays, surtout en ce qui a trait aux soins sanitaires. LN: Qui est avec vous dans ce projet ? HJB: Au début, j'étais pratiquement le seul Haïtien sur le projet avec des partenaires américains et indiens. Depuis 2 ans heureusement, je collabore avec une équipe de jeunes médecins, dont le Dr Thierry Laplanche, l'un des partenaires clés de cette institution, qui apporte son savoir-faire et son dynamisme. Il y a aussi trois autres médecins gynécologues juniors qui sont en train de faire leurs premières armes dans le domaine de l'infertilité, et un groupe d'experts visiteurs ; ceux-là viennent régulièrement et se relayent. Parmi eux, il y a le docteur David Warmer qui est directeur de Duke Fertility Center, Delly Olive de Visconty fertility Center. Nous collaborons également au centre avec des embryologistes. Ce sont eux qui viennent étudier les prélèvements et s'assurent de la suite dans nos laboratoires hautement sécurisés. LN: Le centre existe depuis combien de temps déjà ? HJB: Cela fait pratiquement 5 ans, mais les services de fertilisation in vitro, d'injection cytoplasmique de sperme n'existent que depuis juin 2011. Avant, on offrait des services de base tels que les évaluations de routine, les reconstructions utérines, l'insémination intra-utérine, mais de manière routinière. Grâce à notre nouvelle technologie, je peux avancer avec fierté qu'au centre nous pouvons nous permettre d'offrir les soins en médecine les plus avancés. Par là, nous entendons que tout ce qui existe à présent en matière de traitement sur l'infertilité ailleurs existe aussi à CHITAI. LN: Que faut-il comprendre exactement par fertilisation in vitro ? HJB: Il s'agit d'un ensemble de techniques qui assurent la fertilisation. On s'assure que le spermatozoïde et l'ovule se rencontrent par tous les moyens pour féconder. In vitro signifie tout simplement que le processus se passe au laboratoire quand les conditions physiques ne permettent pas que cela se passe dans les conditions normales, c'est-à-dire au moment du coït. Mais ce foetus est replacé dans le ventre de sa mère pour que la grossesse se poursuive. C'est une chose spectaculaire. Parce qu'il ne s'agit pas uniquement que la femme tombe enceinte ; nous assurons surtout que le bébé naisse en vie. Celui-ci comme ceux nés de grossesses normales n'est pas exempt de mort naturelle à cause de facteurs multiples. LN: Comment se fait la prise en charge de la patiente ? HJB: La femme est premièrement évaluée quand elle arrive au CHITAI. Un circuit qui commence par la clinique, l'interrogatoire, et l'histoire du couple ou de la femme. Puis on passe aux étapes de la fertilisation in vitro, c'est-à-dire l'identification et la décision du traitement à suivre. A cette étape, la femme ou le couple est mis au courant des différents traitements avant de choisir lequel convient le mieux. Ensuite, on démarre le travail de fertilisation in vitro lui-même, à savoir : la simulation des ovaires, la ponction des follicules sous anesthésie, la fertilisation in vitro qui se fait au laboratoire, la culture des embryons, puis le replacement au niveau de l'utérus. Et enfin, deux semaines plus tard, on vérifie que la femme est effectivement enceinte. LN: Est-il sûr qu'après tout se passera bien ? HJB: Absolument. A moins qu'il n'y ait de problème d'interruption de grossesse naturelle. Il nous faut souligner aussi que plus la femme est avancée en âge, moins il est conseillé de procéder à ce traitement avec les ovules de cette femme, parce que les chances que l'opération réussisse diminuent. Le pourcentage est donc faible. C'est un risque que l'on ne peut prendre quand on sait ce que cela implique au niveau des coûts. LN: Et qu'en est-il des coûts pour un tel traitement ? HJB: A ses débuts, la fertilisation in vitro a toujours été l'affaire des familles aisées ou des gens de la classe moyenne pouvant se payer ces soins. Mais depuis quelque temps, nous nous sommes arrangés au centre pour relever un défi plus grand que celui de nos voisins dominicains qui proposent des soins a un prix très abordables pour des traitementsqui sont généralement très couteux Nous veillons à ce que les services soient de très bonne qualité en plus du bas prix. Nous avons une clientèle variée et recevons tout le monde. LN: Comment faites-vous pour vous procurer le matériel nécessaire ? HJB: C'est notre plus grand problème, mais notre plus grande fierté aussi. Le groupe CHITAI se serre les coudes. Nous mettons en commun tous nos avoirs pour faire marcher le centre. Par ailleurs, je soulignerai que nous ne recevons aucune aide financière de l'étranger, mais plutôt une assistance technique non moins importante, ni de subvention ou autre forme d'aide de l'Etat. Tout ce que nous faisons à CHITAI est l'oeuvre de notre bonne volonté, d'amis et des responsables de banque qui comprennent l'importance de notre travail et acceptent de nous faire des prêts à des taux raisonnables. LN: Quelle est votre position par rapport à une certaine morale et la religion qui sont contre la fertilisation in vitro ? HJB: Je suis conscient qu'il faut qu'il y ait des garde-fous et que suivant les codes éthiques, certaines choses ne peuvent pas et ne doivent pas se faire. Nous avons un comité d'éthique qui est là pour faire le suivi, s'assurer que tout se fasse dans les normes. Il ne saurait être question que nous acceptions d'entrer dans des combinaisons louches qui pourrait être assimilés à des magouilles. Quant à la religion, nous préférons garder une position scientifique. LN: Comment vous contacter ? HJB: Très facilement. Nous sommes à la rue Audain, juste en face de l'IPN (ministère de l'Éducation nationale). On peut aussi appeler à ce numéro : 29 44 43 37











AUTEUR
Péguy F. C. Pierre peguyfcpierre@gmail.com

Réagir à cet article

Les commentaires sont modérés

Chaque contribution postée est soumise à modération. Vous pouvez alerter l'équipe du Nouvelliste, d'une contribution qui vous semble ne pas respecter notre charte en cliquant sur le bouton << Voter contre >>, présent sous chaque commentaire. Notre équipe sera automatiquement prévenue et fera le nécessaire.

La charte de moderation












Haut de la page