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Economie 3 Septembre 2008
     
   
  Haïti: Les salaires restent figés, les prix s'envolent


Vie chère, chômage intolérable, crise alimentaire, baisse accrue du pouvoir d'achat ajoutés aux effets ravageurs des récentes intempéries... constituent un cocktail explosif à la vieille de la rentrée scolaire. Un lourd fardeau pour les parents haïtiens qui vivent, de surcroît, depuis plus de quatre mois, sous le régime d'un gouvernement démissionnaire.

 
 
La grand'rue ce mercredi à 4 jours de la rentrée scolaire
   
Les Haïtiens qui espéraient un mieux-être avec la destitution de Jacques-Edouard Alexis en début d'avril, suite à de violentes manifestations, se voient croupir dans la misère la plus abjecte. Les acteurs politiques accordant la priorité aux tractations politiciennes rendent encore plus difficile la conjoncture qui se resserre autour des chefs de famille ballottés entre l'explosion des prix de produits de première nécessité et des services de base et l'aggravation de leurs conditions salariales en valeur réelle.

« Ici, tout repose sur un simple salaire », explique Marianne Labranche*, 28 ans, mère d'une fille de six ans. Restauration, transport, soins de santé, habillement et éducation se partagent les 9 000 gourdes (225 USD) perçues mensuellement par cette jeune employée d'une banque commerciale de la capitale.

Marianne se rappelle le jour où son patron avait décidé de lui accorder cette promotion. « C'était fin août 2006, dit-elle. J'étais élue employée du mois quand mon patron a choisi d'augmenter mon salaire de 20% après que j'aie passé deux ans avec mon salaire d'entrée. » Et dire que Marianne gagne son salaire depuis 25 mois.

De 7 200 gourdes sur deux ans à 9 000 gourdes sur 25 mois, Marianne ne pense qu'à ses stricts besoins. Pas de loisirs. « Mon mari gagne, de son côté, un salaire que je n'ose répéter à tout venant, lâche-t-elle. Comment peut-on penser à autres choses qu'à survie? »

Marianne venait tout juste d'acheter les tissus destinés à la confection de l'uniforme de sa fille qui débute cette année le cycle fondamental. Les 10 000 gourdes qu'elle a rassemblées durant 10 mois à partir d'une tontine - petite société coopérative informelle permettant aux moins nantis de mettre en commun périodiquement une partie de leurs avoirs afin de réunir une somme plus importante distribuée à tour de rôle - sont loin de la tirer de ses inquiétudes qui vont crescendo après s'être informée des prix des manuels et du matériel scolaires.

« Je ne saurai jamais voir le bout du tunnel », s'inquiète Marianne qui doit payer 8 000 gourdes de frais scolaires annuels et 1 500 gourdes d'écolage mensuel pour sa fille, alors que la crise alimentaire persiste portant à 2 850 gourdes (71,25 USD) le riz (sac de 50 livres) et l'huile à 350 gourdes (8,75 USD) la bouteille d'un gallon.

A l'instar de Marianne Labranche, plusieurs employés du secteur privé se plaignent de l'attitude passive des patrons à leur égard en cette période de crise gouvernementale, économique, alimentaire, environnementale et pétrolière.

« Les prix explosent, tandis que les salaires restent figés et on nous exige toujours le même quota », lance, le visage éreinté, une ouvrière d'une manufacture placée à Delmas.

L'annonce d'une augmentation du salaire minimum au niveau du secteur de la sous-traitance à plus de 250 % laissait sur leur soif des travailleurs qui n'avaient pas cessé de minimiser cette offre, précisant que les 200 gourdes offertes par jour n'allaient rien résoudre en ce qui a trait à leur pouvoir d'achat.

Soulevée au début de l'année fiscale par le président de la République lui-même, la question de l'augmentation du salaire minimum traîne toujours au Parlement en faveur d'autres dossiers jugés plus brûlants. Entre-temps, enseignants, employés de banque, journalistes, ouvriers ... sont dans le pétrin à cause d'une crise interminable qui réduit à néant le pouvoir d'achat.

lsoirelus@lenouvelliste.com
 
     
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