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par Lemoine Bonneau lbonneau@lenouvelliste.com
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ECONOMIE

SOFIHDES, 30 ans dans le développement des PME
Le Nouvelliste | Publié le :15 mars 2013
 Carl-Henry CADET
C'est la seule institution financière de développement privée de la Caraïbe. En trois décennies, la Société financière de développement S.A. (SOFIHDES) a déjà desservi environ 1 500 petites et moyennes entreprises (PME) dans le pays. Entre satisfaction et défi, les dirigeants de la SOFIHDES célèbrent cette année le trentième anniversaire de l'institution.
" Avant la SOFIHDES, on a commencé tout petit et on allait lentement. Mais avec l'apport de cette institution financière, notre croissance a accéléré considérablement. Notre restaurant est aujourd'hui une, si ce n'est La référence dans le Sud-Est... SOFIHDES croit beaucoup dans le développement et l'accompagnement des PME ". Ce sont là les témoignages de Luckner Toussaint, patron de 'Rendez-vous Restaurant", de son expérience avec l'institution financière de développement. Comme lui, environ 1 500 entreprises pourvoyeuses de dizaines d'emplois dans l'économie locale ont tiré profit, au cours de ces trente dernières années, de leur collaboration avec la SOFIHDES. Située sur la route de l'aéroport, à Port-au-Prince, la SOFIHDES ne compte aucune succursale. Ses uniques locaux n'attirent pas la même affluence que les banques commerciales. Ce n'est justement pas une banque : elle ne reçoit aucun dépôt de la clientèle. Pourtant, ce sont des entreprises des quatre coins du territoire - dont 14 % dirigées par des femmes - qui bénéficient de sa gamme diversifiée de produits. " Nous déplacer en province nous coûte beaucoup, mais nous le faisons quand même", informe Frantz Bernard Craan, actuel président du conseil d'administration de la SOFIHDES. Malgré un contexte difficile, l'institution de développement n'a jamais perdu de vue sa vision de départ. Lorsqu'en mars 1983, la SOFIHDES, avec le support de la USAID, ouvrit son portefeuille de crédit, les dirigeants de l'institution voulaient étendre le financement aux grands oubliés du crédit bancaire d'alors. Comme s'ils étaient en avance sur leur temps, ces financiers avaient choisi de monter une société spécialisée dans l'offre de crédit à une clientèle très prisée aujourd'hui : les PME. L'actionnariat de la SOFIHDES s'est ouvert avec des investisseurs privés haïtiens. L'industriel de renom André Apaid assurait la présidence du premier conseil d'administration de l'entreprise. A une époque où l'industrie et l'agriculture étaient encore compétitives, la préoccupation des dirigeants étaient de satisfaire les besoins de financement à moyen et à long terme des entreprises de production et de transformation. Plus qu'une institution de crédit Très vite, les promoteurs de cet important projet réalisèrent que les défis des PME n'étaient pas que financiers." Il fallait d'autres services d'accompagnement pour combler leurs déficits de management et leur manque de rentabilité ", explique Thony Moïse, directeur général délégué. Ainsi, l'institution de développement n'a pas tardé à lancer SOFIDATA , un service spécialisé en comptabilité. Aujourd'hui, SOFICONSEILS fournit des services conseils personnalisés pour répondre aux défis complexes que doivent relever quotidiennement les entreprises haïtiennes. Mais de la palette des services de la SOFIHDES, ce sont les séminaires de formation de la Sofihtrainning qui sont les plus connus du grand public : ce centre de formation a formé pendant ces trois dernières années plus de 3000 entreprises, professionnels et entrepreneurs en herbe. " Le taux d'intérêt n'est pas notre principal atout", admet le directeur général délégué. Mais qu'est-ce qui peut porter un entrepreneur à accepter de payer un crédit plus cher que dans les autres institutions de crédit ? " La SOFIHDES est un " one-stop shop ", répondent les dirigeants de l'institution. Les entreprises s'adressent à nous non seulement pour trouver du crédit, mais aussi pour qu'on les aide à se développer ". Comptabilité, marketing, ressources humaines, direction... Ce sont tous les paramètres de l'entreprise à potentiel que la SOFIHDES se propose d'améliorer. Cette assistance technique se poursuit aussi tout au cours du prêt, à travers le suivi régulier des dossiers. "Quand il y a des problèmes, nous nous arrangeons pour être là", assure le numéro un de l'institution. L'un des autres atouts de la SOFIHDES, selon les responsables, c'est son approche personnalisée. " Nous n'avons pas un habit prêt-à-porter pour les clients. Même si au départ son projet d'affaires n'est pas tout à fait correcte, le demandeur de crédit sait qu'il ne sera pas rejeté d'office. Son projet sera plutôt évalué, et au besoin, il est amélioré", indiquent-ils. Une des pratiques de la SOFIHDES qui illustrent bien cette flexibilité, c'est la feuille de calcul du taux. " Avec ce formulaire, nous déterminons en toute transparence avec le client le taux d'intérêt de ses prêts, explique Serge Petit-Frère, directeur Marketing et qualité. Si, par exemple, son entreprise n'a pas de système comptable, on ajoute un point au taux. Nous lui laissons la liberté de travailler sur cet aspect. S'il le désire, nous l'assistons. Après une amélioration de sa gestion comptable, il peut renégocier son taux d'intérêt." De nouveaux défis Mais en trente ans, la SOFIHDES n'a pas encore atteint son plein potentiel. " Dans un pays plus stable, avec des politiques publiques axées sur la compétitivité, l'institution serait dix fois plus grosses qu'aujourd'hui ", estime Pierre Marie Boisson, premier vice-président du conseil d'administration. Cette institution promotrice de l'investissement productif a dû faire face en effet à un contexte politique et économique difficile. Au cours des trois dernières décennies, les services et le commerce sont devenus les activités prédominantes de l'économie haïtienne. Le pays est aussi devenu beaucoup plus attractif pour l'aide internationale que pour l'investissement. " La SOFIHDES a alors dû afficher un certain conservatisme ", reconnaît Pierre Marie Boisson. " Néanmoins, elle a contribué à la croissance de centaines de start-up (dont des entreprises agricoles) qui n'auraient pas trouvé du financement sur le marché bancaire" Aujourd'hui, dans le secteur financier, le marché des PME est devenu beaucoup plus compétitif que dans les années 80. Des banques commerciales et même des ONG y consacrent des services. "La SOFIHDES dit bienvenue à la concurrence", déclare le président du conseil. Jusqu'à date, l'institution financière de développement s'adapte bien à cette nouvelle donne. Changement de statuts, lancement de nouvelles activités, financement encore plus flexible, la SOFIHDES se veut ces derniers temps plus agressive. " Malgré la concurrence, le taux de croissance de la SOFIHDES est plus élevé qu'autrefois ", indiquent les responsables. Après un taux de croissance de 18% en 2011, l'entreprise a réalisé, l'an dernier, son plus haut taux historique : 21 %. Cette année encore, elle espère de meilleures performances. Bientôt, la SOFIHDES, qui compte actuellement 165 actionnaires, sera sous la régulation de la BRH. " Même sans ce contrôle, nous avons toujours eu les normes prudentielles comme boussole ", souligne Bernard Craan. Les chefs de l'institution n'attendent aucun cadeau de l'Etat haïtien. Ils réclament justes des réformes sérieuses pour rendre les PME plus compétitives. Et si par exemple, l'Etat créait des zones économiques avec des réglementations appropriées dans le Nord, dans le Sud et le Plateau central ? Pourquoi pas ? Cette idée lancée par le conseil d'administration de la SOFIHDES n'est-elle pas un pas un passage obligé pour la nation désireuse de devenir une économie émergente en 2030 ?
Carl-Henry CADET
Pour célébrer son trentième anniversaire, la SOFIHDES prévoit d'honorer des hommes entrepreneurs par le prix Charles Plesimond et des femmes d'affaires par le prix Michelle Jumelle.
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