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EDITORIAL

Jalousie, rêve d'avenir pour nos bidonvilles
Le Nouvelliste | Publié le :12 mars 2013
 Frantz Duval duval@lenouvelliste.com Twitter:@Frantzduval
L'avenir de Port-au-Prince passe par ses bidonvilles. Georges Anglade, encore lui, choqua au possible un parterre de planificateurs lorsqu'il démontra cette évidence au cours d'une conférence prononcée au Centre technique de planification et d'économie appliquée (CTPEA) en 1991. De 1991, où, en face du CTPEA, au Bicentenaire, Cité de Dieu cherche de la tôle et des bouts de bois pour ériger des bicoques jusqu'à l'après-12 janvier, la vitalité des bidonvilles ne s'est jamais démentie. Comme une traînée de poudre, elles s'étendent. Anglade avait raison. Les cris outragés des étudiants et professeurs furent les mêmes que ceux que poussent les âmes sensibles à la lecture de ce texte. La dynamique implacable, la même. Pendant qu'on en discute, hier comme aujourd'hui, les cités précaires continuent leur course, avalent lentement la capitale et toutes les villes qui se développent n'importe où à travers le pays. Les cris offusqués continuent, l'urbanisation aussi. Elle est simplement synonyme de bidonvilisation en Haïti. Anglade, le scientifique, auteur de "L'espace haïtien", engagé dans la politique, savait faire la part des choses, se remettre en question, mais restera jusqu'à sa fin l'homme de terrain nourri d'espérances, mais pas vendeur de rêves inaccessibles pour un sou. Muni de ses lunettes de géographe, il ausculta jusqu'à son dernier souffle ce pays et ne changea jamais d'opinion sur les cités précaires. Elles étaient là pour rester et s'amplifier, porteuses de la démocratie comme du chaos, de l'insécurité et de l'apaisement, disait-il. Le professeur Anglade rêvait de les voir dotées de "fontaine" de services publics, une mise en commun des ressources (électricité, eau, assainissement, éducation, etc.) pour pouvoir offrir au plus grand nombre une vie décente. L'auteur de "Éloge de la pauvreté" aurait été fier de ce qui se passe à Jalousie et dans d'autres quartiers réputés difficiles, depuis quelques mois. Jalousie, par exemple, quartier de Pétion-Ville, situé au coeur de la nouvelle capitale de la République et au pied de collines aux villas millionnaires, subit avec plaisir un lifting de la part du projet 16-6 dans le cadre de la réhabilitation des quartiers précaires. Michel Martelly et Laurent Lamothe l'ont voulu, cela se fait. Ce n'est pas un miracle, mais le tour de magie que réussit la volonté à chaque fois qu'on y adjoint un peu de moyens. Pour les bidonvilles et autres agglomérations où habite la nouvelle classe moyenne de ce pays toujours pauvre, c'est la première fois qu'un gouvernement ne rêve pas de les raser ou ne prend pas la décision de les ignorer en les arrosant de temps à autre d'argent facile. Le pari de Martelly et Lamothe est incroyablement gros. À travers le programme 16-6 et de l'Unité de construction de logements et de bâtiments publics (UCLBP), ils visent à changer le visage de Jalousie, de Morne Hercule, de Morne Lazare, de Nérette et d'autres zones. On y amène de l'eau, des routes, des escaliers, des terrains de jeu, des façades aux couleurs vives, de l'éclairage, des fosses d'aisances, du travail, une valorisation des savoir-faire locaux. Sans déplacer personne et sans questionner la tenure de la terre, on reconstruit, on introduit de nouvelles techniques de construction, des espaces verts, un peu de drainage. Plus que tout, les communautés concernées participent : le dialogue est permanent. Si tout se passe bien, ce projet aura un effet d'entrainement sur tous les autres quartiers précaires de la capitale. Ce ne sera pas seulement une réussite esthétique, ce ne sera pas un tableau de Préfète Dufaut, mais bien un nouveau tableau social et économique qui se dessine sous nos yeux, dans des quartiers maudits depuis des lustres. Et ceux qui rêvent de raser les bidonvilles au prétexte des risques sismiques, pour débarrasser la capitale de ses verrues au prétexte de protéger les hommes et femmes qui y vivent, souvenez-vous que ce sont les mêmes ouvriers qui ont érigé votre demeure qui ont construit chaque mètre carré des quartiers précaires avec vos matériaux. D'ailleurs, le 12 janvier 2010, il y a eu plus de dégâts ailleurs dans la ville que dans les bidonvilles, toutes proportions gardées. Georges Anglade aurait été heureux de cette expérience à la hauteur du défi. Jalousie est bien l'avenir de nos bidonvilles, ne nous réveillons pas trop vite.
Frantz Duval duval@lenouvelliste.com Twitter:@Frantzduval
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