Le logo du Nouvelliste
L'EDITO DU JOUR
par Frantz Duval duval@lenouvelliste.com Twitter:@Frantzduval
La diplomatie haïtienne ne cesse de nous étonner. Les intérêts du pays prennent le pas sur la passivité. Les sommets comme les grandes visites de dirigeants de ce monde se suivent et renforcent l'amitié d'Haïti avec les peuples qui nous entourent. Nous ne sommes pas Christophe Colomb, le Génois, ma...
UNE
La Une du 20-06-2013
NEWSLETTER
Recevez Le Nouvelliste dans votre email tous les jours
en construction
TICKET MAGAZINE
191 :Visiteurs actuellement sur le site
NATIONAL

Philippe Allouard : un « Blanc » très Haïtien, est parti !
Le Nouvelliste | Publié le :12 mars 2013
 Karl Foster Candio
Ce samedi 9 mars sur la route de Léogâne, Haïti a perdu un fervent amoureux, un promoteur dévoué, un de ses plus grands amis nés en terre étrangère. « Né en terre étrangère » pour éviter le mot étranger, tant celui-ci ne conviendrait pas à Philippe Allouard. Français de naissance, Philippe était bien haïtien de coeur et a vécu une histoire d'amour très intime avec Haïti. Une histoire d'amour qui a pris fin tragiquement samedi soir dans un accident de moto.
Le directeur de Internews Haiti était connu de son vivant pour avoir été à la tête de l'organisation qui avait réalisé Enfòmasyon Nou Dwe Konnen, ENDK, un programme humanitaire d'informations utiles, diffusées sous forme de brèves après le séisme du 12 janvier. Ce programme avait permis à beaucoup de gens de se relever, notamment en donnant des informations importantes, telles où trouver de l'aide quand la population en a besoin. Le module d'informations lancé quelques jours après le séisme avait été diffusé sur plus de 20 radios de la capitale avant de gagner les provinces pour prendre fin deux ans après. Sous la direction de Philippe, les capacités de communication d'urgence dans les mairies avec le Système national de gestion des risques et des désatres (SNGRD) ont été développées grâce à Internews. Des dizaines de journalistes de la capitale et des provinces ont été formés et des radios communautaires renforcées. ENDK et CDAC, autre programme de Internews, ont aussi pris part activement dans la communication sur la prévention du choléra après l'épidémie de 2010. Plus récemment, Internews a aussi contribué au développement d'une communication avec la population sur la façon de mieux construire. Mais pour ceux qui avaient eu la chance de le côtoyer, Philippe Allouard était surtout connu pour sa bonhommie, son esprit vif, son acharnement au travail, sa grande générosité et surtout son amour d'Haïti, ce pays avec lequel il vivait une relation sulfureuse pendant les 14 dernières années de sa vie. Haïtien, Philippe l'était bien plus que bon nombre de natifs, et c'était sans surprise qu'il se permettait à ses heures perdues de reprendre les textes de la salle des nouvelles d'ENDK. Lui, « Blanc Français » révisait certaines fois les papiers des journalistes pour y ôter quelque anglicisme ou autre mot emprunté, inexistant dans ce créole qu'il avait appris à connaître et à maîtriser. Grand admirateur de la culture haïtienne dans toute son intégralité, il est le plus grand fan de Dany Lafferière, dont les livres remplissent les étagères de la petite bibliothèque d'Internews, à la disposition des journalistes et enquêteurs. Il ne ratait jamais une occasion pour supporter les artisans du fer découpé de Croix-des-Bouquets. Sa curiosité insatiable l'amenait jusque dans les «lakous», où il entraînait les travailleurs internationaux qui défilaient au bureau d'Internews à Berthé. Ce 9 mars justement, il se rendait au vernissage de l'exposition "Haïti, Royaume de ce monde" qui allait se tenir ce jour-là à Halle Vital, Jacmel, quand ce destin fatal l'a enlevé, en compagnie de Léonidas Garraud, un jeune qui travaillait aussi pour Internews. Philippe y est resté sur le coup, et Léonidas a rendu son dernier souffle à l'hôpital. Haïtien, il l'a donc aussi été devant la mort, happé par un bus de Jérémie qui doublait un autre, lequel bus, comme il l'aurait fait pour n'importe quel quidam qui aurait eu la même déveine d'arriver en face, a poursuivi sa course furieuse avant d'être arrêté à Gressier. Comme tout « Blanc » établi sur une longue période en Haïti, on le revêtait de toutes les rumeurs qui lui seyaient ou pas, et tous les mystères entouraient ses motifs personnels. C'est pourtant sa générosité que l'on retiendra surtout de lui. Celle qu'il a souvent témoignée dans ou en dehors du bureau; celle qui a fait de ses employés ses amis aussi; celle qu'il a montrée envers les riverains qu'il croisait; celle dont il a fait preuve envers Haïti pendant près de 14 années. L'amour que Philippe Allouard portait à Haïti était en effet des plus passionnés. Il connaissait les plus beaux coins du pays. Non pas seulement les endroits trafiqués, embellis puis étiquetés, que l'on retrouve dans nos guides touristiques, mais aussi le charme rustique qui échappe à l'oeil, et qu'il avait l'art de repêcher au cours de ses escapades dans nos campagnes. C'est plus que justice qu'il soit mis en terre à Pierre Payen, un petit coin d'Haïti qu'il appréciait particulièrement, ce vendredi 15 mars. Ses amis et ses parents lui rendront un dernier hommage au cours d'une cérémonie funèbre jeudi en l'église du Notre-Dame du Rosaire au #22 de la rue Boisrond Canal. Philippe, dont AyitiToma était le nom sur Twitter, part et sa dernière photo de couverture sur Facebook restera donc cette pointe de terre baignant dans la Mer des Caraïbes, entre Gonaïves et La Pierre. Un beau coin de ce pays où il aura tant donné, jusqu'à sa vie. « Philippe était l'ami, le patron, le collègue qui m'a marqué, par son amour pour Haïti, son esprit critique et pédagogue, son «kè nan men» (générosité), son humour, son esprit d'équipe, sa simplicité, son amour pour le créole (se te yon veritab blan kreyòl), la culture haïtienne dans tous ses aspects...Il allait partout dans le pays, dans les provinces, car disait-il "Moun Pòtoprens pa konn pale kreyòl, sim bezwen bon tout bon nan lang lan, se an pwovens poum ale monchè!" Un homme chez qui on fermait les yeux sur les défauts pour ne vivre que ses qualités puisqu'il en avait tellement. Un disciple de Socrate et de Platon. Sa mort tragique en compagnie d'un autre jeune collègue, Léonidas Garraud, est survenue à un moment où il se battait même après la fermeture d'Internews pour que les bébés de cette expérience au lendemain du séisme de 2010 (Association haïtienne des journalistes de l'information sociale, AHJIS et BRESI, (Bureau de recherches économiques et sociales intégré) fassent oeuvre qui vaille. Philippe et Léonidas pour toujours dans nos mémoires et dans nos coeurs... Oui, certainement." Yvens Rumbold, dernier rédacteur en chef de ENDK J'ai fait la connaissance de Philippe Allouard, Directeur d'Internews, environ huit jours après le séisme du 12 janvier 2010 en compagnie de Jacobo Quintanilla au local de fortune qui abritait Magik 9 après la catastrophe. Deux jours plus tard, je travaillais avec lui au sein d'Internews-Haïti comme présentateur et reporter pour le programme d'informations à caractère humanitaire « Enfòmasyon Nou Dwe Konnen ». Dans un contexte bouleversant pour le pays, son implication dans cet important projet d'informations et sa collaboration avec toute l'équipe de nationaux et d'expatriés venus du monde entier m'a permis d'apprécier un professionnel dynamique et soucieux de ses responsabilités. Philippe Allouard me laisse le souvenir d'un étranger complètement épris de ce pays et totalement intégré dans la vie nationale. Toutes mes condoléances à sa famille et à ses amis. Johnny César Étienne « Je me souviens de la première fois que je l'ai rencontré, je me suis dit: "oh la la et dire qu'il y a des Haïtiens qui ont honte de parler créole". Je me souviens de cet homme qui n'avait pas froid aux yeux et qui avec sa franchise de "vye blan" , titre qu'on lui avait affectueusement attribué, nous disait nos quatre vérités de jeunes ou d'Haïtiens tout court. Je n'ai jamais senti dans ses phrases des reproches, mais des conseils pour nous pousser vers l'avant. Repose en paix Phillipe "vye blan" et sache que c'était un honneur pour moi d'avoir travaillé à tes côtés. » Nerlande Gaétan, ancienne journaliste de ENDK « Un Blanc français parlant le créole haïtien et connaissant le pays aussi bien que Philippe Allouard, ce n'est pas facile à trouver en Haïti. C'était un humaniste, un grand ami de la jeunesse. Je suis très honorée d'avoir collaboré avec lui à Internews dans Enfòmasyon Nou Dwe Konnen. » Witza Petit-Antoine « J'ai fait la connaissance de Philippe Allouard, Directeur d'Internews, environ huit jours après le séisme du 12 janvier 2010 en compagnie de Jacobo Quintanilla au local qui abritait Magik 9 après cette catastrophe. Deux jours plus tard, j'allais travaillé avec lui au sein d'Internews-Haïti comme présentateur et reporter pour le programme d'informations à caractère humanitaire « Enfòmasyon Nou Dwe Konnen ». Dans un contexte bouleversant pour le pays, son implication dans cet important projet d'informations et sa collaboration avec toute l'équipe de nationaux et d'expatriés du monde entier m'a permis d'apprécier un professionnel dynamique et soucieux de ses responsabilités. Philippe Allouard me laisse également le souvenir d'un étranger complètement épris de ce pays et totalement intégré dans la vie nationale. Toutes mes condoléances a sa famille et a ses amis Johnny Cesar Etienne « J'ai travaillé presque tous les jours avec lui pendant 2 ans et demi. Il savait écouter, savait mettre un coup de collier et mettre de sa personne le week-end ou les soirs pour faire que nos projets avancent et aboutissent. S'il y a un mot pour le résumer, c'est générosité selon moi. Il a donné de sa personne et de son temps pour Haïti avec confiance. Il m'a toujours dit si on n'a pas de contribution à donner, on ne va pas se battre pour faire continuer Internews en Haïti. Je partageais ça avec lui, et c'est parce qu'on y croyait qu'il a continué à chercher des solutions pour différents projets jusqu'à sa mort. Ben Noble, CDAC « Aussi loin que remontent mes souvenirs avec Philippe, rencontré il y a plus de 10 ans, j'ai été émerveillée par sa curiosité... Son regard intense et plein d'intérêt pour le genre humain, et en particulier pour Haïti. Un regard respectueux et affûté sur ce qui l'entourait. Philippe nous faisait découvrir à tous, Haïtiens, étrangers, intellectuels, artisans, paysans, consultants, humanitaires, chauffeurs, artistes... que l'autre avait des qualités et des facettes insoupçonnées, ignorées ou négligées. Philippe savait. Comme sait l'homme qui écoute son coeur avant tout. Il savait écouter, sentir, fouler, goûter, parler, regarder... Vraiment au fond. Aussi profond dans sa religion que respectueux et curieux des «lakou». Aussi natif natal qu'explorateur " blan" de tout ce qu'Haïti pouvait lui montrer, et lui apporter. Et Philippe a lui aussi su lui apporter tellement. Et je ne parle que de l'homme, pas même du professionnel avec qui j'ai eu aussi la chance de travailler, et qui a permis à Internews de faire l'exploit de lancer un journal radio quotidien humanitaire quelques semaines après le tremblement de terre. Phillipe Allouard à tenu debout le projet ENDK, la maison de Berthé, et tous ceux qui étaient autour...dans un grand ensemble multinational (il rigolerait s'il me lisait). Et grâce à cela sûrement beaucoup de gens dans les camps... Quelle chance de t'avoir eu comme ami. Quelle infinie tristesse de te perdre. Mais quelle drôle d'idée de te pleurer, toi qui fonçais toujours... Confiant...Comme samedi vers Jacmel. » Stéphanie Renauld Armand « Heureusement que quand je pense à toi, la première chose qui me vient en tête, c'est ton sourire. C'est donc ce souvenir de toi que je conserverai en mémoire. Ton sourire mais aussi ta bonté, ton intelligence, ta grande curiosité, et ton grain de folie. Quand tu as disparu, tu étais sur le chemin d'une découverte de plus, tu partais étancher ta soif de connaissance à Jacmel. Tu n'auras pas vu l'expo « Haïti, Royaume de ce monde », à la place tu es parti vers un autre monde... sûrement meilleur. Tu as apporté tellement à ce pays... J'espère seulement qu'il t'en a apporté autant. Je suis très heureuse d'avoir eu la chance de te connaître et de travailler avec toi, d'avoir pu compter sur ton professionnalisme et sur ta gentillesse. Tu vas beaucoup nous manquer, Philippe. Au revoir, » Milena Sandler « Philippe was a passionate journalist and enthusiastic advocate for humanitarian work in Haiti. He began his career with Internews in 2009 as Deputy COP of our Haiti programs, and returned in the winter of 2010 to lead Internews' largest humanitarian media program to date; a media support program in response to the devastating earthquake in January of 2010. He most recently managed Internews Europe's Haiti program. Philippe was a humanitarian in the deepest sense of the word. He cared deeply about freedom of expression and quality journalism in Haiti, and the networks of journalists he supported are testimony to this. He will above all, however, be remembered for the way he cared so much for the welfare of all Haitians and their communities and for the poorest and most struggling. That was his Philippe's passion and will be his abiding legacy to us, and we all feel privileged to have known and worked with him. » Mark Harvey, Executive Director of Internews Europe « Philippe se te moun tout moun, yon moun ki te gen kè. Bon tan, move tan, li te toujou la pou ba w jarèt. Il était un citoyen français, mais, de coeur, un patriote haïtien, défendant toujours l'intérêt de notre pays. C'est une perte terrible pour sa famille, ses amis et le pays en général. Qu'il repose en paix dans le royaume de Dieu. » Gérald Oriol Jr, secretaire d'Etat à l'Intégration des personnes handicapées « On ne trouve jamais les mots justes pour décrire de telles tragédies. Quel drame! Je me rends compte à quel point la vie ne tient qu'à un fil... Dire que Philippe m'a écrit la semaine dernière, je n'ai pas eu le temps de lui répondre... et voilà qu'il nous quitte abruptement... Mon coeur est en mille morceaux... Il était d'une telle générosité... Un vrai amoureux d'Haïti qui a pris le temps d'apprendre notre langue et qui la parlait avec fierté... Les mots me manquent... Tu vas manquer à plus d'un Phil! Que son âme repose en paix! » Fabienne Colas, Montréal
Karl Foster Candio
Chers amis, collègues et collaborateurs. C'est avec une très grande émotion que nous devons vous informer du décès de Philippe Allouard, Directeur d'Internews Haiti, survenu lors d'un terrible accident de la route ce samedi 10 mars 2013 sur la route de Léogane. La famille de Philippe et ses collègues vous informent également du décès de Leonidas Garraud qui l'accompagnait. Leonidas était un jeune informaticien, photographe et graphiste qui avait travaillé pour l'émission de radio Enfomasyon Nou Dwe Konnen. Pour ceux qui souhaitent rendre un dernier hommage à Philippe un service religieux sera tenu : Jeudi 14 Mars à 9h30. dans l'Eglise Notre Dame du Rosaire (frères dominicains) 24 rue Boisrond Canal. Puits-blain 22 Delmas Prendre la route de Frères, entrée Djoumbala, vers Puits Blain. Suivant cette direction l'entrée de la propriété est sur la droite au niveau indiqué sur la carte ci-jointe (grand portail noir et murs d'enceinte jaunes/crème avec des petites croix sur le fer forgé en haut). Merci
les commentaires