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par Frantz Duval duval@lenouvelliste.com Twitter:@Frantzduval
Les esprits s'échauffent en République dominicaine depuis le renouvellement de la mesure de 2008 d'interdire l'importation des oeufs et des poulets en provenance de ce pays vers Haïti et la décision prise par les autorités haïtiennes de maintenir l'interdiction en dépit de la levée de l'imbroglio au...
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ECONOMIE
Des idées pour le développement
PetroCaribe: Michaëlle Jean s'inquiète pour Haïti
Le Nouvelliste | Publié le :11 mars 2013
 Thomas Lalime thomaslalime@yahoo.fr
Michaëlle Jean, ancienne Gouverneure générale du Canada, partage les préoccupations haïtiennes à la suite du décès du Commandante Chavez, qui laisse planer des doutes sur la continuité de l'aide vénézuélienne envers Haïti. En dehors du programme PetroCaribe, affirme-t-elle, le gouvernement haïtien n'aurait pas de leviers pour réaliser des projets capables de répondre aux attentes de la population. Puisque la majorité des projets publics exécutés jusqu'ici sont financés par les fonds dégagés dans le cadre du programme PetroCaribe. Moins de 1% des décaissements effectués par les bailleurs internationaux traditionnels ont été dirigés vers les coffres de l'État haïtien. Et comme le budget national est supporté en grande partie par le financement externe, quand les capitaux se font si rares, les mains du gouvernement se retrouvent durement liées. Mme Jean intervenait, en tant qu'Envoyée spéciale de l'Unesco en Haïti, sur le rôle de cette organisation dans son pays d'origine, dans le cadre d'une conférence organisée le soir du mardi 6 mars par l'Association canadienne pour les Nations unies-Grand Montréal au local de l'Université du Québec à Montréal. Faut-il rappeler que, récemment encore, le budget d'investissement haïtien était financé à 90 % par l'aide internationale. La ministre de l'Économie et des Finances, Marie Carmelle Jean-Marie, lors du dépôt du budget 2012-2013 n'avait pas caché sa satisfaction de voir les prévisions de recettes internes augmenter. Pour la première fois, disait-elle, depuis des décennies, ces recettes dépassaient significativement les dons, la couverture du besoin de financement restant continuait d'être assurée par les emprunts interne et externe. Un emprunt externe qui provient essentiellement du fonds PetroCaribe, environ 15 milliards de gourdes sur un budget de 131.5 milliards. Haïti a reçu jusqu'ici plus de 1.3 milliard de dollars dans le cadre du fonds PetroCaribe dont environ 834 millions, soit 63.34%, ont été décaissés à date. 189 projets pour un montant total de 1,32 milliard de dollars américains seront financés par les fonds vénézuéliens, selon les statistiques fournies au Nouvelliste par le Bureau de monétisation. Le tableau contraste avec le faible taux de décaissement de l'aide des grandes puissances. Le paradigme vénézuélien de l'aide internationale Tout au cours de son exposé, l'ancienne gouverneure générale du Canada a pris soin de souligner l'efficacité de la coopération Sud-Sud par rapport aux nombreuses promesses d'aide faramineuse non tenues par les pays du Nord. Elle a pris en exemple, le cas du campus Roi Henri Christophe, le premier complexe post-séisme, construit par la République dominicaine. Elle a cité également les projets d'électrification et de construction d'aéroports, de logements sociaux financés par les fonds du programme PetroCaribe. « De tous les engagements pris dans l'enceinte des Nations unies, de toutes les promesses exprimées, peu se sont matérialisés », a déploré Mme Jean. Comme pour dire à son assistance, composée en grande partie d'étrangers, que les réalisations des grands pays dits amis d'Haïti, dont les États-Unis et le Canada, n'étaient pas aussi visibles. Mais derrière ce simple constat de décaissement se cache tout un changement de paradigme de l'aide internationale que le président Chavez s'efforçait de promouvoir. Celui d'une aide dépourvue d'arrogance et de condescendance du type : « Vous n'avez qu'à signer ce formulaire», où l'avis du récipiendaire importe peu. Cette nouvelle façon de voir et de faire trouve toute l'admiration de Michaëlle Jean qui affirme que la communauté internationale a, elle aussi, beaucoup de choses à apprendre d'Haïti et qu'elle gagnerait à mieux écouter les acteurs locaux. Une vérité jusqu'ici très difficile à cerner par la coopération Nord-Sud. Une opportunité pour Hugo Chavez dans sa quête d'une alternative bolivarienne viable au capitalisme. Dans une entrevue parue au mois d'octobre 2007, l'ambassadeur de la République bolivarienne du Venezuela en Haïti, M. Pedro Antonio Canino González, m'avait confirmé la mise en oeuvre des travaux de construction de trois centrales électriques et le projet de construction de trois aéroports. Des techniciens vénézuéliens s'attelaient déjà à l'exécution de certains chantiers. Il émettait le voeu que l'aide du Venezuela puisse bénéficier effectivement au peuple haïtien, particulièrement aux plus démunis. L'ambassadeur vénézuélien avait pris soin de confirmer que les promesses de son gouvernement envers Haïti seront tenues. « Nous ne sommes pas venus mener une campagne électorale en Haïti. Pourquoi ferions-nous des promesses fallacieuses », s'était-il interrogé, en rappelant, comme le président vénézuélien Hugo Chavez l'avait fait lors de son passage à Port-au-Prince, « la dette historique » de son pays envers Haïti. Pedro Antonio Canino González en profitait pour saluer la mémoire d'un contingent de 300 Haïtiens qui avaient participé au combat pour l'indépendance vénézuélienne et avaient aidé à vaincre 15 000 Espagnols. « Les Haïtiens sont des gens vaillants, un peuple vaillant », faisait-il remarquer dans un élan anti-impérialiste digne de son président. L'aide vénézuélienne, disait-il, vise à soulager la misère du peuple haïtien sans aucune contrepartie affirmant que son gouvernement ne s'intéresse même pas aux relations diplomatiques de la République d'Haïti avec les autres pays dont les Etats-Unis : « Cela relève de la compétence des autorités haïtiennes qui sont libres d'entreprendre des relations avec qui elles veulent. » Une vision qui contraste avec celle des grandes puissances trop souvent enclines à sanctionner les pays du Sud à la moindre divergence de vue et qui a valu au président Chavez toute cette popularité internationale, même chez des dirigeants modérés du Sud. Il faut cependant noter que ces prêts dépourvus de conditionnalités représentent également une vraie manne pour des dirigeants récipiendaires peu enclins à rendre des comptes aux dirigés et très peu soucieux de la bonne gouvernance et de la lutte contre la corruption. Ils créent alors des incitations à des financements politiques plutôt qu'à la réalisation des projets de développement. Faut-il vraiment s'en inquiéter ? La principale raison de s'inquiéter d'une éventuelle raréfaction de l'aide vénézuélienne est d'ordre économique. Car si le bilan social de Chavez est élogieux et enviable, le bilan et les perspectives économiques ne sont pas tout à fait roses. Sa plus grande réalisation est la réduction drastique du taux de pauvreté et d'extrême pauvreté. L'inégalité a fortement chuté également. Le Venezuela a pratiquement éradiqué l'analphabétisme et rendu les soins sanitaires disponibles gratuitement aux plus pauvres. Ce qui lui a permis de faire un saut important dans le classement mondial sur l'indice de développement humain (IDH) passé de 0.79 en 1990 à 0.844 2007, alors que l'indice le plus élevé de cette année était de 0.971. Qui dit mieux ? La grande popularité de Chavez en témoigne éloquemment ! 
 El Commandante a pu réaliser tout cela grâce à la manne pétrolière. Une production journalière qui a atteint le pic de 3.5 millions de barils sous son règne et qui a permis d'asseoir la diplomatie vénézuélienne et ses politiques sociales. Car, cette manne constitue le socle des alliances vénézuéliennes généreuses, tant en Amérique latine que dans le reste du monde. La grande nouveauté de ces contrats est que la facture pétrolière peut être payée en contrepartie d'experts, de médicaments, de produits manufacturés ou de denrées agricoles. Cuba peut, par exemple, payer sa facture par une exportation de médecins cubains au Venezuela. Cette vision de la coopération prend toute son ampleur avec des prêts de 50 milliards de dollars américains sur cinq ans de la Chine, remboursables en biens et/ou services. Il en est de même des contrats « pétrole contre armement» avec la Russie depuis 2005. L'émergence de la Chine (2e puissance économique mondiale), de la Russie et du Brésil représente également un facteur géopolitique qui a facilité la politique économique de Chavez. Puisque ces pays émergents provoquent un déplacement des équilibres économiques mondiaux. Aussi, pour des pays qui produisent suffisamment, cette forme de troc, d'échanges de biens et services contre d'autres types de biens et services, diminue l'importance de la monnaie dans les transactions internationales. Avec une baisse de la pression sur le taux de change puisque les échanges se font en termes réels et non en termes nominaux. Mais mieux encore, c'est la meilleure façon d'attaquer le plus fort symbole du capitalisme : la monnaie. Ce, dans la droite lignée de Lénine qui aurait déclaré que la meilleure façon de détruire le système capitaliste est de s'attaquer à sa monnaie. Il avait raison, admettait d'ailleurs John Meynard Keynes qui s'expliquait en ces termes : « Il n'y a pas de manière plus subtile, plus sûre et plus discrète de renverser l'ordre existant de la société que de vicier sa monnaie. Le procédé range toutes les forces cachées des lois économiques du côté de la destruction, et cela de telle façon que personne ne peut prévoir.» (1) Les échanges pétrole contre biens et services cantonnent la monnaie dans un rôle d'unité de compte ou de conversion pétrole vs médecins en guise d'intermédiaire des échanges. Un rôle de second rang. Si le pétrole constituait le pilier de la réussite de Chavez, il constitue également le plus important risque d'effondrement du « socialisme du XXIe siècle». Car, la hausse des prix du pétrole des dernières années a énormément facilité la percée bolivarienne de Chavez. Les revenus pétroliers et les accords de type troc qu'il a engendrés constituaient le moteur de sa politique sociale et étrangère. Il avait les moyens de ses politiques. Au mois de décembre 1998, l'année de la prise du pouvoir par Chavez, le prix moyen mensuel du baril de pétrole brut (Brent) à Londres était de 9.9 dollars américains, il est passé à 112.1 dollars américains en janvier 2013. C'est une vraie manne en termes de recettes pour le gouvernement vénézuélien qui lui a permis d'investir massivement dans la santé, l'éducation, le logement et l'alimentation. Ce qui a permis également à Chavez de faire des largesses à travers le programme PetroCaribe. Il pouvait différer le paiement de la facture jusqu'à concurrence de 60 % à un taux dérisoire de 1 %. Ce qui revient à vendre le pétrole à perte dans un pays où l'inflation est galopante et oscille autour de 20 %. Mais qu'en serait-il advenu si le prix du pétrole avait chuté au cours du règne de Chavez ? Qu'en sera-t-il si le prix du pétrole arrive à chuter à l'avenir ? Les réponses à ces questions justifient les préoccupations haïtiennes. Même le successeur désigné de Chavez, Nicolas Maduro, ne pourra pas y répondre. Au meilleur des cas, il pourra confirmer sa détermination à poursuivre les oeuvres de son prédécesseur si l'environnement économique interne et externe le lui permet. Mais selon toute vraisemblance, les termes actuels des contrats PetroCaribe ne sont pas soutenables à long terme, puisque peu ou non rentables financièrement. Il s'agissait plutôt d'une assistance du président Chavez à des pays amis pour des raisons historiques ou géopolitiques. Donc, l'évolution future du cours du prix du baril du pétrole déterminera le futur de PetroCaribe. Mais le Venezuela fait également face à des contraintes internes. Il faudra contrecarrer les conséquences des décisions politiques de Chavez, particulièrement la nationalisation des multinationales qui a engendré un déficit d'efficacité et de compétitivité des entreprises nationales. Carlos Mendoza Potella, économiste à la Banque centrale du Venezuela, a, dans une entrevue à la télé de Radio Canada, posé le problème en ces termes : « Le grand problème des entreprises socialistes, c'est que normalement cela leur est égal de produire de façon efficace ou pas, ou de rien produire du tout. Je n'ose pas le dire, car la compétitivité est un tabou ici.» Cette faible productivité implique une faible production, donc une faible croissance économique, à peine 1.4 % en 2010. Le président Chavez avait beaucoup plus redistribué que créé de la richesse. Or, peu de production pour beaucoup de revenus redistribués ne pouvait que générer de l'inflation. Tant que le prix du pétrole flambe, la manne pétrolière peut cacher tous les dysfonctionnements du système économique vénézuélien. Mais si la tendance s'inverse, il faudra que les futurs dirigeants en tiennent compte. Le problème est d'autant crucial qu'il touchera même l'exploitation de l'or noir puisque l'absence de concurrence dans le secteur a conduit à un sous-investissement dans les nouvelles technologies d'extraction. Qui pis est, la vague de nationalisation a fait fuir des compagnies étrangères ou réduire au minimum toute velléité des entreprises étrangères d'investir au Venezuela. Ce, dans un contexte où toutes les grandes économies, notamment la Chine, attirent les investissements étrangers. Résultat : une économie vénézuélienne très peu diversifiée et très dépendante du marché international. Selon la revue de l'université du Sherbrooke, Perspective monde, les exportations vénézuéliennes en 2010 étaient constituées de 98 % de produits pétroliers et miniers (62.7 milliards de $ US) et de 2 % de produits manufacturés (1.4 milliard de dollars), et ses importations étaient constituées de 81 % de produits manufacturés (24.9 milliards de dollars) contre 16 % de produits agricoles (5 milliards $ US) et de 2 % de produits miniers. La République bolivarienne aura à faire face également à une forte polarisation sociale, une violence grandissante et une liberté d'expression pour le moins restreinte que seule la forte personnalité de Chavez arrivait à étouffer. Selon la journaliste française, Caroline du Saint, qui a réalisé un documentaire sur le Venezuela diffusé le 8 octobre 2012 sur Canal Plus, le Venezuela est plus dangereux que l'Irak, le Mexique ou la Colombie. Depuis quatorze ans, la violence est devenue le quotidien des Vénézuéliens (2). Selon elle, avant l'arrivée de Chavez, au pouvoir, il y avait près de 4 000 morts par arme à feu chaque année. Elle poursuit : « À la fin de l'année 2012, on en dénombrait 19 400, soit quatre fois plus qu'en Irak. À Caracas, on compte en moyenne une cinquantaine de morts chaque week-end pour un téléphone, une voiture ou dans une simple rixe. Mais le sujet n'est jamais abordé. Le président a interdit les statistiques pour éviter d'avoir à rendre des comptes. Seuls certains journalistes continuent de compter les cadavres dans les morgues. » Sur Radio Canada, le mercredi 6 mars 2013, une famille vénézuélienne a affirmé avoir fui le pays à cause de cette insécurité grandissante. Autant de facteurs qui laissent apercevoir des nuages à l'horizon diplomatique vénézuélien, et qui doivent inciter les autorités haïtiennes à étudier les possibilités de devenir moins dépendantes de l'aide vénézuélienne. (1): Gregory N. Mankiw, Macroéconomie (p.121), 5e ed., traduction de la 7e edition américaine par Jihad C. El Naboulsi (2) : http://www.francetvinfo.fr/venezuela-chavez-a-livre-le-pays-aux-milices-et-a-la-guerilla_150783.html
Thomas Lalime thomaslalime@yahoo.fr
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