NATIONAL
Cher comme une lettre à la poste
Le Nouvelliste | Publié le :11 mars 2013
Robenson Geffrard et Danio Darius
Poster une lettre simple depuis Haïti vers les Etats-Unis d'Amérique coùtait 25 gourdes l'an dernier. Depuis octobre 2012, il en coûte 300 gourdes. Une lettre prioritaire ne coûte plus 50 gourdes mais 700 gourdes... Pour ce qu'il est des cartes postales, non seulement le prix de l'affranchissement a grimpé, il faut apposer tellement de timbres qu'il ne reste plus de place pour écrire une ligne... Cela dit, l'Office des postes d'Haïti est aussi assailli par le député Arnel Bélizaire
Tout est calme. Il n'y a pas beaucoup de gens qui envoient ou qui viennent récupérer des courriers. Derrière un petit comptoir en bois et vitré, deux employés discutent entre eux en attendant l'arrivée du prochain client. Nous sommes dans un bureau de l'Office des postes à Port-au-Prince un jeudi matin. Ne vous fiez pas aux apparences. Même si vous voyez qu'il y a de la poussière un peu partout, cet endroit est très important pour plus d'un. Il permet d'expédier des courriers à l'étranger. Moins vite certes, mais aussi moins cher que les autres entreprises qui offrent le même service.
Comme des citoyens ordinaires, nous nous présentons au comptoir et demandons comment faire pour envoyer un courrier à l'étranger. « D'abord, monsieur, vous devez nous donner votre enveloppe pour qu'on puisse la peser et nous dire ensuite dans quel pays vous voulez l'envoyer... », explique une réceptionniste avec gentillesse sans savoir si elle parle à un journaliste.
Une petite enveloppe en papier classique de format 21 cm x 29, contenant deux autres feuilles de même taille, après l'avoir pesée sur une balance, coûtera 300 gourdes, si je veux l'envoyer en Amérique du Nord et dans la Caraïbe, 400 gourdes en Amérique du Sud, 600 gourdes en Europe, 620 gourdes en Afrique et 700 gourdes en Asie.
Cette même enveloppe avec le même contenu coûtera, selon les tarifs d'une entreprise privée, 59 dollars américains si vous voulez l'envoyer au Canada, 58 dollars en France et entre 25 et 44 dollars aux Etats-Unis. « C'est plus cher certes, avoue une personne de l'entreprise, mais nous sommes plus sûrs et plus rapides », se félicite-t-elle.
A l'Office des postes d'Haïti, pour la catégorie des lettres, le prix varie selon le poids de l'enveloppe contenant le courrier. Prenons en exemple quelqu'un qui veut envoyer un document aux Etats-Unis ou au Canada, entre 0 et 20 grammes, il payera 300 gourdes ; entre 20 et 50 grammes, 340 gourdes ; entre 500 et 1 000 grammes, 420 gourdes. Pratiquement la même chose pour les cartes postales, mais beaucoup plus cher pour les paquets.
Une augmentation considérable en moins d'un an. Avant le mois d'octobre de l'année dernière, quelqu'un qui voulait envoyer un document aux Etats-Unis, au Canada ou dans la Caraïbe, payait 25 gourdes pour un courrier d'un poids compris entre 0 et 20 grammes, 40 gourdes pour un courrier entre 20 et 50 grammes; entre 500 et 1 000 grammes, 350 gourdes.
S'agissant des paquets, le client doit actuellement payer 1 000 gourdes pour un colis de 20 à 100 grammes s'il veut l'envoyer aux Etats-Unis, au Canada ou dans la Caraïbe contre 70 gourdes l'année dernière. 1 080 gourdes pour 1 000 à 2 000 grammes cette année contre 600 gourdes pour le même poids en 2012, ainsi de suite...
Pour les services spéciaux du genre prioritaire, le client doit payer 700 gourdes actuellement contre 50 gourdes l'année dernière. 300 gourdes pour une recherche contre 15 gourdes en 2012...
« Depuis le mois d'octobre de l'année dernière, les tarifs de l'Office des postes ont été revus à la hausse suivant le poids du courrier », confie au Nouvelliste la réceptionniste susmentionnée. Apparemment, c'est, entre autres, sur cette augmentation enregistrée sous l'administration de Régine Godefroy, ancienne directrice de l'Office des postes d'Haïti et actuelle ministre de la Communication, que le député Arnel Bélizaire voulait investiguer quand il s'était introduit violemment au bureau de l'Office des postes à Delmas en enfonçant la porte de la directrice avec un coup de pied.
Dans une note de presse, le parlementaire a indiqué que, durant sa gestion, Régine Godefroy a augmenté les prix des timbres à des taux illégaux et produit des émissions de timbres incontrôlables, « question de rentrer des millions qui méritent une enquête approfondie de la Cour des comptes et de l'Unité de lutte contre la corruption (ULCC)... ».
En outre, le député Arnel Bélizaire a accusé Régine Godefroy de s'être fait octroyer, à son départ, « un chèque de 700 000 gourdes pour ses frais personnels... ».
Régine Godefroy indignée
L'ancienne directrice de l'Office des postes d'Haïti n'entend pas rester les bras croisés face aux accusations portées contre elle par le député Arnel Bélizaire. Une action judiciaire est en cours de préparation, a révélé la ministre de la Communication jeudi sur les ondes de Radio Magik 9. Estimant qu'elle a été victime de diffamation, laquelle, a-t-elle fait savoir, est punissable, Régine Godefroy compte saisir la Chambre des députés qui devra prendre des décisions à l'encontre du parlementaire.
« Je ne peux pas tolérer que le député, avec ses allégations, mette en jeu ma crédibilité et détruise mon image », a déclaré Régine Godefroy, qui s'inscrit en faux contre les accusations d'Arnel Bélizaire. Elle dit attendre des preuves de la part du parlementaire, notamment sur la question des 700 000 gourdes. L'actuelle ministre de la Communication pense que le député est en train de régler ses comptes personnels.
Pour la gouverne de M. Bélizaire, madame Godefroy lui apporte de petite précisions pour le moins significatives. « On n'augmente pas les prix des timbres. Ils sont fixés, a-t-elle souligné. Il y a cependant ce qu'on appelle la surcharge qui est une procédure légale consistant à ajuster le prix d'un timbre en particulier et cela ne peut pas se faire sans un arrêté présidentiel, a ajouté Régine Godefroy, soulignant qu'une initiative du genre enclenchée sous son administration n'a pas été jusqu'à son départ effective.
Elle a rejeté d'un revers de main les accusations du député selon lesquelles elle a désigné personnellement Chancenade François, sa secrétaire, à sa succession à l'Office des postes d'Haïti. « La nomination des directeurs généraux est une prérogative du président de la République », a déclaré la ministre de la Communication.
Régine Godefroy se dit davantage choquée par les accusations du député Bélizaire quand elle considère les réformes qu'elle a pu opérer au sein de l'institution. « Quand je suis arrivée à la tête de l'Office des postes d'Haïti, il était dans une situation déplorable », a-t-elle indiqué. Elle s'est félicitée d'avoir laissé plus de trois millions de gourdes et environ trois mille dollars américains dans les caisses de l'institution qu'elle avait pourtant retrouvée avec 3 400 gourdes.
Le PRI désapprouve le comportement du député
Le président du groupe des Parlementaires pour le renforcement institutionnel (PRI), Sadrac Dieudonné, a confirmé jeudi que des sanctions ont été prises à l'encontre du député Arnel Bélizaire, membre du groupe. Il ne pourra pas participer aux réunions du PRI ni prendre la parole au nom du bloc pendant un mois.
« En dépit du fait que le parlementaire Bélizaire, qui était venu chercher des informations sur la gestion de l'ancienne directrice générale du service postal, réagissait à une provocation traduite par une longue attente injustifiée que lui a imposée l'actuelle directrice Chancenade François, le groupe PRI, respectueux des principes qui font la grandeur des nations et renforcent les institutions, juge bon de désapprouver les écarts de son membre. »
Cependant, le groupe PRI a renouvelé au député Arnel Bélizaire son plein et entier soutien dans « sa noble lutte contre la mauvaise gouvernance du pays en général, celle des institutions étatiques de Delmas-Tabarre en particulier. »
Robenson Geffrard et Danio Darius
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