Les pilules de la 2e génération présentent donc un risque minime ?

Non, pas vraiment. Actuellement, on parle du risque veineux, mais pas assez du risque artériel. Pourtant la recommandation récente de l'Agence du médicament souligne que toutes les pilules comportent des risques de thrombose artérielle (accidents vasculaires cérébraux, infarctus). D'ailleurs, la jeune femme qui vient de déposer une plainte contre Bayer Santé a été victime d'un accident cardiovasculaire cérébral (AVC), un risque que courent toutes les femmes sous pilule oestro-progestative, quel que soit le type de génération de pilule. Je connais une femme qui était psychomotricienne et dont la vie a été brisée il y a 20 ans à la suite d'un AVC dû à une pilule de 2e génération. Elle est aujourd'hui tétraplégique.

D'après vous, on parle trop peu des cancers du sein associés à la pilule...

Oui. Pourtant, en 2005, le CIRC (Centre international de recherche sur le cancer) a classé la pilule parmi les produits cancérogènes du "groupe 1", ceux dont l'action est "certaine" pour les cancers du sein, de l'utérus et du foie. Cela est particulièrement vrai avec certains progestatifs synthétiques ou avec les pilules fortement dosées en oestrogènes. Afin de privilégier des taux d'oestrogènes les plus faibles possible, il faut s'orienter vers les pilules les plus récentes au sein de la 2e génération et éviter les vieilles pilules. Malheureusement, ce sont les plus prescrites. Encore remboursées par la Sécurité sociale, certaines datent de 1974 ! J'aimerais rappeler que la première chose que l'on dit à une femme présentant un accident thrombo-embolique ou un cancer du sein: c'est stoppez immédiatement votre pilule ou votre traitement hormonal de ménopause.

On parle aussi d'une baisse de la libido chez les femmes sous pilule, vous la constatez ?

Oui, c'est fréquent, sans compter les états dépressifs, la nervosité, la cellulite, les jambes lourdes... Ce qui est le plus frappant, c'est la restauration immédiate de la libido à l'arrêt de la pilule !

Faut-il donc se passer de la pilule ?

Pas forcément. Il me paraît impossible de faire marche arrière. C'est à voir au cas par cas. Je conseille souvent la pose d'un stérilet en cuivre, même pour les jeunes filles - il existe des modèles spécialement conçus -, en respectant certaines précautions. D'ailleurs l'OMS et la Haute Autorité de santé (HAS) ont reconnu l'intérêt de cette méthode, y compris comme premier moyen de contraception. Malheureusement, en pratique, elle est rarement proposée car la mode est à la pilule, peut-être plus rentable pour les laboratoires. C'est dommage, tant pour la santé des patientes que d'un point de vue économique : un stérilet coûte environ 35 euros pour une durée de vie de 3 à 5 ans, alors que la pilule revient à 5 à 10 euros par mois. Pour les jeunes filles, je prescris généralement d'abord une pilule faiblement dosée en oestrogènes pendant un ou deux ans, puis j'informe sur l'intérêt du stérilet en cuivre.

Quelles précautions prendre quand on prend la pilule ?

Tout d'abord, elle ne devrait jamais être prise au long cours et en aucun cas plus de dix ans ! Ensuite, elle devrait être prescrite seulement après un interrogatoire complet afin de connaître les antécédents personnels et familiaux de la patiente en termes de pathologies veineuses et artérielles ou de cancer du sein. Enfin, en plus du bilan sanguin classique (lipides, glycémie), il me paraît indispensable de prescrire un bilan de thrombophilie une fois dans la vie de la patiente afin d'évaluer les risques d'accidents thrombo-emboliques. C'est le moyen le plus efficace pour identifier - et donc éviter - un risque d'accident veineux ou artériel. Je ne comprends pas qu'il soit si peu remboursé. Deux examens restent à la charge de la patiente pour un montant de 90 euros. Il vaudrait mieux rembourser totalement ce bilan plutôt que dérembourser les pilules de 3e génération.

Par ailleurs les personnes souffrant d'hypertension artérielle ou les obèses sont des populations à risque qu'il faut informer; tout comme celles qui fument. À mes patientes sous pilule, je fais la guerre au tabac et je leur conseille d'éviter l'excès d'alcool et de faire du sport. En parallèle, je les accompagne avec des plantes, des minéraux ou des vitamines, car les contraceptifs oraux induisent à long terme des carences importantes qu'il faut compenser.

" /> Le Nouvelliste - "La prise de la pilule devrait être sous haute surveillance"
Le logo du Nouvelliste
L'EDITO DU JOUR
par Frantz Duval duval@lenouvelliste.com Twitter:@Frantzduval
Les esprits s'échauffent en République dominicaine depuis le renouvellement de la mesure de 2008 d'interdire l'importation des oeufs et des poulets en provenance de ce pays vers Haïti et la décision prise par les autorités haïtiennes de maintenir l'interdiction en dépit de la levée de l'imbroglio au...
UNE
La Une du 19-06-2013
NEWSLETTER
Recevez Le Nouvelliste dans votre email tous les jours
en construction
TICKET MAGAZINE
119 :Visiteurs actuellement sur le site
SANTE

"La prise de la pilule devrait être sous haute surveillance"
Le Nouvelliste | Publié le :07 janvier 2013
 

Mi-décembre, la première plainte en France d'une jeune femme victime d'un accident vasculaire cérébral, imputé à la prise d'une pilule de 3e génération, a mis le feu aux poudres. Le ministère de la Santé a annoncé que ces pilules ne seront plus remboursées par la sécurité sociale à partir de mars 2013, tout en demandant à l'Agence du médicament (ANSM) de privilégier systématiquement les pilules de 2e génération. La Dr Bérengère Arnal, gynécologue-obstétricienne et fondatrice de l'association au sein des femmes, continue d'alerter sur les dangers de tous les médicaments hormonaux, dont la pilule. D'après elle, la mise en garde de l'ANSM vis-à-vis des pilules de 3e et 4e générations est une avancée en demi-teinte. De vraies précautions restent à prendre.

Point.fr : Vous semblez peu surprise par ce procès...

Dr Arnal : Non, malheureusement. Tous les médias alertent aujourd'hui, mais les risques sont connus depuis près de 20 ans ! Les médecins ont été alertés depuis des mois par des publications alarmantes. Aujourd'hui l'attention est portée sur les pilules dites de 3e ou 4e génération, mais toutes présentent des risques. Suffit-il de dérembourser ?

2e, 3e, 4e générations de pilule... : de quoi parle-t-on exactement ?

Une pilule est généralement composée d'oestrogènes et de progestatifs, des hormones de synthèse. La classification correspond généralement au progestatif employé qui diffère selon les générations de pilules. Récemment des pilules de 5e génération ont fait leur apparition sur le marché.

Quels risques font courir les pilules de 3e et 4e générations ?

Leurs progestatifs entraînent des risques de thrombose veineuse (phlébite, embolie pulmonaire). Une pilule de 4e génération multiplie par huit ces risques par rapport à la norme, une pilule de 3e génération par quatre à six, alors qu'une pilule de 2e génération les multiplie "seulement" par deux. C'est pour cette raison que l'Agence du médicament recommande d'utiliser en première intention les pilules dites de 2e génération; leur progestatif, le lévonorgestrel, étant jugés moins dangereux.

Les pilules de la 2e génération présentent donc un risque minime ?

Non, pas vraiment. Actuellement, on parle du risque veineux, mais pas assez du risque artériel. Pourtant la recommandation récente de l'Agence du médicament souligne que toutes les pilules comportent des risques de thrombose artérielle (accidents vasculaires cérébraux, infarctus). D'ailleurs, la jeune femme qui vient de déposer une plainte contre Bayer Santé a été victime d'un accident cardiovasculaire cérébral (AVC), un risque que courent toutes les femmes sous pilule oestro-progestative, quel que soit le type de génération de pilule. Je connais une femme qui était psychomotricienne et dont la vie a été brisée il y a 20 ans à la suite d'un AVC dû à une pilule de 2e génération. Elle est aujourd'hui tétraplégique.

D'après vous, on parle trop peu des cancers du sein associés à la pilule...

Oui. Pourtant, en 2005, le CIRC (Centre international de recherche sur le cancer) a classé la pilule parmi les produits cancérogènes du "groupe 1", ceux dont l'action est "certaine" pour les cancers du sein, de l'utérus et du foie. Cela est particulièrement vrai avec certains progestatifs synthétiques ou avec les pilules fortement dosées en oestrogènes. Afin de privilégier des taux d'oestrogènes les plus faibles possible, il faut s'orienter vers les pilules les plus récentes au sein de la 2e génération et éviter les vieilles pilules. Malheureusement, ce sont les plus prescrites. Encore remboursées par la Sécurité sociale, certaines datent de 1974 ! J'aimerais rappeler que la première chose que l'on dit à une femme présentant un accident thrombo-embolique ou un cancer du sein: c'est stoppez immédiatement votre pilule ou votre traitement hormonal de ménopause.

On parle aussi d'une baisse de la libido chez les femmes sous pilule, vous la constatez ?

Oui, c'est fréquent, sans compter les états dépressifs, la nervosité, la cellulite, les jambes lourdes... Ce qui est le plus frappant, c'est la restauration immédiate de la libido à l'arrêt de la pilule !

Faut-il donc se passer de la pilule ?

Pas forcément. Il me paraît impossible de faire marche arrière. C'est à voir au cas par cas. Je conseille souvent la pose d'un stérilet en cuivre, même pour les jeunes filles - il existe des modèles spécialement conçus -, en respectant certaines précautions. D'ailleurs l'OMS et la Haute Autorité de santé (HAS) ont reconnu l'intérêt de cette méthode, y compris comme premier moyen de contraception. Malheureusement, en pratique, elle est rarement proposée car la mode est à la pilule, peut-être plus rentable pour les laboratoires. C'est dommage, tant pour la santé des patientes que d'un point de vue économique : un stérilet coûte environ 35 euros pour une durée de vie de 3 à 5 ans, alors que la pilule revient à 5 à 10 euros par mois. Pour les jeunes filles, je prescris généralement d'abord une pilule faiblement dosée en oestrogènes pendant un ou deux ans, puis j'informe sur l'intérêt du stérilet en cuivre.

Quelles précautions prendre quand on prend la pilule ?

Tout d'abord, elle ne devrait jamais être prise au long cours et en aucun cas plus de dix ans ! Ensuite, elle devrait être prescrite seulement après un interrogatoire complet afin de connaître les antécédents personnels et familiaux de la patiente en termes de pathologies veineuses et artérielles ou de cancer du sein. Enfin, en plus du bilan sanguin classique (lipides, glycémie), il me paraît indispensable de prescrire un bilan de thrombophilie une fois dans la vie de la patiente afin d'évaluer les risques d'accidents thrombo-emboliques. C'est le moyen le plus efficace pour identifier - et donc éviter - un risque d'accident veineux ou artériel. Je ne comprends pas qu'il soit si peu remboursé. Deux examens restent à la charge de la patiente pour un montant de 90 euros. Il vaudrait mieux rembourser totalement ce bilan plutôt que dérembourser les pilules de 3e génération.

Par ailleurs les personnes souffrant d'hypertension artérielle ou les obèses sont des populations à risque qu'il faut informer; tout comme celles qui fument. À mes patientes sous pilule, je fais la guerre au tabac et je leur conseille d'éviter l'excès d'alcool et de faire du sport. En parallèle, je les accompagne avec des plantes, des minéraux ou des vitamines, car les contraceptifs oraux induisent à long terme des carences importantes qu'il faut compenser.

les commentaires