[1]. Bien que ce ne soient pas les seuls facteurs de risques, ces constatations revêtent une importance particulière tant pour le clinicien (chirurgien-dentiste et gynécologue) que pour le décideur politique. En effet, en même temps que le clinicien participe à la prévention et au traitement de ces pathologies, les décideurs se doivent d’établir des stratégies pour assurer la santé de la population[2].
Parodontites, accouchements prématurés et faible poids à la naissance
Les parodontites représentent le désordre inflammatoire chronique le plus commun de l’âge adulte. Les maladies parodontales sont des affections polymicrobiennes qui surviennent chez des sujets à hygiène buccodentaire compromettant et à système immunitaire permissif permettant aux micro-organismes et à leurs toxines de détruire le système d’attache de la dent[3]. Elles peuvent, en revanche, être aggravées par certaines pathologies systémiques (O. ENNIBI, 2009). Les principales manifestations des parodontites sont : l’inflammation, la douleur, le saignement et parfois l’apparition du pus et l’installation de la mauvaise haleine.
D’origine infectieuse, ces pathologies sont initiées par une prolifération de certaines bactéries Gram négatif anaérobies dans le sillon gingival, dont les Porphyromonas gingivalis, Bacteroides forsythus, Fusobacterium nucleatum, Prevotella intermedia et Treponema denticola, pour ne citer que celles-là. En absence de traitement, le tartre et les bactéries s’y accumulent et forment une poche dite poche parodontale qui est un véritable réservoir de bactéries et de médiateurs inflammatoires (les prostaglandines)[4].
Ces médiateurs de l’inflammation, en passant dans la circulation sanguine d’une femme enceinte, peuvent induire des réactions inflammatoires, entraînant du coup un travail prématuré, une rupture des membranes et des complications maternelles et fœtales[5]. D’où les accouchements prématurés et les naissances de bébés hypotrophes (OFFENBACHER, 1996 ; O. HUCK et al. 2011).
Aujourd’hui, on désigne sous le terme de faible poids à la naissance la naissance d’enfants pesant moins de 2,5kg et d’accouchements prématurés, ceux ayant survenu à moins de 37 semaines (WILLIAM et al., 2000). A noter que tous les enfants de petit poids ne sont pas prématurés, mais, en général, le prématuré est de petit poids si nous ne considérons pas les enfants de 8 mois et demi au moins.
En Haïti, on ne dispose pas encore de statistiques sur les relations entre les naissances prématurées et les maladies parodontales. Toutefois, la situation de la santé buccodentaire nous permet de dire que la réalité est sombre (L. JOSEPH, 2012).
Un problème de santé publique…
« Je suis né trop tôt, angoisse pour mes parents », a dit le nouveau-né. Il ajoute: « j’accuse les parodontites ». Cette affirmation résume l’intérêt de ce texte. D’une part, l’angoisse des parents qui craignent la mort de leur enfant ou les séquelles qu’il peut porter pour la vie, d’autre part, des dépenses financières énormes pour supporter ces complications. Vous comprenez ce que cela signifie quand on évolue dans un système de santé faible où l’assurance-maladie est inexistante. D’autant plus pour une population pauvre quand la prématurité est une conséquence logique de la pauvreté. Et quand l’hygiène buccodentaire est mal comprise. Dans les pays à faible revenu, la moitié des bébés nés à 32 semaines (deux mois trop tôt) décèdent en raison d’un manque de soins réalisables et abordables, comme le maintien au chaud, l’allaitement et les soins de base pour traiter les infections et les problèmes respiratoires. Dans les pays à revenu élevé, la quasi-totalité de ces bébés survivent[6].
Depuis longtemps, il est apparu clair que le pronostic vital d’un nouveau-né s’améliorait au fur et à mesure que sa naissance approchait les neuf mois de grossesse. Hippocrate (460-377av. J-C), le premier, semble-t-il, constatait que peu d’enfants nés avant sept mois pouvaient survivre. Le taux de mortalité chez les nouveau-nés prématurés dépend en grande partie de l’âge gestationnel ainsi que du poids de l’enfant à la naissance. La mortalité est inversement proportionnelle à ces deux variables. Plus l’âge gestationnel est bas, plus le taux de survivants sera faible, de même, plus le poids de naissance est faible et plus la mortalité sera élevée. Avec les progrès croissants de la médecine néonatale, le pronostic vital s’est grandement amélioré. Au regard des causes l’occasionnant, la lutte contre les accouchements prématurés s’inscrit dans la même ligne du combat contre la mortalité materno-infantile, axe prioritaire en santé de la reproduction.
L’OMS estime à 15 millions le nombre de bébés prématurés chaque année, ce qui représente plus d’un bébé sur 10. Or, environ un million d’enfants décèdent chaque année en raison de complications liées à la prématurité. Bon nombre de survivants souffrent d’une incapacité à vie, notamment en matière d’apprentissage et de troubles visuels et auditifs[7]. En effet, les risques d’infirmités motrices sont 15 à 30 fois plus élevés chez les enfants prématurés que chez les enfants nés à terme[8]. La prématurité est la principale cause de décès des nourrissons dans le monde (survenant au cours des quatre premières semaines de vie) et désormais la deuxième cause majeure de décès, après la pneumonie, chez les enfants de moins de cinq ans.
La naissance d’un bébé hypotrophe constitue un réel problème de santé publique. Selon McCormik (1985), le décès en période néonatale est 40 fois plus important chez des enfants à faible poids par rapport à des enfants dont le poids à la naissance est normal. Selon ce même auteur, ces enfants hypotrophes qui arrivent à survivre pendant cette période néonatale présentent des risques élevés d’anomalies congénitales, de troubles neurologiques ou respiratoires[9].
La prématurité est également un problème de santé publique qu’il nous faut approfondir pour améliorer l’état des connaissances sur la question et proposer davantage de pistes pour la prévenir et éviter les conséquences socio-économiques et psychologiques qu’elle entraîne.
Stratégies de prévention des accouchements prématurés et du faible poids à la naissance
Mme Gro Harlem Bruntdland, Premier ministre de la Norvège, dans la Conférence internationale sur la population et le développement de 1994, eut à dire : « L’accès à l’éducation et aux services de santé de base en matière de reproduction, y compris ceux de planification familiale, doit figurer dans le programme d’action, en tant que droit fondamental universel »[10]. Cette assertion nous permet de comprendre l’importance fondamentale que représentent l’éducation et la santé dans le bien-être de la population. L’établissement d’un plan stratégique de santé de la reproduction doit faire appel à une approche interdisciplinaire. Laquelle approche doit prendre en compte les facteurs prédisposants (tabagisme, conditions génétiques et socio-économiques, race, autres infections, etc.[11]) pouvant influer sur la santé de la reproduction (JADA, 2009).
Ainsi donc, dans l’élaboration du plan stratégique, la santé buccodentaire doit être considérée pour diminuer la mortalité infantile et la naissance d’enfants avec anomalies et handicaps[12].
[1] Treatment of the periodontal disease and the risk of birth preterm. In The New England Journal of Medicine, Nov.2006.
[2] In Les Soins de santé primaires, Alma-Ata, 1978.
[3] Dasanayake AP., Poor periodontal health of the pregnant woman as a risk factor for low birth weight. Ann. Periodontol 1998 ; 3: 206-212.
[4] Offenbacher S,Katz V, Fertik G., Periodontal infection as a possible risk factor for preterm low birth weight. J Periodontol. 1996 ; 67(Suppl) : 1103-1113.
[5] Offenbacher S, Jared HL ,O'Reilley PG, Wells SR, Salvi GE ,Lawrence HP, Socransky SS, Beck JD. Potentiel pathogenic mecanisms of periodontitis associated pregnancy complications. Ann.Periodontol. 1998 ; : 233- 250.
[6] http://www.who.int/mediacentre/factsheets/fs363/fr/
[7] http://www.who.int/mediacentre/factsheets/fs363/fr/
[8] http://www.medecine.unige.ch/enseignement/apprentissage/module4/immersion/archives/2003_2004/travaux/04_r_prematurite.pdf
[9] Mc Cormik MC: The contribution of low birthweight to infant mortality and childhood morbidity.N.Eng.J.Med. 1985 ; 312:82 -90.
[10] Mc Cormik MC, op cit.
[11] http://jada.ada.org/content/137/12/1642.full
[12] Honest H., Forbes C. A., Durée K. H. et al., “Screening to prevent spontaneous preterm birth: systematic reviews of accuracy and effectiveness literature with economic modelling.,” Health Technology Assessment, vol. 13, no. 43, pp. 1–627, 2009.
La santé buccodentaire est fortement associée à la santé générale, mais elle est souvent négligée dans les programmes de nos gouvernements (L. JOSEPH, 2012). Il a été démontré que certaines pathologies buccales peuvent entraîner des infections à distance et peuvent, dans certains cas, compromettre la vie (cardiopathies et infections respiratoires, déséquilibre du diabète, etc.). Ainsi, les dernières études ont montré un rapport étroit entre les parodontites et les accouchements prématurés et le faible poids à la naissance[1]. Bien que ce ne soient pas les seuls facteurs de risques, ces constatations revêtent une importance particulière tant pour le clinicien (chirurgien-dentiste et gynécologue) que pour le décideur politique. En effet, en même temps que le clinicien participe à la prévention et au traitement de ces pathologies, les décideurs se doivent d’établir des stratégies pour assurer la santé de la population[2].
Parodontites, accouchements prématurés et faible poids à la naissance
Les parodontites représentent le désordre inflammatoire chronique le plus commun de l’âge adulte. Les maladies parodontales sont des affections polymicrobiennes qui surviennent chez des sujets à hygiène buccodentaire compromettant et à système immunitaire permissif permettant aux micro-organismes et à leurs toxines de détruire le système d’attache de la dent[3]. Elles peuvent, en revanche, être aggravées par certaines pathologies systémiques (O. ENNIBI, 2009). Les principales manifestations des parodontites sont : l’inflammation, la douleur, le saignement et parfois l’apparition du pus et l’installation de la mauvaise haleine.
D’origine infectieuse, ces pathologies sont initiées par une prolifération de certaines bactéries Gram négatif anaérobies dans le sillon gingival, dont les Porphyromonas gingivalis, Bacteroides forsythus, Fusobacterium nucleatum, Prevotella intermedia et Treponema denticola, pour ne citer que celles-là. En absence de traitement, le tartre et les bactéries s’y accumulent et forment une poche dite poche parodontale qui est un véritable réservoir de bactéries et de médiateurs inflammatoires (les prostaglandines)[4].
Ces médiateurs de l’inflammation, en passant dans la circulation sanguine d’une femme enceinte, peuvent induire des réactions inflammatoires, entraînant du coup un travail prématuré, une rupture des membranes et des complications maternelles et fœtales[5]. D’où les accouchements prématurés et les naissances de bébés hypotrophes (OFFENBACHER, 1996 ; O. HUCK et al. 2011).
Aujourd’hui, on désigne sous le terme de faible poids à la naissance la naissance d’enfants pesant moins de 2,5kg et d’accouchements prématurés, ceux ayant survenu à moins de 37 semaines (WILLIAM et al., 2000). A noter que tous les enfants de petit poids ne sont pas prématurés, mais, en général, le prématuré est de petit poids si nous ne considérons pas les enfants de 8 mois et demi au moins.
En Haïti, on ne dispose pas encore de statistiques sur les relations entre les naissances prématurées et les maladies parodontales. Toutefois, la situation de la santé buccodentaire nous permet de dire que la réalité est sombre (L. JOSEPH, 2012).
Un problème de santé publique…
« Je suis né trop tôt, angoisse pour mes parents », a dit le nouveau-né. Il ajoute: « j’accuse les parodontites ». Cette affirmation résume l’intérêt de ce texte. D’une part, l’angoisse des parents qui craignent la mort de leur enfant ou les séquelles qu’il peut porter pour la vie, d’autre part, des dépenses financières énormes pour supporter ces complications. Vous comprenez ce que cela signifie quand on évolue dans un système de santé faible où l’assurance-maladie est inexistante. D’autant plus pour une population pauvre quand la prématurité est une conséquence logique de la pauvreté. Et quand l’hygiène buccodentaire est mal comprise. Dans les pays à faible revenu, la moitié des bébés nés à 32 semaines (deux mois trop tôt) décèdent en raison d’un manque de soins réalisables et abordables, comme le maintien au chaud, l’allaitement et les soins de base pour traiter les infections et les problèmes respiratoires. Dans les pays à revenu élevé, la quasi-totalité de ces bébés survivent[6].
Depuis longtemps, il est apparu clair que le pronostic vital d’un nouveau-né s’améliorait au fur et à mesure que sa naissance approchait les neuf mois de grossesse. Hippocrate (460-377av. J-C), le premier, semble-t-il, constatait que peu d’enfants nés avant sept mois pouvaient survivre. Le taux de mortalité chez les nouveau-nés prématurés dépend en grande partie de l’âge gestationnel ainsi que du poids de l’enfant à la naissance. La mortalité est inversement proportionnelle à ces deux variables. Plus l’âge gestationnel est bas, plus le taux de survivants sera faible, de même, plus le poids de naissance est faible et plus la mortalité sera élevée. Avec les progrès croissants de la médecine néonatale, le pronostic vital s’est grandement amélioré. Au regard des causes l’occasionnant, la lutte contre les accouchements prématurés s’inscrit dans la même ligne du combat contre la mortalité materno-infantile, axe prioritaire en santé de la reproduction.
L’OMS estime à 15 millions le nombre de bébés prématurés chaque année, ce qui représente plus d’un bébé sur 10. Or, environ un million d’enfants décèdent chaque année en raison de complications liées à la prématurité. Bon nombre de survivants souffrent d’une incapacité à vie, notamment en matière d’apprentissage et de troubles visuels et auditifs[7]. En effet, les risques d’infirmités motrices sont 15 à 30 fois plus élevés chez les enfants prématurés que chez les enfants nés à terme[8]. La prématurité est la principale cause de décès des nourrissons dans le monde (survenant au cours des quatre premières semaines de vie) et désormais la deuxième cause majeure de décès, après la pneumonie, chez les enfants de moins de cinq ans.
La naissance d’un bébé hypotrophe constitue un réel problème de santé publique. Selon McCormik (1985), le décès en période néonatale est 40 fois plus important chez des enfants à faible poids par rapport à des enfants dont le poids à la naissance est normal. Selon ce même auteur, ces enfants hypotrophes qui arrivent à survivre pendant cette période néonatale présentent des risques élevés d’anomalies congénitales, de troubles neurologiques ou respiratoires[9].
La prématurité est également un problème de santé publique qu’il nous faut approfondir pour améliorer l’état des connaissances sur la question et proposer davantage de pistes pour la prévenir et éviter les conséquences socio-économiques et psychologiques qu’elle entraîne.
Stratégies de prévention des accouchements prématurés et du faible poids à la naissance
Mme Gro Harlem Bruntdland, Premier ministre de la Norvège, dans la Conférence internationale sur la population et le développement de 1994, eut à dire : « L’accès à l’éducation et aux services de santé de base en matière de reproduction, y compris ceux de planification familiale, doit figurer dans le programme d’action, en tant que droit fondamental universel »[10]. Cette assertion nous permet de comprendre l’importance fondamentale que représentent l’éducation et la santé dans le bien-être de la population. L’établissement d’un plan stratégique de santé de la reproduction doit faire appel à une approche interdisciplinaire. Laquelle approche doit prendre en compte les facteurs prédisposants (tabagisme, conditions génétiques et socio-économiques, race, autres infections, etc.[11]) pouvant influer sur la santé de la reproduction (JADA, 2009).
Ainsi donc, dans l’élaboration du plan stratégique, la santé buccodentaire doit être considérée pour diminuer la mortalité infantile et la naissance d’enfants avec anomalies et handicaps[12].
[1] Treatment of the periodontal disease and the risk of birth preterm. In The New England Journal of Medicine, Nov.2006.
[2] In Les Soins de santé primaires, Alma-Ata, 1978.
[3] Dasanayake AP., Poor periodontal health of the pregnant woman as a risk factor for low birth weight. Ann. Periodontol 1998 ; 3: 206-212.
[4] Offenbacher S,Katz V, Fertik G., Periodontal infection as a possible risk factor for preterm low birth weight. J Periodontol. 1996 ; 67(Suppl) : 1103-1113.
[5] Offenbacher S, Jared HL ,O'Reilley PG, Wells SR, Salvi GE ,Lawrence HP, Socransky SS, Beck JD. Potentiel pathogenic mecanisms of periodontitis associated pregnancy complications. Ann.Periodontol. 1998 ; : 233- 250.
[6] http://www.who.int/mediacentre/factsheets/fs363/fr/
[7] http://www.who.int/mediacentre/factsheets/fs363/fr/
[8] http://www.medecine.unige.ch/enseignement/apprentissage/module4/immersion/archives/2003_2004/travaux/04_r_prematurite.pdf
[9] Mc Cormik MC: The contribution of low birthweight to infant mortality and childhood morbidity.N.Eng.J.Med. 1985 ; 312:82 -90.
[10] Mc Cormik MC, op cit.
[11] http://jada.ada.org/content/137/12/1642.full
[12] Honest H., Forbes C. A., Durée K. H. et al., “Screening to prevent spontaneous preterm birth: systematic reviews of accuracy and effectiveness literature with economic modelling.,” Health Technology Assessment, vol. 13, no. 43, pp. 1–627, 2009.
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