Théâtre

Dram\'Art, le théâtre malgré tout ...

Du théâtre envers et contre tout, tel pourrait être la devise de Dram\'Art, jeune troupe fondée en 2003 et évoluant à Martissant, un quartier de non-droit.

Publié le 2006-11-09 | Le Nouvelliste

Culture -

« Certains de nos comédiens risquent le kidnapping ou la fouille systématique en venant assister à nos séances de répétition », révèle Rolando Etienne, le metteur en scène de la troupe. Mais malgré tout, poursuit-il, la troupe a décidé de rester dans le quartier, car le théâtre est une façon de dire que la culture ne doit pas capituler devant la bêtise. Dram\'Art vient d\'adapter Ubu roi, pièce de théâtre d\'Alfred Jarry jouée au Rex théâtre, le jeudi 28 septembre 2006 dans le cadre de la 3e édition du festival international Quatre chemins. L\'aventure Dram\'Art a vraiment démarré en 2003 avec le montage de texte Avenue sans issue, indique Rolando Etienne. Cette pièce, qui leur a ouvert les portes du festival de théâtre Quatre Chemins, a contribué à lancer la troupe. Ce montage a eu l\'effet d\'un détonateur car, après le festival, Dram\'Art a eu l\'occasion de jouer en maintes fois au Forum El Dorado. La troupe a effectué des tournées en province et joué dans les bibliothèques de la FOKAL et dans les centres de lecture CLAC. Mais bien avant les Quatre chemins, ce fut à l\'église missionnaire de Port-au-Prince (sise à Fontamara) que Dram\'Art a pris racine avec des jeunes désireux de faire du théâtre. « A l\'approche du 24 décembre 2002, se rappelle Rolando Etienne, j\'ai été invité à animer un atelier de formation pour la troupe qui voulait monter un spectacle pour le réveillon de Noël ». « Après l\'atelier, poursuit-il, j\'ai décidé de continuer la formation et j\'ai été intégré dans la troupe comme l\'un des membres fondateurs ». Cependant, les premiers membres de la troupe, pour la plupart des étudiants, abandonnent progressivement pour se consacrer à leurs études. À la tenue de la 2e édition du Festival Les Quatre chemins, la troupe se réforme avec d\'autres jeunes désireux de faire du théâtre et Rolando a pris la direction de Dram\'Art comme metteur en scène. D\'abord d\'obédience ecclésiale, Dram\'Art a dû changer d\'espace avec l\'évolution de la troupe et compte tenu des divers thèmes qu\'elle aborde. L\'église est devenu inappropriée et la bibliothèque Etoile Filante à Fontamara est ainsi devenue, jusqu\'à aujourd\'hui, leur nouvel espace de répétition. Après Avenue sans issue, la troupe élabore d\'autres montages de texte comme Port-au-Prince mise en croix et Les hurlements de la canne, un texte évoquant la tragédie des Haïtiens vivant en République Dominicaine. La dernière-née est l\'adaptation de la pièce Ubu roi. Question d\'effectif, la troupe réunit 15 comédiens, dont Billy et Schneider, gagnants de la catégorie texte de la première édition de TicketMax Académie. Agés entre 18 et 23 ans, bon nombre des comédiens, issus de l\'église, sont en 2e année à l\'université. Ils sont donc jeunes et, contrairement à d\'autres comédiens, n\'ont pas une grande carrière théâtrale derrière eux. Cependant, souligne Rolando Etienne, ils font du théâtre une passion et y consacrent du temps. « Ils le font par amour et presque gracieusement. C\'est devenu pour eux un challenge par rapport à d\'autres troupes de carrière », indique-t-il. « C\'est une expérience nouvelle avec des gens n\'ayant aucun passé dans le théâtre mais la volonté d\'offrir à eux d\'abord quelque chose de qualité puis à leur communauté ». Par ailleurs, les membres de la troupe complètent leur formation en participant à plusieurs séminaires tenus par des metteurs en scène tels le Français Benoît Vitse ou le Belge Pietro Varrasso. Du théâtre quand même La troupe a effectué un tour de force en présentant l\'adaptation haïtienne de la pièce d\'Alfred Jarry, Ubu Roi. Cependant, pour y arriver, elle n\'a pas eu la tâche facile. « La pièce Ubu roi fut assez difficile à monter. Plus d\'un s\'y est essayé sans succès », selon Rolando Etienne. L\'une des difficultés fut la formation même des acteurs, plus habitués aux montages de texte qu\'aux pièces de théâtre. Mais l\'un des obstacles majeurs est Martissant, le quartier où se tiennent les répétitions, « lui-même théâtre d\'actes de kidnapping, de vol, de viol parfois du matin jusqu\'au soir ». Martissant, souligne le metteur en scène, demeure un quartier de non-droit, où l\'on a l\'impression que rien n\'y existe. Lorsqu\'on entend les nouvelles à la radio, on peut penser que c\'est un repère de gangs et de bandits. « Notre plus grand ennemi fut notre milieu. Mais nous avons choisi d\'y rester quoique ayant reçu des offres pour aller répéter dans des endroits où le climat sécuritaire est plus ou moins stable ». Au banditisme ambiant, Dram\'Art oppose le théâtre comme un mouvement de résistance. Une façon de ne pas baisser les bras et de dire tout haut que la culture ne doit pas capituler devant la bêtise. Le théâtre est aussi une façon de proposer autre chose et de montrer que les vraies valeurs résident dans le travail, la culture, le sport, et pas seulement dans l\'argent. « On a voulu être un modèle et l\'on n\'a pas fui le quartier malgré tout», soutient Rolando Etienne. Toutefois, cette bravade, comme tout acte de résistance, a un prix. Rolando Etienne s\'explique : « Nos budgets sont souvent excédés. Des fois, on planifie une répétition et, à cause de tirs d\'arme ou suite à un kidnapping, les comédiens ne peuvent se réunir et la répétition, qui a eu un coût, doit être reportée ». En outre, poursuit-il, si au cours d\'une répétition, la pluie s\'annonce, on se voit obligé de renvoyer tout le monde, à cause de l\'état de la zone ainsi que des risques qu\'encourent les comédiens d\'être fouillés, volés et battus. Cependant, le travail est réussi grâce à la détermination des comédiens et leur envie d\'être utiles à eux-mêmes et à leur communauté. Ces derniers se disent prêts à en payer les conséquences, conscients qu\'ils font oeuvre qui vaille.

Jonel Juste jgli02@yahoo.fr Auteur

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