Neymar (genlè) jete Jovenel

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Publié le 2018-07-10 | Le Nouvelliste

National -

Le Président a parlé, point barre. Eh bien non, ce coup-ci, c’est le peuple qui a parlé. Point barre. Et la réponse du Président montre bien que, contrairement à ce qu’il dit, il n’a pas entendu. Il avait bien entendu l’instance internationale qui lui avait demandé de ne plus subventionner les produits pétroliers. Une preuve de plus du mépris que « L’international » peut avoir envers les conditions d’existence du peuple haïtien, et de la responsabilité de tels bailleurs et aideurs dans la genèse de nos crises politiques et la permanence de nos malheurs.

Les conseillers du Président ( mais dans ce désastre qui conseille qui ?) ne connaissent ni l’ampleur du mécontentement provoqué par la pauvreté et les exactions. La perception est que ce pouvoir est en guerre contre les pauvres, ment et corrompt. Et tout ce que le pouvoir a fait ou dit ces dernières semaines a servi à la renforcer : prime à l’enfance pour simulation de l’acte sexuel ; dépossession, expulsion ; déclarations imbéciles et menaçantes… Et quelle bêtise, quel mépris, même si le fanatisme pro-Brésil prend ici des proportions dangereuses qui ne sont pas loin de l’atavisme, de parier sur Coutinho (trop franc-tireur) et Neymar (pleureuse comme une héroïne de telenovela) pour aider à faire passer une mesure qui condamnerait les pauvres à plus de pauvreté ! Le Président et ses conseillers ne connaissent ni le football ni la politique. Ils doivent des excuses à la Belgique d’avoir misé sur sa défaite. Ils doivent des excuses au peuple haïtien de s’être dit : ce sont des imbéciles, donnez-leur des buts à bouffer et ils avaleront n’importe quelle pilule. Le peuple en a bien ri, avec des phrases comme « Neymar jete Jovenel, LaBèljik fè Jovenel bwè gaz… ».

Et cette propagande désagréable ( gen de moun lè y ap defann on gouvènman yo jete l) depuis des semaines. Et ces discours incohérents. Voilà le pouvoir qui a fait alliance avec le secteur peut-être le plus infect du patronat (la sous-traitance) contre des ouvriers mal payés, bastonnés, qui dénonce soudain « les riches ». Voilà un Président qui lâche son gouvernement, ses porte-parole qui n’ont pas su « communiquer », sans demander pour autant la démission du gouvernement. Voilà un Président qui s’étale dans un discours suffisant, redondant, sur les pertes de biens mais oublie de parler de perte de vie humaine. Voilà un Président (pas besoin d’être Freud pour penser le lapsus) qui, les mots trébuchant dans sa bouche, dit « mwen » à la place de « nou » : « mwen pale, prezidan an tande ». On comprend mieux le monologue, la prétendue leçon d’économie et de gestion face à un pays en situation insurrectionnelle. Il est le seul, avec le Premier Ministre qui a tout du fantôme d’Alexandre le bienheureux, à ne pas réaliser que nous vivons une situation insurrectionnelle que le pouvoir a créée.

Il s’agit de penser vite pour trouver une solution nationale. Un des éléments d’une telle solution est la prise de mesures immédiates en faveur de cette majorité qui vit dans la pauvreté. Une autre semble être au moins le départ volontaire de quelques fantômes, thuriféraires, sbires. Soit la démission du gouvernement. Sinon il se pourrait qu’un plus grand nombre soit forcé de partir. C’est le départ du président que les gens réclament. Il n’a pas les moyens de la répression. S’il ne veut pas être forcé de partir, il est temps qu’il cesse de jouer à monsieur quant-à-moi aux promesses de conte de fée et donne quelque chose à leur juste colère.

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