Mondial 2018 : une passion dangereuse et sans limites

PUBLIÉ 2018-07-05
La non-participation de la sélection haïtienne de football à la Coupe du monde 2018 n’a rien enlevé à la ferveur et à la passion avec lesquelles la population vit l’évènement. Les drapeaux décorant les automobiles et les maisons de commerce font plus que parer nos rues du décor festif. Le Mondial est aussi l'occasion pour les petits mrchands de vendre des drapeaux et des maillots aux couleurs des sélections engagées dans la compétition.


En Haïti, l'Argentine et le Brésil étant les équipes les plus adulées, l’élimination prématurée des coéquipiers de Messi reste un coup dur pour les tenants de ce commerce. Et ces dernières années, au temps des réseaux sociaux que nous sommes, on ne compte plus les utilisateurs qui rivalisent d’ironie envers les supporters des équipes moins performantes.

Un tableau jusqu’ici éloquent sur notre admiration pour cette fête du ballon rond. Seulement, cette fièvre du Mondial tend parfois à exagérer et tourner au vinaigre. Les modes de célébration et les réponses aux railleries des autres supporters prennent de plus en plus des tournures désastreuses, contrastant avec l’idée de fête que prône le football, vecteur lui-même de valeurs comme la tolérance et le fair-play.

Plusieurs cas en Haïti prouvent que les fanatiques n'ont pas de limite. Que ce soit dans leur façon de montrer leur joie et leur déception ou encore que ce soit de la façon dont ils se moquent des perdants...En voici plusieurs cas qui méritent d'être relever.

Des bandes à pied qui encombre la circulation, aux armes à feu qui se déchargent dans le ciel juste parce que son équipe à gagner, les manières de célébrer de nos concitoyens sont de plus en plus intolérables et dangereuses. Par exemple, la jubilation des fans du Brésil suite à l’élimination de l’Argentine le 30 juin dernier a été marquée par une pluie de projectiles tirées en rafales. Une balle perdue a fini sa course sur le capot de la voiture de l'un de nos collaborateurs, qui lui, n'a pas été blessé heureusement. D'autres personnes s'en sont sorties avec des blessures, certaines graves. Quel recours existe t-il face à ce phénomène grandissant ?

Toujours après l’élimination de l’Argentine en quart de finale de la Coupe du monde cette année, une photo du rappeur Fantom de Barikad crew piétinant le drapeau argentin a fait le tour des réseaux sociaux. Si l’intéressé n’a pas tenu à commenter son geste, certains internautes y voient une marque d’irrespect profond pour un pays qui n’existe pas que par son équipe de football. Le geste est d’autant plus criant, d'après eux, qu’il émane d’une des célébrités de l’élite médiatique en Haïti.

À Delmas 55, les manifestations après chaque victoire du Brésil ou de l’Argentine squattent les artères de la commune pendant de longues heures, un vrai supplice pour les usagers de la route. Elsa, la quarantaine avancée, se plaint d’être confrontée à cette situation deux fois au cours de la même semaine. Elle emprunte souvent ce trajet pour apporter à manger à un membre de la famille interné à l’hôpital La Paix de Delmas 33, et c'est tout un calvaire pour elle. " M pa di pèsòn pa kontan lè ekip ou genyen. Men libète pa m kòmanse kote pa w fini. Nou tout dwe ka fonksyone jan nou vle san deranje youn lòt. Sa k deranje m se ke m paka al pote plent ankenn kote. Se kòm si otorite yo pa bay sa enpòtans. Cette histoire me fatigue.'', s'est-elle confiée, rageuse et désespérée.

Cette Coupe du monde n’est pas la première à déchaîner autant de passions. Cependant, pour le journaliste sportif Jérôme Pierre de la TNH, les supporters doivent se rappeler que ces attitudes font largement entorse aux valeurs véhiculées par le foot et le sport en général. La sobriété, la tolérance et le fair-play doivent fédérer les supporteurs malgré les divergences. Mais au dernier ressort, il incombe à l’État de prendre des mesures pour limiter certaines exagérations.

Jean Mary Simon



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