Felix Bautista, premier accusé de corruption, premier sanctionné dans le cadre de PetroCaribe

Publié le 2018-06-12 | Le Nouvelliste

Editorial -

En s'en prenant mardi aux avoirs du sénateur dominicain Felix Bautista pour le punir de ses actions en Haïti, le gouvernement américain met sous de nouveaux et puissants projecteurs le dossier PetroCaribe. La lutte contre la corruption dépasse les frontières d'Haïti et de la République dominicaine avec cette décision des autorités américaines.

En Haïti, le nom de Felix Bautista est le premier nom cité, et ce depuis 2011, comme étant l’un des principaux bénéficiaires de la manne PetroCaribe. Après le séisme du 12 janvier 2010, quand le gouvernement haïtien tente de reconstruire les bâtiments publics détruits par le séisme, ce sont Rofi et Hadom, les compagnies du sénateur, un proche du président dominicain d’alors Leonel Fernandez, qui raflent contrat après contrat.

Roffi et Hadom se transformeront plus tard en compagnies haïtiennes, mais rien ne changera dans leur mode opératoire : des contrats simplistes sont signés, des avances généreuses sont décaissées, les travaux n’aboutissent pas. Jusqu’à aujourd’hui, sept ans plus tard, personne ne peut fièrement présenter une réalisation achevée, fruit des seuls efforts de Rofi ou de Hadom.

Le premier ministre Gary Conille sera le premier qui osera dénoncer la gigantesque supercherie. Il perdra son poste, avant tout, à cause de la commission d’enquête qu’il diligentera pour faire la lumière sur les micmacs de Bautista en Haïti.

Il faut dire que le sénateur dominicain est un homme puissant et réputé généreux. Son nom est cité dans le financement de la campagne des principaux candidats des élections haïtiennes de 2010-2011. Il est bien installé dans son pays. Il a des réseaux en Amérique latine. Quatre présidents haïtiens : René Préval, Michel Martelly, Jocelerme Privert et Jovenel Moïse et leurs premiers ministres préféreront ignorer les rumeurs et les accusations qui impliquent le sénateur Felix Bautista dans le détournement des fonds PetroCaribe.

D'ailleurs, en Haïti, c'est tout le dossier PetroCaribe que l'on enterre... toujours trop vite.

Ce mardi, ce sont les Américains qui pour la première fois relient Bautista aux déboires d’Haïti et le sanctionnent. Donald Trump, en campagne à Little Haiti, avant d’être élu, avait promis d’être le champion d’Haïti en faisant clairement référence aux misères faites à Haïti après le séisme. Est-il en train d’honorer sa promesse ou est-ce l’administration américaine qui se met en chasse de la connexion vénézuélienne après le refus d’Haïti de soutenir la diplomatie US lors du dernier vote à l’OEA contre Nicholas Maduro ?

Ce mardi, hasard du calendrier, le président Jovenel Moïse est monté en première ligne pour dénoncer que « presque tous les grands contrats publics passés en Haïti pendant les dix dernières années sont surfacturés. Les preuves sont là. Autant dire que l’État est en train d’enrichir une minorité et d'appauvrir la collectivité ».

Ironie suprême, le président de la République était invité à intervenir à l’ouverture d’un colloque organisé sous les auspices de la Commission nationale de la passation des marchés publics (CNMP) autour du thème «Ethique et transparence, moyens de lutte contre la corruption dans les marchés publics ».

Si les accusations du président Jovenel Moïse s’avèrent fondées, la Commission nationale de la passation des marchés publics (CNMP) est au cœur du plus grand scandale de la République, un CNMP qui, dans tous les cas, n’a jamais trouvé à redire sur les transactions des entreprises du sénateur Bautista en Haïti.

Frantz Duval
Auteur
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