Gouverner n'est pas jouer et pourtant...

Publié le 2018-06-11 | Le Nouvelliste

Editorial -

Après le fiasco du Sommet du G7 au Canada, qui s’est achevé sur le retrait américain du communiqué final après son approbation, le président Donald Trump est à Singapour pour un sommet avec Kim Jong Un, le président nord- coréen.

À coups de tweets ou de voltefaces, le président américain tient le monde en haleine. Il est le maître du jeu.

Que ses manières de faire plaisent ou non, que ses prises de position choquent ses détracteurs ou enflamment ses fans, Donald Trump ne laisse personne indifférent.

Trump maîtrise l’art du drame et celui du deal. Mais comme dit la fable, rira bien qui rira le dernier.

En Haïti, pendant ce temps, on se demande pourquoi on laisse pourrir tant de situations.

La Police nationale d’Haïti a du recourir à un déploiement impressionnant, à l’usage de gaz lacrymogène et de bâton pour disperser la manifestation des ouvriers et des syndicats qui réclament une augmentation significative du salaire minimum. Occupée à contenir la colère des ouvriers ce lundi, la police a laissé le champ libre aux coupeurs de route qui sévissent depuis des semaines, et ce lundi encore, en plusieurs points du pays. La PNH s’est détournée des tirs nourris qui strient le ciel dans certains quartiers du centre-ville depuis des jours, et ce lundi encore. Elle ignore les cris des propriétaires de Wynne Farm qui appellent au secours depuis des jours sous les assauts répétés des spoliateurs.

La PNH avait d’autres chats à fouetter. Littéralement, ce lundi.

Le gouvernement ne s’est pas non plus penché sur ces problématiques. Salaire minimum, Martissant, Grand-Ravine, Cité-de-Dieu, Wynne Farm ne sont pas des mots. Mais des problèmes, des responsabilités qui doivent retenir l’attention des responsables. Ils sont ailleurs. Ils courent après d’autres lièvres.

En passant, le premier ministre Jack Guy Lafontant n’a pas pu prendre la parole ce lundi, lors de la séance solennelle en Assemblée nationale. Il s’est fait fortement chahuter. Le président Jovenel Moïse de passage au Canada a appris que les pays avaient avant tout des intérêts. À trois jours de la Coupe du monde, rien n’est encore dit sur qui détient les droits sur la compétition pour Haïti.

Le président de l'Assemblée nationale a été franc comme un coup de pied arrêté : la Coupe du monde aura une incidence sur le travail des sénateurs.

On ne sait pas si nos élus iront en Russie ni pour quelle équipe ils vont jouer, mais on sait déjà qu'ils travailleront peu pendant le mondial. Comme si les autres jours c'était différent.

Nous avons d’autres chats plus urgents à attraper. Et, si en Haïti, on ne sait pas toujours qui est le maître de chaque jeu, nous sommes tous dans la partie jusqu’au cou.

Frantz Duval
Auteur
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