L’économique dans les mailles de la géopolitique

Echo de l’éco

Publié le 2018-06-08 | Le Nouvelliste

Economie -

En s’abstenant dans un vote qui devrait exclure le Venezuela de l’Organisation des États américains (OEA), Haïti fait le buzz dans la région et dans le reste du monde. Ce pays ami historique d’Haïti fait l’objet de convoitise depuis quelques années, et le Venezuela connaît des moments sombres, suite notamment à la disparition de Hugo Chavez qui a osé défier les puissances occidentales. Avec ce vote, les autorités haïtiennes veulent ménager la chèvre et le chou, mais à quel prix ?

Le choix d’Haïti est loin de faire l’unanimité. Les uns jugent correct le vote d’abstention à un moment où le pays devient fragile devant la moindre restriction, dans le contexte de raréfaction de l’aide internationale. D’autres exigent que le pays soit dans le camp du grand voisin américain. Le choix est cornélien. À leur avis, il faut se ranger dans le camp du Venezuela qui subit les assauts de toutes parts de la communauté dite internationale. En général, dans ce genre de circonstances, les décisions, les points de vue des plus forts sont ceux de la communauté internationale. Faut-il que Port-au-Prince juge Caracas comme ange ou démon ? Trop facile.

La géopolitique, les relations internationales, les intérêts des pays vont au-delà des simples discours de ceux ou celles qui convoitent le pouvoir. Le vote d’Haïti vise à ne pas irriter le partenaire historique vénézuélien qui n’a pas hésité à mettre quelque trois milliards de dollars sur la table dans le programme PetroCaribe. Par contre, le tout-puissant gouvernement américain ne jure que par l’imposition de son point de vue et de ses intérêts capitaux. Les autorités américaines allaient même jusqu’à exclure d’un dîner, la veille du vote décisif, quelques pays de la région rangés dans le camp du pays de Nicolas Maduro.

La décision d’Haïti ne cesse de faire couler la salive comme si l’avenir se dessine uniquement avec ce vote. Avec ou sans le Venezuela, avec ou sans appui des États-Unis d’Amérique, le pays doit survivre et continuer d’exister par-dessus tout. L’heure n’est plus à l'orgueil démesuré de dirigeants qui s’érigent en Dieu ou en donneurs de leçons. En même temps, chaque pays, chaque autorité doit mesurer la portée de sa décision. La plupart du temps, c’est comme une pierre lancée dont on n’a plus le contrôle, les choix sont souvent irréversibles. Nous n’allons pas ressasser inlassablement que nous sommes la première République noire indépendante du monde et tendre nos mains comme de vulgaires mendiants.

Cette levée de boucliers contre le Venezuela présage-t-elle des actions de nature à compromettre la souveraineté de ce pays ? Nous ne disposons pas d'une boule de crystal pour voir l’avenir. D’ailleurs, qui peut le prétendre ? De manière plus objective, les interventions armées contre un pays suivent en général les principes de la propagande de guerre comme l’a régulièrement souligné le journaliste investigateur belge Michel Collon, dans ses nombreuses conférences à travers le monde.

D’abord, explique Collon, les agresseurs travaillent l’opinion publique en cachant les intérêts, via les médias. Ensuite, ils cachent l’histoire et surtout ils diabolisent l’ennemi avant de se faire passer comme défenseurs des victimes, des causes humanitaires. Enfin, ils vont faire main basse sur l’argent, les richesses, les matières premières et patati patata. À chaque fois, c’est la même chose. Avez-vous déjà vu un tel scénario avant ?

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