A la maison Dufort :

Paskö : La rupture dans la continuité

Paskö, « Une forêt en mouvement ». L’exposition de Pierre Pascal Mérisier, dit Paskö, qui entre dans une dynamique de création contemporaine, est restée accrochée aux cimaises de la maison Dufort jusqu’au jeudi 7 juin 2018.

Publié le 2018-06-11 | Le Nouvelliste

Culture -

Peinture, aquarelle, dessins, bois gravés. Quelle polyvalence pour un artiste ! Paskö, « Une forêt en mouvement » est une exposition majeure de Pierre Pascal Mérisier (Paskö). On est allé voir cette exposition la semaine dernière, à la maison Dufort (Avenue du Travail). Elle a débuté le jeudi 24 mai et prend fin le jeudi 7 juin. On a trouvé mille et une raisons pour analyser, comprendre et cerner les signes dans l’œuvre diverse et dense de cet artiste qui jongle avec nos fantasmes, nos peurs et nos mythes. On est remonté sur les bords de la scène de vie de Paskö.

Allons chez sa mère, à Berthé (Pétion-Ville). Cette localité n’était pas encore occupée par une population multiple et variée. L’œuvre exposée – plus d’une soixantaine de toiles (des tableaux, des aquarelles, des dessins, etc.) traduit la grande souffrance de l’artiste chez sa mère. Il évolue dans un monde réglé. Son voisinage immédiat, des catholiques, des protestants, des hougans. Ce monde branché sur les liens avec l’invisible se manifeste bruyamment. Il doit tout de même s’accommoder avec ce tapage spirituel. On retrouvera cette atmosphère ambivalente dans ses œuvres dominées par des formes hybrides, des anges, des démons, des minotaures, des cyclopes, des diables d’hommes bien outillés sexuellement et des diables de femmes arborant des seins multiples. Une forêt de créatures qui avancent comme des arbres en mouvement. Le regardeur inquiet se demande : Paskö mélange-t-il cette dure réalité à ses propres tourments ?

L’artiste a bouleversé nos habitudes de penser. Il a introduit la rupture dans la continuité. Au départ, il prétend suivre la réalité, mais c’est sa propre histoire qu’il nous décrit. Une histoire nourrie des valeurs du XXIe siècle, tels le chaos comme chez Sébastien Jean ou Reynold Laurent, la trouille chez les hommes d’aujourd’hui, la douleur comme chez Céleur Jean Hérard.

Cette exposition annonce la fin d’une époque. Mais avec une nuance de taille : les mêmes scènes se répètent. On est touché, troublé ou même effrayé par les mêmes personnages qui se posent encore ces interrogations : l’artiste entend-il construire sa propre mise en scène ? Pourquoi reprend-il de manière lancinante les mêmes sujets ? Pourquoi autant d’êtres inimaginables viennent-ils peupler ce décor ?

Dans cette « forêt en mouvement », Paskö nous prévient de la rupture dans notre manière de regarder les œuvres d’art au siècle présent. C’est un tournant. L’artiste entend accrocher le regard de l’autre. Autrement. L’autre n’existe pas comme une représentation à part entière. C’est parfois des figurants dans la comédie « à cent actes divers » qu’il construits.

L’artiste Paskö fait défiler sous les yeux du regardeur, mille et une histoires avant d’aboutir – s’il aboutit à un point d’ancrage. Sa peinture ne renvoie guère à un idéal, mais décrit ses propres bouleversements. C’est un lieu où les tourments internes de l’artiste se révèlent parfois tassés, enfermés dans leur essence.

La grandeur n’est plus dans des actions d’éclat, mais dans des p’tits gestes, soit de partage ou de rejet.

La peinture de Paskö ne laisse guère de place aux dérives. Elle provoque l’hilarité dans un monde tragique.

Ni ange ni démon

Toutes les représentations ou figurines s’exhibent dans les toiles de Paskö, projettent une vision illuminée, parfois outre-tombe, comme dans une œuvre d’un créateur anglais. L’artiste nourrit son élégie, ses douleurs, à la fois, de mythes, dans la tradition mythique du pays, des symboles et autres légendes, comme chez Gary Victor. Il alimente son art de son vécu.

Paskö puise ses sujets dans les mythologies haïtienne et grecque. La peinture de Paskö traverse le temps. Elle se nourrit de l’imaginaire de l’artiste et de ses propres habitus dans le traitement des mythes.

Ce souffle parfois répétitif rend « ce monde en mouvement » créé par Paskö toujours plein de personnages hybrides – ni anges, ni bêtes, mais aussi avec une pointe d’humour. L’humour agrandit l’horizon de ses œuvres. Les ateliers Jérôme devrait reprendre cette exposition. Elle a tellement de choses à raconter au public.

Wébert Lahens webblahens@yahoo.fr Auteur
Ses derniers articles

Réagir à cet article