Les produits en plastique, une approche holistique.

Publié le 2018-06-18 | Le Nouvelliste

Idées & Opinions -

Tout d’abord, je veux être clair. Mon article n’est pas pour prendre le contrepied des mesures de l’administration de Martelly et ses gouvernements relatives à l’utilisation des produits en plastique et spécifiquement ceux dérivés du polyéthylène et polystyrène. Loin de là. Je suis conscient de l’effet néfaste et même dévastateur de ces produits sur nos très faibles infrastructures. Comme exemple: obstructions de canaux de drainages et exutoires naturelles, endommagements du pavée (enlèvement d’asphaltes), risques d’inondations, pollutions du bord de mer, possible contamination des aquifères et contaminations d’espèces maritimes en particulier les poissons.

En fait, ces mesures m’interpellent et j’analyse régulièrement les différentes initiatives de nos gouvernements telles que : décrets de loi, circulaires et notes rectificatives. Dommage. Comme moi, le population suit et voit l’incapacité de notre État de mettre en pratique une décision prise en Conseil des ministres. Ceci fragilise davantage et affaiblit notre État. Une réalité. Mais tout cela est la résultante de notre approche fermée et sectorielle sans tenir compter d’autres secteurs clés pour y parvenir à une approche globale et inclusive.

Pour bien appréhender la gestion des produits en plastique. Il faut faire une sorte de rappel informatif. Les capitales les plus peuplées du monde (Paris, Tokyo, Mexico, Pékin) utilisent encore les produits en plastique. Pourquoi les autorités de ces villes n’interdisent pas l’utilisation des produits en plastiques ? Cette question devrait nous interpeller avant toute prise de décisions. Hélas. Nous avons toujours une réponse simpliste et facile, ils ont plus de moyens que nous autres. Économiquement, oui. Mais aussi, ils ont résolu le problème fondamental : celui de la gestion des déchets. Ils ont bien organisé leur système de ramassage des ordures solides. En dépit de nos faibles moyens (sans oublier le nombre de véhicules achetés et maintenant hors service, on ne sait pas pourquoi), nous sommes incapables de mettre en place de réelles structures ou stratégies pour une meilleure gestion des déchets solides (sources d’énergies-biomasse). D’autre part, les autorités de ces pays (ou villes) savent résoudre cette grande équation: offre-demande. En plus, il faut se rappeler que le plastique est une industrie qui génère des emplois et facilite une certaine paix sociale.

Dans le dernier communiqué conjoint et signé des dignitaires du présent gouvernement (juin 2017) et rapporté par notre compatriote Ricardo Lambert, ils ont fait mention des mesures relatives à l’utilisation de produits plastiques biodégradables. C’est la nouveauté. Innovation. Nous sommes tous d’accord. Mais nous ne devons pas rêver en couleur ni se faire des illusions. Pourquoi? Parce qu’un produit biodégradable ne veut pas dire que du jour au lendemain on va l’éliminer. Un exemple, le sachet plastique biodégradable qu’on vous donne dans un supermarché ne va pas se détériorer en arrivant dans votre voiture ou chez vous. Cela prend du temps et c’est un processus. La biodégradabilité diminue le cycle de vie utile du produit en question et celle-ci dépend de plusieurs paramètres physico-chimiques: la température, pression, humidité, pluviométrie, agents chimiques et même biologiques par la présence de bactéries qui peuvent détraquer les composants de ce produit. On peut donc facilement comprendre la situation et identifier que le plus grand problème reste et demeure la capacité de nos autorités à gérer de manière efficace le ramassage de déchets solides. Concernant les intrants pour la fabrication de produits biodégradables, cela peut être bénéfique pour tout le monde (producteurs locaux et la société) par le fait qu’on peut trouver et extraire ces intrants de végétaux ou carcasses d’animaux.

Revenons sur les décisions prises par les différents gouvernements et jusqu’à présent hors d’application. À mon humble avis, le mieux serait d’impliquer les acteurs (importateurs, producteurs locaux et spécialistes-domaines transversales) dans la gestion des produits en plastique. Dans ce cas, ces mesures pourraient discuter et adopter en concertation avec les secteurs susmentionnés dans le but d’arriver à son implémentation adéquate. 1) Un partenariat public-privé pour le ramassage des ordures solides (déchets plastiques). 2) Une augmentation substantielle des frais de douanes sur les produits en plastique, avec cette allocation se créera un fonds spécial (come le FER-Fonds d’entretien routier) pour achat et maintenance des équipements de nos voiries. 3) Faciliter la création d’entreprises de recyclage de matières plastiques. 4) Lancer une grande campagne de sensibilisation (impliquant radios et télévisions tant privées que publiques) sur l’utilisation des déchets plastiques en détaillant son importance et surtout la façon de gérer les déchets afin de garder notre environnement propre et sain.

J’ai essayé de faire une approche plutôt systémique et à tout prix éviter de diaboliser un secteur vital et porteur d’emplois dans le monde entier. D’ailleurs, on ne peut pas se passer des produits plastiques car ils font partir de notre vie quotidienne. Notre ordinateur, téléphone cellulaire, voiture, vêtement, sous-vêtement, t-shirt, chaussures et nos articles ménagers (réfrigérateurs, lave-linge, etc,) sont faits d’un polymère synthétique.

Claude St-Thomas, Docteur en chimie macromoléculaire Auteur
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