Le Testament des solitudes d’Emmelie Prophète

Publié le 2018-06-07 | Le Nouvelliste

Culture -

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Emmelie Prophète a été coïnvitée d’honneur cette année à la 24e édition de Livres en folie. Elle a signé environ une dizaine d’ouvrages dont le Testament des solitudes. Ce roman lui a valu le Grand Prix littéraire de l’Association des écrivains de langue française en 2009. C’est un récit poignant. Il décrit l’histoire de trois femmes. De trois sœurs. Des femmes qui n’ont pas des destins identiques, mais dans la solitude elles se ressemblent quelque part.

Trois femmes ont fui leur terre natale pour se diriger vers la ville. D’autres villes aux côtés de passant sans regards, sans passion. Port-au-Prince. Les Cayes. Des villes. Celles de l’Amérique. L’Amérique du Nord.

Christie, la plus belle des trois sœurs, aux sourires comme des rideaux, dans lesquels elles s’enveloppaient. Elle était très séduisante et très convoitée. Elle s’est laissée aller par la fortune et donnait son corps comme une offrande à tout venant. Mais, trouvant la raison un peu trop tard, elle se sentit trompée, bafouée. Des hommes lui ont volé le charme, la vie, dit-elle toujours. Elle est partie un samedi pour ne plus revenir. Son voyage avait été payé en échange de son corps et de son âme. Ses enfants sont nés là-bas sans identité, sans racines, sans habitudes.

Odile, la plus jeune, la première à partir de la province bleue, ce lieu de misère, de précarité la plus totale, pour se rendre en Amérique. La première aussi à passer de vie au trépas. Elle est partie jeune pour le Panama, le Porto Rico et pour d’autres cieux. Elle croyait dur comme fer que la vie est ailleurs, là-bas. Pas dans ce pays maudit où le soleil hésite à se lever et la lune se force à éclairer. Mais elle a connu la mésaventure. Entre le deuil de sa fille Rachel et son rêve raté, elle finit par rendre l’âme. Loin de tout. De sa famille. De son pays.

L’autre femme. Celle qui n’a pas de nom. Qui n’a pas d’identité. L’aînée de Christie et d’Odile, elle est la mère de la narratrice. Belle aussi, elle est partie à la découverte d’elle-même. Elle est allée inventer ailleurs une condition meilleure. De la province bleue à Port-au-Prince, en passant par Les Cayes, ce joyau de la métropole du Sud, elle se cherche, se donne une raison de vivre. Elle aimait la ville. Elle et ses sœurs. La ville aux mille visages, aux mille chances, aux mille demains. Mais le temps passe. Sa beauté aussi. Ses rêves et son envie d’affronter le destin, de se battre. Elle ne voit pas le temps passer.

Le Testament des solitudes est un roman fascinant. Un roman plein de charme. L’histoire de trois femmes qui développent l’acte d’un demain chargé d’incertitudes. Un récit qui est marqué par les thématiques de longs voyages à grande distance, sans autre but que de partir. Trois générations de femmes jugées sans parole et sans témoin.

L’auteur fait ressortir la souffrance continue de ses générations. Elle s’interroge sur le sens de sa vie dans les lieux fermés. À travers sa narration, elle a retracé l’action de ces femmes qui ont osé prendre des voyages dans un désert de glace dans l’espoir d’obtenir une vie meilleure que celle qu’elles avaient connue dans la province bleue. Des femmes qui s’exilent à l’autre bout du monde dans la solitude. Des femmes qui voulaient partir à tout prix, aller chercher la mort dans ses aventures.

Le Testament des solitudes est un roman à lire. À Livres en folie les jeudi 31 mai et vendredi 1er juin 2018, les lecteurs friands de bonnes lectures ont fait l'acquisition de ce livre.

Emmelie Prophète, Le Testament des solitudes, éditions Mémoire d’Encrier, 122p. Haïti.
Hebert DESIR hebertdesir@gmail.c Auteur
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