Jovenel Moïse dans un corset diplomatique

Publié le 2018-06-04 | Le Nouvelliste

Editorial -

Revenu samedi d’un voyage d’État à Taïwan, où il s’était fait accompagner d’une large délégation de trente personnes, dont les présidents des deux branches du Parlement haïtien, le président Jovenel Moïse n’a pas eu de grandes annonces à faire lors de son point de presse à l’aéroport.

Le prêt de cent cinquante millions de dollars, accordé en support au projet d’électrification, était déjà acté depuis des mois. La commission mixte Haïti-Taïwan, mise en place pour travailler pendant soixante jours, n’est pas une grande victoire.

Ne fallait-il pas que la commission binationale travaille et rende ses résultats avant le voyage du président à Taipei ?

Ne fallait-il pas que le nouveau cadre de coopération soit défini avant que le président haïtienne parte rencontrer son homologue taïwanais ?

Qui du palais national ou de la chancellerie a failli dans la bonne conduite de la diplomatie haïtienne ?

On ne le saura peut-être jamais, même si on attend déjà la visite de réciprocité que la présidente taïwanaise doit à Haïti.

En attendant, le président Jovenel Moïse a une rude semaine qui l’attend.

Haïti doit choisir de soutenir ou de lâcher le Venezuela de Nicolas Maduro. Le régime de Maduro est sur la sellette devant l'Assemblée générale annuelle de l'Organisation des États américains (OEA) qui s’est ouverte ce lundi à Washington.

Les États-Unis ont réclamé lundi la suspension du Venezuela de l'Organisation des États américains (OEA), l'accusant de déroger aux règles démocratiques. Un projet de résolution présenté par les États-Unis ainsi que par le Canada, le Mexique, le Brésil, le Chili, l'Argentine et le Pérou demande aux membres de l'organisation de ne pas reconnaître les résultats de l'élection présidentielle au Venezuela, jugée « anticonstitutionnelle », rapporte l’Agence France Presse.

Haïti se trouve au pied du mur de l’amitié et des intérêts.

Voter oui, c’est faire allégeance aux USA et laisser tomber le Venezuela. Voter non, c’est défier le grand voisin au profit du premier bailleur de fonds de la nation. Faire abstention, c’est afficher sa lâcheté. Même supporter la cause du peuple vénézuélien, et pas nécessairement celle de ses dirigeants, paraît un choix cornélien.

De tous les côtés, le mal est infini.

La situation de Jovenel Moïse est d’autant plus délicate qu’il doit prendre l’avion avant la fin de la semaine pour participer, comme président en exercice du Caricom, au sommet du G7 qui se tient au Canada. Il sera face aux diplomates américains et canadiens qui poussent vers la sortie le Venezuela de Maduro.

Ces puissances ont le pouvoir de fermer tous les robinets de l’aide. Aussi bien ceux des appuis budgétaires promis que de brouiller les perspectives taïwanaises.

À quelques semaines de la hausse du prix de l’essence et de l’élaboration des prochains budgets, le rectificatif et celui du prochain exercice, le président Jovenel Moïse n’avait pas besoin d’un tel corset de contraintes diplomatiques.

Tout tombe sur le dos d’Haïti et de son président d’un coup.

Frantz Duval
Auteur
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