Préserver la Police nationale d’Haïti

Publié le 2018-06-01 | Le Nouvelliste

Editorial -

Comme cela est devenu la routine, c’est par les réseaux sociaux que la population a appris en début de semaine qu’un arrêté présidentiel changeait les normes et procédures jusqu’à présent en vigueur au sein de la Police nationale d’Haïti.

L’arrêté présidentiel du 28 mai 2018 enlève des prérogatives au directeur général de la Police nationale d’Haïti pour les placer sous approbation du Conseil supérieur de la Police nationale (CSPN). Le DG de la police ne peut plus ni nommer, ni promouvoir, ni déplacer, ni transférer les cadres de la police. Les décisions sur l’effectif des postes de police comme sur la formation sont placées sous la tutelle du CSPN.

Pour parachever l’œuvre de contrôle, les instances de la PNH ne peuvent ni blâmer, ni mettre aux arrêts, ni prendre des mesures disciplinaires contre un policier sans l’aval du CSPN. Pas question non plus de décider de la rémunération ou de la carrière. Le CSPN doit, à chaque fois et pour chaque cas, donner son approbation.

Aucune de ces mesures ne serait attentatoire à la bonne marche de la police qu’elle violerait quand même la loi de décembre 1994 portant création de la Police nationale d’Haïti. D’un point de vue purement opérationnel, on se demande comment le CSPN, instance stratégique qui regroupe des ministres et qui se réunit rarement, peut mieux gérer le quotidien de la police en lieu et place de ceux qui y passent leur jour et leur nuit. L’arrêté du 28 mai 2018 viole aussi la loi portant création du Conseil supérieur de la Police nationale en transférant à cette instance des compétences qui ne sont pas les siennes.

Si les opposants au gouvernement et les observateurs avisés du passé de l’institution policière craignent un retour à l’autoritarisme avec cette intrusion de la politique dans la gestion quotidienne de la PNH, les plus placides se demandent quel est donc le problème que l’arrêté tente de résoudre. A quel mal le remède illégal va-t-il, doit-il, peut-il mettre fin ?

Le premier ministre et le président estiment-ils que le contrôle de la PNH leur échappe ? Le directeur de la Police nationale a-t-il pris des décisions majeures sans aviser ses supérieurs civils ? Quelle est la nature du malaise ?

Rare institution républicaine qui marche sur ses deux pieds, en dépit de lacunes évidentes, la police nationale d’Haïti doit être préservée aussi bien de l’appétit des politiciens que de la maladresse des gens d’armes.

Si le ministre de la Justice et celui de la Communication ont échoué à convaincre de la bonne foi du gouvernement, le président lui-même doit monter au micro pour expliquer ses objectifs comme il peut donner les signes visibles que la PNH est encore dans les bonnes grâces de son administration.

En décidant de rétablir les Forces armées d’Haïti, le président Jovenel Moïse a fait un choix. En peinant à donner corps au projet FADH, l’administration Moïse-Lafontant s’est tiré toute seule une balle au pied. En s’attaquant à la stabilité de la Police nationale d’Haïti, c’est toute l’infrastructure sécuritaire qu’on ébranle.

Frantz Duval
Auteur
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