La BRH dans son vieux costume de sapeur-pompier…

Publié le 2018-05-25 | Le Nouvelliste

Editorial -

La Banque de la République d'Haïti (BRH), dans un avis publié le 25 mai 2018, annonce aux banques, aux agents de change régulièrement enregistrés, au public en général, « dans le cadre des mesures visant à améliorer l’offre de devises sur le marché local des changes », « la vente de cent millions de dollars américains pour le reste de l’exercice ». « Par ailleurs, poursuit l’avis, elle annonce une extension de maturité des obligations BRH, allant jusqu’à 364 jours. Elle invite en conséquence le public à acquérir à travers les banques, les caisses populaires fédérées (Le Levier) et la société de promotion de l’investissement (Profin) les obligations BRH (91 jours, 182 jours et 364 jours) rémunérés à des taux respectifs de 7 % , 7.25% et 7.50 %) l’an, augmentés de la variation du taux de change de la période de détention ».

Avec l’annonce de la disponibilité de 100 millions pour le reste de l’exercice, la BRH veut-elle rassurer le marché, calmer la dépréciation non brutale, non spectaculaire mais progressive depuis l’annonce de la « dédollarisation » des transactions commerciales dans l’économie fin mars 2018 ? En s’apprêtant à vendre des dollars pour modérer l’ardeur des spéculations sur le dollar, la BRH, prend-elle acte, en attendant les circulaires d’application balisant la « dédollarisation », que cette mesure n’a pas encore permis de réduire la demande du dollar qui reste la monnaie refuge pour beaucoup d’épargnants et d’agents économiques, la monnaie nécessaire pour importer biens et services ? La BRH cherche-t-elle par ailleurs, avec ses obligations, à réduire le volume de gourdes en circulation pour que celle-ci ne soient pas échangées contre des dollars ?

Sur le plan conjoncturel, la banque centrale montre, comme elle l’a fait a plusieurs occasions dans le passé, qu’elle peut puiser dans ses réserves internationales pour vendre des dollars et être un balancier sur le marché des changes.

Pour le gouvernement, tout ce qui peut modérer ou stabiliser le taux d’inflation (13 % en mars 2018) est bienvenu. Bienvenu parce que le déficit budgétaire –une constante depuis des lustres dans la gestion des finances publiques- est un facteur générateur d’inflation.

Entre-temps, les nouvelles dispositions de la BRH sur la disponibilité de ces 100 millions de dollars est un coup de main non négligeable à l’administration Moïse/Lafontant à un moment où la menace de heurts sociaux pose des questions aux engagements d’ajustement du prix de l’essence à la pompe pour réduire le déficit public et grève d’une possible petite hypothèque l’obtention de l’appui budgétaire de 90 millions de dollars promis par des partenaires internationaux avec la fin de l’exercice le 30 septembre 2018.

Comme par le passé, la BRH a enfilé son uniforme de vigie, de sapeur-pompier de l’économie. Il n’est jamais agréable pour une banque centrale de puiser dans ses réserves internationales comme mousse sur un départ de feu. D’autant que pour contenir la dépréciation de la gourde dont la tendance est constante depuis plusieurs décennies, le marché boit, au chalumeau, les dollars de nos réserves internationales. Cependant, la BRH, pompier mais aussi docteur, se résout encore une fois à administrer de l’aspirine à une économie, s'il faut une métaphore, souffrant d’un cancer en métastase.

Aucun gouverneur des dernières années, funambules obligés, n’a cependant fait l’économie de ce diagnostic et d’appels à résoudre les problèmes structurels de l’économie pour passer en mode production afin de stimuler la croissance du PIB en mode stagnation et régression depuis plus de 50 ans alors que la croissance démographique s’est accentuée. D’un point de vue structurel, les problèmes de notre économie sont les mêmes. Le déficit budgétaire n’est pas maîtrisé, la pression fiscale est très faible (13 %), l’efficience des dépenses publiques, la transparence, la reddition de comptes restent des notions inconnues.

A côté de tout ça, les catastrophes naturelles, le poids de mauvaises politiques, la prédominance de l’esprit de rente de beaucoup trop d’agents économiques, l’absence ou la non-mise en cohérence de politiques publiques (monétaire, fiscale, commerciale) pour ligaturer les veines ouvertes du Trésor et stimuler la croissance du PIB ont mis à genoux le pays. L’une des illustrations de tout ça est le déséquilibre plus marqué, d’année en année, de la balance commerciale. Les importations, en 2017, ont dépassé les 4 milliards de dollars américains contre environ 1 milliard d’exportation. Sans les subsides, les transferts de la diaspora, plus de 2 milliards de dollars en moyenne l’an, la consommation des ménages serait plus rachitique. Tous les problèmes, certains provoqués par le désordre de gouvernements successifs, ne seront pas résolus du jour au lendemain. Sauf qu’il serait mieux de voir la BRH avec un autre costume que celui du sapeur-pompier.

Roberson Alphonse

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