En Haïti, quel avenir pour le futur ?

Publié le 2018-05-23 | Le Nouvelliste

Editorial -

Il se passe ces jours-ci des événements que l’actualité occulte totalement mais qui méritent pourtant l'attention de ceux qui croient qu’en Haïti l’avenir a plus d’avenir que le présent.

Prenons la semaine Konsome Lokal.

Des producteurs locaux de plusieurs biens et services font de leurs spécialités une fête. Dans un pays où le commerce est roi, ceux qui cultivent la terre, transforment des produits, offrent des services sont de vrais héros. Ils mettent en valeur la production nationale et le pays ignore leur labeur. C’est dommage.

Avec audace, le petit-mil, le sorgho est la vedette de la fête. On en mange sur toutes les tables et à toutes les sauces. Les chefs cuisiniers créent des recettes à l’effet saisissant. Derrière cette affection toute particulière pour le mil, il y a un projet de l’USAID et la puissance d’achat de la Brasserie nationale d’Haïti. Le melange sert de locomotive pour nos paysans. Un mariage parfait.

Les ministères, les banquiers comme les politiques devraient être aux pieds des acteurs de cette semaine Konsome Lokal pour les prier de ne pas se décourager. Il n’en est rien.

Un festival international de films se tient aussi cette semaine. Le Festival Nouvelles Vues Haïti illumine les écrans, à Port-au-Prince et à Jacmel, jusqu’au 27 mai 2018. On y parle cinéma. Des projections sont réalisées. Des jeunes suivent des masters class. Des acteurs et des réalisateurs se mettent à rêver. En Haïti.

Là encore, le projet ne vit que sous assistance artificielle. L’Etat, la société civile, les acteurs locaux n’embrassent pas le rêve de cinéma, encore moins l’ambition du festival « qui milite pour de meilleures conditions en faveur des métiers du cinéma, et la création de lieux rendant accessible le cinéma à tous ».

Les salles obscures se sont fermées en Haïti les unes après les autres. Cela n’empêche que l’on pourrait produire des courts et longs métrages pour la télévision, pour les festivals, pour projeter une image de nous, décidée par nous. Non. On laisse le temps recouvrir du voile de l’oubli le talent, la confidentialité, étouffer les initiatives.

Le cinéma, la danse et le théâtre peuvent paraître superflus devant l’immensité de nos problèmes, et pourtant la misère n’a jamais tué la créativité, c’est l’indifférence qui est mortelle. Nous sommes devenus mortellement indifférents.

En Haïti, toute initiative locale n’a de sens que si elle trouve un puissant bailleur de fonds qui lui offre un écrin. L’argent public a d’autres occupations et quand le bailleur met fin au projet, on a à peine le temps de s’étonner que les initiatives locales mettent la clé sous la porte ou vivotent sans avenir.

Frantz Duval
Auteur
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