Semaine scientifique à l’UNIFA

« Si l’État augmente le prix du carburant, ce sera une grave erreur », dixit Eddy Labossière

Au cours d'une conférence le mois dernier à l’Université de la Fondation Dr Aristide (UNIFA) sur la thématique « Diagnostic de l'économie haïtienne, perspective: économie sociale et solidaire », le professeur Eddy Labossière a énuméré trois sources où l’État haïtien peut tirer de fortes sommes d’argent, sans augmenter le prix du carburant. Car, selon l’économiste, si l’État augmente le prix du carburant, ce serait une grave erreur.

Publié le 2018-06-07 | Le Nouvelliste

Economie -

Le ministre de la Culture et de la Communication, Joseph Guyler C. Delva, a récemment expliqué les raisons qui vont pousser l’État à augmenter le prix du carburant sur le marché national. Il a soutenu, entre autres, que, de 2010 à nos jours, l’État haïtien a perdu 47 milliards de gourdes dans le cadre de la subvention des produits pétroliers. Et 24 milliards de gourdes de 2015 à aujourd'hui. Il a en outre souligné qu’une perte de plus de 7 milliards de gourdes est envisagée au cours de l’exercice fiscal 2017-2018. Et cette perte, a-t-il poursuivi, risque d’augmenter jusqu’à 13 milliards d’ici la fin de l’exercice. Aussi, le ministre a précisé que le gouvernement se trouve dans l’obligation d’augmenter le prix du carburant afin de recueillir suffisamment de fonds pour renforcer les programmes sociaux.

Cette volonté de l’État haïtien de réajuster à la hausse le prix du carburant sur le marché local suite à une rencontre avec les dirigeants du Fonds monétaire international (FMI) dans le cadre du Staff Monitoring Program, n'a pas reçu l'adhésion de tous les observateurs et analystes économiques. L'un d'entre eux, le docteur en économie Eddy Labossière, n'est pas allé par quatre chemins pour s'inscrire en faux contre cette idée. Selon lui, cette résolution n’est pas la bonne pour la population.

Pour appuyer ses dires, Il a énuméré plusieurs pistes que l’État pourrait exploiter pour trouver l’argent nécessaire à ses besoins. Notamment, il a souligné que l’État pourrait aller vers les entreprises publiques comme APN, ONA, OAVCT, AAN, etc. où 25% de leurs revenus nets appartiennent à l’État, selon la loi. Pourtant, a-t-il fait savoir, cet argent n’a jamais été récupéré par l’État.

« Les décideurs n’ont pas vraiment intérêt non plus à utiliser ces fonds, car ils pourraient être une bonne source de corruption », a martelé Eddy Labossière.

Le Dr Labossière a mentionné la seconde piste qui est la bourgeoisie haïtienne. Selon l’économiste, plusieurs milliards de gourdes se trouvent abandonnées entre les mains de cette minorité qui détient déjà la majorité de la richesse économique du pays. À en croire l'économiste, l’État haïtien, pour une raison ou une autre, au contraire, leur accorde subventions et exonérations de taxes et d’impôts pour une période de 10 ans. Au terme de cette période, ces hommes et femmes d’affaires, explique Labossière, ont changé les noms de leurs entreprises pour ne pas payer les taxes et pour ensuite bénéficier de nouvelles subventions.

Combattre la contrebande sur la frontière serait l’autre source de revenus pour l’État, selon Eddy Labossière. La contrebande a-t-il ajouté, fléau de son état, charrie néanmoins tout un ensemble de conséquences d’ordre aussi bien économique que social. Et l’État perd plusieurs milliards de gourdes chaque année sur la frontière. Ces sommes accumulées et non récupérées par l’État seraient très bénéfiques au pays, soutient M. Labossière.

« La solution n’est pas l’augmentation du prix du carburant. La solution est là», a-t-il conclu en présence de plusieurs centaines d’étudiants, de professeurs et de cadres de l'UNIFA.

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