Sur le ballon d’essai de dédollarisation

Carte blanche à Jean-Claude Boyer

Publié le 2018-05-15 | Le Nouvelliste

Economie -

J’ai observé le silence le plus pesant depuis le 1er mars2018, date à laquelle le gouvernement de la République a lancé un ballon d’essai en décidant la dédollarisation des transactions commerciales. Le gouverneur de la banque centrale a estimé à un moment de la durée que l’affichage des prix en gourdes était observé. Il en a fait personnellement l’observation dans les restaurants et hôtels. Liliane Pierre-Paul commentant à son journal de 4 heures l’information releva aussitôt le subterfuge. Selon la célèbre présentatrice de nouvelles, ce qu’on observe le matin ne l’est pas en soirée. Autrement dit, les opérations commerciaux se livreraient à la valse des étiquettes.

Auparavant, des voix autorisées du secteur privé ne cachaient pas leur désappointement devant la mesure gouvernementale. Il semblerait que le monde des affaires n’avait pas été consulté. Aussi le secteur privé sollicitait l’ouverture d’un dialogue. La rencontre s’est effectivement déroulée en présence du président de la République. Après les réactions irritées des premiers jours, un intervenant dans le débat passionné laissait entendre que dans au moins deux secteurs : l’automobile et les assurances, la dédollarisation n’était pas possible et aboutit à leur paralysie.

Le temps passe, le gouvernement semble empétré, il marquerait le pas sur place ; les circulaires d’accompagnement tardent à être publiées. En tout cas, certains commerçants bien imbus de l’obéissance due à la loi et à l’ordre établi se plient à l’exigence d’afficher leurs prix en gourdes. Deux invités de « Le Point» de Radio –Télé Métropole relevaient que le vrai débat est ailleurs : comment régler en dollars les transactions courantes quand les salaires sont en gourdes ? Autrement formulé : depuis tout ce temps qu’on s’est lancé dans la dollarisation, comme n’a-t-on pensé à étendre ce penchant monétaire dans les feuilles de paie ?

Au début de la semaine du 7 mai, je suivais en soirée un reportage du correspondant de Radio France Internationale à Kiev, capitale de l’Ukraine. Kiev doit accueillir la finale de la Ligue des champions le 26 mai. Des réservations sont dans les hôtels depuis janvier 2018. A l’approche de l’évènement, les hôteliers se lancent dans l’opération scandaleuse d’annulation de ces réservations et de multiplication par 10 du prix des nuitées. Résultat : les Espagnols, les Anglais et les ressortissants d’autres pays européens qui veulent assister à la finale se voient réclamer jusqu’à 10 000 euros pour se loger dans les hôtels de Kiev. Alors, les Kéviens et Kéviennes, très attachés à l’image de marque de leur pays, ont crié : Haro sur le baudet et ont offert d’héberger les visiteurs dans leurs résidences. Leur orgueil national les a poussés d’un seul tenant à contrer les prétentions des hôteliers et du coup freiner la spéculation naissante. Leur hospitalité est notoire. Lors d’un précédent tournoi ils avaient mis des facilités d’hébergement à la disposition des visiteurs. Leur réaction est exemplaire pour toutes les sociétés gagnées par la fièvre spéculative.

Justement, j’ouvre mon essai « Des dollars et des gourdes», je tombe sur le titre « Logement/ Immobilier : L’offre spéculative». Je continue à tourner les pages : « Le change, l’arbre qui cache la forêt». Plus loin, des titres tels que « Pour pallier la rareté du numéraire», « De la monnaie de singe» et « La renonciation à la défense monétaire». Je reviens en arrière, encore des titres suggestifs : « Russie : l’adhésion au système de Bretton Woods» et « Quand la Russie faisait face à la double circulation interne».

Toujours des titres en rapport avec la dollarisation : « Sur le choix de la dollarisation», « Une dollarisation de plus en plus envahissante», « Les enseignements d’un recul», « dollarisation et prudence», « La dollarisation à l’orée du 3e millénaire », Puisqu’on parle de dollarisation», « Qui doit décider de la dollarisation ?», « Des dollars et des gourdes », « Des dollars introuvables» et « La gourde peut reprendre des couleurs».

J’arrête ici l’énumération. Pour avoir couvert les soubressauts de la crise monétaire de 2002 jusqu’à 2015 en passant par l’agitation du dernier trimestre de 2011, je me renierais si je n’applaudissais pas des deux mains l’envie de la gourdisation en conformité avec l’article 206 de la Constitution. Toutes ces questions sont abordées dans mon 3e ouvrage d’économie monétaire « Des dollars et des gourdes», L’Imprimeur, mai 2017. Les précédents en la matière sont « Survol de la réalité monétaire haïtienne», Imprimerie Delta, 1989 et « Haïti 1989 : une évolution monétaire mouvementée», L’Imprimeur, avril 2015.

Les ouvrages parus chez L’Imprimeur seront disponibles à la foire du Livre. Sincèrement, j’invite le lecteur à se les procurer, il en tirera d'utiles enseignements. Ce n’est pas un plaidoyer pro-domo

Jean-Claude Boyer

Jeudi 10 mai 2018

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