Grève à répétition à l'hôpital général, le cri de coeur du Dr Josette Bijou

À l'Hôpital de l'université d'état d'Haiti, les grèves se suivent et se ressemble. Dans l'expectative, parfois, impuissant, souvent, le ministère de la santé publique est à bout de souffle. A entendre le Dr Josette Bijou, le problème est ailleurs. Dans ce qu'elle appelle un cri de coeur, elle invite ses pairs à former une coalition en vue de soutenir l'HUEH.

Publié le 2018-05-15 | Le Nouvelliste

National -

Entre le Dr Josette Bijou et l'HUEH, c'est le grand amour. Elle est née à l'hôpital. Des années plus tard, elle y est revenue comme étudiante pour faire ses stages cliniques, elle termine son parcours là-bas comme interne en emportant des souvenirs radieux.

Devenue ministre de la Santé publique et de la Population en 2004, elle a trouvé un hôpital au bord du précipice. «J'ai connu l'hôpital général dans ses moments de gloire; quand je suis arrivée à la tête du ministère, c'était la désolation. Le gouvernement avait demandé de donner l'argent qui était prévu pour les festivités de 18 mai ( 12 000 000 de gourdes) à l'HUEH», a témoigné le Dr Bijou.

L'HUEH, les grèves et le dysfonctionnement, c'est une chronique qui a débuté vers les années 90, selon le Dr Bijou. Cette date marque le renvoi de la congrégation religieuse qui tenait les rênes de l'hôpital. Cette déchéance a atteint son paroxysme avec les crises politiques qui ont vu plusieurs professeurs cliniques et médecins de service chassés de l'hôpital général ou du pays tout simplement.

« Le problème de l'hôpital général est un problème de gestion; en 18 mois durant mon passage à la tête du MSPP, on a dépensé 50 000 000 de gourdes à l'HUEH », s'est rappelée le Dr Josette Bijou. C'est alors que le centre de dialyse a été créé et équipé. Tout l'argent du monde ne servira à rien si les professionnels qui dirigent l'HUEH ne sont pas intègres et compétents, a fait remarquer l'ancienne ministre de la Santé. Fort de ce constat, le Dr Bijou lance un appel du pied aux professionnels qualifiés qui ont reçu gratuitement la formation médicale à l'HUEH de venir en aide à ce centre hospitalo-universitaire.

Le Dr Josette Bijou pense qu'il est possible de mener les grandes réformes; il est même obligatoire à son avis. « Après avoir créé des éléphants blancs aux Gonaïves et à Jacmel, on est en train de créer un autre à Port au Prince, dit-elle. Pour elle, la reconstruction de l'hôpital ne veut rien dire. Elle doit être equipée et bien gerée. Sinon, c'est du gaspillage.

Dans ce qu'elle mentionne comme un rappel du bon vieux temps, elle a mis en exergue la fréquentation, à la limite, disproportionnée de l'HUEH qui est aujourd'hui un hôpital pour les pauvres. « Il y avait une salle pour les VIP aux urgences et, dans les services, il y avait des chambres privées. Si j'étais tombée malade, j'aurais pu aller à l'HUEH ». À cette époque, pour être directeur au ministère, qui était le département de santé, il fallait avoir une maîtrise en santé. C'est en souvenir d'une espèce de "c'était mieux avant" que le Dr Josette Bijou interpelle ses confrères et consoeurs à former une coalition de sauvetage pour l'HUEH.

Pour elle, c'est un cri du coeur. Un acte désespéré, peut-être. Mieux encore, c'est un acte de foi. Dans un pays où le soutien que l'État offre à la

santé-moins de 5% du budget national- est celui de la corde aux pendus; il revient aux professionnels de santé de sauver les institutions sanitaires.

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