La facture pétrolière a augmenté de plus de 30% en Haïti en 2017

Publié le 2018-05-14 | Le Nouvelliste

Economie -

L’actualité économique en Haïti est encore dominée par cette perspective d’augmentation des prix des produits pétroliers sur le marché local, face, entre autres, au rebondissement de la facture pétrolière dans l’économie. Cette dernière s’est alourdie en 2017 par rapport à 2016, non seulement à cause de l’augmentation du volume importé, mais aussi et surtout à cause du renchérissement de près de 15% des prix du pétrole l’année dernière.

En effet, les importations de produits pétroliers sont passées de 563,73 millions de dollars américains en 2016 à 743,24 millions en 2017. Il s’agit d’une progression de 31% de la facture pétrolière d’Haïti, alors que le volume importé l’année dernière n’a augmenté que d’environ 16%, selon notre analyse des données rendues publiques par la BRH. Parallèlement, de l’autre côté, en terre voisine, les données de la banque centrale de la République dominicaine indiquent une progression de 22% de la valeur des importations de produits pétroliers et une baisse de 2,3% du volume importé.

Il faut rappeler que les produits pétroliers importés par Haïti sont composés de la gazoline, du kérosène, du gasoil (diesel), du mazout, des lubrifiants et autres, du bitume et du gaz de pétrole liquéfié.

Si l’on regarde maintenant le poids des grandes composantes des produits pétroliers dans les importations de ces produits, on peut voir que la gazoline représente environ ¼ (25%) des importations en 2017, contre 35% pour le gasoil (diesel) et 26% pour le bitume qu’on utilise dans la construction de routes.

Puisqu’Haïti est un importateur net de produits pétroliers, cette facture pétrolière de plus de 743 millions de dollars en 2017 contre plus de 563 millions en 2016 a été l’une des conséquences principales de cette nette augmentation de 16% des importations de biens l’année dernière et a creusé davantage le déficit du compte courant de la balance des paiements en 2017.

Ce déficit courant est passé d’environ 83 millions à 216 millions de dollars en 2017 contre 165 millions en République dominicaine.

Pour les six premiers mois de l’exercice en cours, soit les deux derniers trimestres écoulés (octobre 2017-mars 2018), les importations haïtiennes de produits pétroliers ont déjà atteint plus de 400 millions de dollars, soit une progression de 13% par rapport à la même période de l’exercice précédent. Si cette tendance se maintient, on devrait clôturer l’année 2018 avec des importations de l’ordre de plus de 800 millions de dollars en produits pétroliers, ce qui traduirait le niveau le plus élevé depuis 2014.

Les perspectives 2018 concernant l’évolution des prix des produits pétroliers ne sont pas bonnes pour Haïti, car, selon la Banque mondiale, les prix des produits énergétiques (pétrole, gaz naturel et charbon) devront s'envoler de 20% cette année, avec un prix moyen du baril de pétrole de 65 dollars américains. Cependant, actuellement, le prix du baril tourne autour de 70 dollars. Parallèlement, on ne peut pas oublier cette tendance de dépréciation continue de la gourde qui constitue un enjeu non négligeable dans le renforcement de la valeur des importations des produits pétroliers en gourdes.

Face aux évolutions récentes des prix du baril sur le marché international et aux déséquilibres des finances publiques, les autorités haïtiennes envisagent d’ajuster sous peu les prix à la pompe sur le marché local. Une décision difficile et compliquée. Mais elle est importante pour les finances publiques. Elle aura bien sûr des répercussions sur la stabilisation macroéconomique et des conséquences négatives surtout sur ces 6 millions d’Haïtiens qui vivent avec moins de 2 dollars américains par jour et ces 2,5 millions qui pataugent encore dans l’extrême pauvreté.

Riphard Serent, MPA Economiste riphardserent@gmail.com Auteur
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