Témoignages

Le doyen et moi

Il y a de ces institutions qui vous interpellent par leur pérennité et leur vision. Elles vous font des clins d'œil à chaque instant à travers le prisme du temps.

Publié le 2018-05-16 | Le Nouvelliste

Culture -

André Fouad

Ah… ! Comme le temps file très vite comme une fusée. Depuis ma tendre adolescence, j'ai toujours aimé écrire et lire. J'ai toujours développé un amour fou, viscéral, pour le plus ancien quotidien de la capitale dont le quartier général se trouve à la rue du Centre.

Grâce à mon camarade de classe, Rudy Rivière, que j’ai connu en classe de rhéto au collège Canado-Haïtien dans les années 1990, j'ai publié mon premier article sur l'émergence de la mouvance racine avec la meringue carnavalesque à succès « Kè m pa sote » de Boukman Eksperyans, nominée aux Grammy Awards en 1992, dans les colonnes de « Tap-Tap », le magazine culturel par excellence fondé par feu Master Dji, Raphaël Féquière et Ralph Boncy. Un supplément du journal très prisé à l'époque dans le milieu du showbiz en Haïti.

Cela m'a permis, grâce au succès de mon article, de fréquenter toute la belle équipe constituée de journalistes compétents, avisés et toujours prêts à épauler les plus jeunes qui faisaient leurs premiers pas. En ce sens, je dois une fière chandelle à Raphaël Féquière, à Rodney St-Éloi, à feu Carlo Désinor, à Aubelin Jolicoeur, à Lucien Montas, à Pierre-Raymond Dumas, à Pierre-Manigat Jr, à Jn-Robert Fleury, à Evens Dubois, à Daly Valet, pour ne citer que ceux-là.

Je dois une fière chandelle aussi au journaliste feu Roger Milscent qui animait la rubrique les « Remous de l'actualité ». Il me prodiguait des conseils salutaires et m'incitait constamment à peaufiner mon travail. Il m'avait même dédicacé un ouvrage sur les techniques de l'écriture journalistique. Ce manuel occupe encore une place de choix dans les rayons de ma bibliothèque.

Je n'ai jamais abandonné la course. Grâce au soutien et à l'encadrement de feu Dr Carlo Désinor, rédacteur en chef à l'époque, j'ai animé la rubrique « Port-au-Prince sur la corde raide ». Ma plus grande joie a été la publication, en première page du journal, de l'un de mes articles « Les enfants des rues, des Mozart assassinés avant la lettre ». Ce qui était très apprécié par les lecteurs et lectrices.

Ce texte, encore d'actualité, évoquait les talents des enfants des rues, malheureusement livrés à eux-mêmes. J'ai invité les instances étatiques à prendre leurs responsabilités pour la prise en charge de cette frange de la population.

Au fil des années, je grandis avec le doyen de la presse haïtienne. J’ai pris part au centenaire du journal au Complexe Promenade à Pétion-Ville. Et les 120 ans ont bien sonné dans ma tête. Le Nouvelliste, après toutes ces décennies, reste encore fidèle à ses idéaux, à sa philosophie et à ses convictions. Malgré la montée en flèche du numérique et de l’Internet.

Le Nouvelliste est pour moi une école de pensée, une vraie fenêtre qui s'ouvre et qui vous ouvre sur le monde.

J'ai appris à mieux cerner, mieux comprendre cette île. J'ai appris à cultiver la sagesse, la tolérance, la rigueur dans le travail et l'esprit critique dans mes actions au quotidien.

Je remercie de façon spéciale le staff actuel (Max Chauvet, Frantz Duval...) et l'écrivain Claude Bernard Sérant qui anime la page culturelle dans un pays et qui vend du rêve à la place du stress.

Là où je suis en Floride dans l'État-Soleil aux États-Unis, je consomme chaque matin Le Nouvelliste sur mon smartphone, comme une tasse de café chaud avant de prendre cette route qui tisse la toile d'araignée de mon existence.

André Fouad andrefouad@yahoo.fr Auteur
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