Jovenel Moïse va-t-il aussi perdre le match ?

Publié le 2018-05-07 | Le Nouvelliste

Editorial -

Contre les produits en plastique c’est un véritable match que le pays joue.

Qui est sur le terrain ?

D’un côté, les consommateurs consomment. Les commerçants vendent. Les importateurs importent. Les producteurs produisent. Des millions de sachets en plastique, des millions de bouteilles pour les boissons gazeuses, des millions d’assiettes en styrofoam, des millions de cups en toutes sortes de matériaux issus du plastique.

Cela se fait chaque jour, chaque semaine, chaque mois, depuis des années. Des millions de dollars changent de mains, des bénéfices sont empochés, l’environnement se dégrade. Chaque seconde, un peu plus.

De l’autre côté de la pelouse Haïti, l’État encaisse des taxes, dépense pour le curage et l’évacuation des tonnes et des tonnes de fatras qu’engendre le secteur des produits en plastique.

À la fin du match, chaque jour, le pays se dégrade un peu plus. Nos égouts sont obstrués, nos ravines débordent. Un peu partout, surtout sur nos plages, il y a comme un tapis de neige fait de bouteilles en plastique, de sachets en plastique, d’assiettes en styrofoam. Tout devient blanc très vite quelle que soit la couleur de départ du produit. L’encre s’en va, pas les capacités nocives pour l’environnement du plastique.

L’État depuis des décennies a laissé faire. Il n’y a ni règle ni loi sur la consommation des produits en plastique en Haïti. La croissance du secteur est exponentielle.

En 2012, le premier ministre Laurent Lamothe a essayé de stopper la propagation de certaines catégories de produits. L’effort n’a pas été couronné de résultat. Les autres gouvernements n’ont pas suivi le chemin tracé qui allait pourtant dans la bonne direction.

Chaque communiqué d'interdiction d'importation est un feu de paille. Mis à part la publication de communiqués et la saisie symbolique épisodiquement de quelques assiettes, l’État haïtien laisse faire comme il sait si bien le faire.

Les objets en plastique ont de beaux jours devant eux en Haïti.

Le président Jovenel Moïse va-t-il perdre le match contre le plastique ? A-t-il la volonté de s’engager sur ce terrain ? Saura-t-il éviter les erreurs de Laurent Lamothe et ne pas confondre vitesse et précipitation ? Saura-t-il promouvoir et accompagner l'émergence d'unités industrielles de production locale de produits de substitution biodégradables ?

L’urgente nécessité de stopper les objets en plastique ne doit pas faire oublier qu’il faut accorder des délais raisonnables et offrir une alternative aux consommateurs, aux commerçants et aux utilisateurs.

Jovenel Moïse et son gouvernement sauront-ils faire payer les pollueurs ? Sauront-ils faire revenir les bouteilles en verre et les contenants recyclables (cantines, gobelets, sacs en papier ou en toile, etc) ? Sauront-ils protéger non seulement l’environnement d’Haïti, la santé des Haïtiens, mais aussi protéger la Caraïbe et le monde ?

Notre façon de consommer et d’évacuer les produits en plastique les pousse vers la mer et Dieu seul sait où ils atterrissent, où ils polluent, où ils tuent.

Le match contre les produits en plastique a des enjeux financiers et des relations internationales. Des enjeux environnementaux et sociétaux.

Jovenel Moïse a-t-il envie de jouer ce match ?

Frantz Duval
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