Changer les hommes ne suffira pas pour sauver le premier ministre Lafontant

Publié le 2018-04-27 | Le Nouvelliste

Editorial -

Le premier ministre Jack Guy Lafontant a réaménagé son gouvernement. Voulant s’assurer que tout le monde sache qu’il est le maître à bord, il a lu lui-même le décret sur la Télévision nationale d’Haïti en pleine nuit. Du jamais vu dans la communication gouvernementale dans notre pays qui a tout connu en la matière.

L’annonce du renvoi de quatre ministres et de l’entrée de cinq nouvelles personnalités au gouvernement n’a paru satisfaire aucun secteur. Ni les parlementaires donneurs d’ultimatum, ni les présidents des deux chambres qui n’ont pas été consultés, ni l’opposition, bien entendu. La sénatrice du Nord, Dieudonne Luma Etienne, s’est même fendue d’un tweet pour dénoncer le fait que la parité homme femme n’est pas respectée, ni l’exigence constitutionnelle de réserver 30% des nominations aux femmes. Les cinq nouveaux venus sont tous des hommes.

En attendant que le premier ministre produise les documents confirmant que les nouveaux ministres sont en règle avec la loi, la machine gouvernementale a pris service dans les pas des sortants. Les nouveaux ministres, sans prendre souffle, font comme leurs prédécesseurs.

Ce n’est pas sur le plan politique que Jack Guy Lafontant doit s’inquiéter de la performance de sa nouvelle équipe. Aucun Haïtien ne croit au miracle et personne n’attend que le nouveau gouvernement Lafontant fasse mieux que l’ancien gouvernement Lafontant. Chaque ministre va chercher à faire pour le mieux, si le Bon Dieu est bon. Pas plus.

La vraie inquiétude vient de l’inadéquation entre les problèmes du pays et les moyens dont dispose l’État haïtien pour s’y colleter. Il y a de moins en moins de ressources, d’intelligence et d’initiatives pour trouver de nouvelles solutions à nos problèmes anciens et nouveaux. C’est un constat récurrent et le changement d’équipage ne présage d’aucun changement majeur.

Il n’y a pas eu non plus avec l’arrivée du Lafontant nouveau, un an après les feuilles de route pompeusement présentées lors de l’installation du premier ministre, ni évaluation du chemin parcouru ni de nouvelles orientations pour les conducteurs du char de l’État. Ni le président, ni le chef de gouvernement n’ont eu des mots pour montrer que quelque chose doit changer et vite.

Alors que les indicateurs économiques se dégradent, l’autosatisfaction est de mise.

Pourtant deux images la semaine écoulée, montrent que rien n’avance à satisfaction. Les pluies laissent partout sur nos chaussées des assiettes en styrofoam interdites par le gouvernement depuis des temps immémoriaux (depuis l’administration Martelly-Lamothe, en fait). Des défaillances de la piste de l’aéroport du Cap-Haïtien et de celle de Port-au-Prince ont empêché les liaisons internationales de se maintenir.

Pour les assiettes comme pour les pistes en mauvais état, dans les deux cas, la défaillance est avant tout celle de la gestion. Ne parlons pas de l’incapacité de l’État à faire respecter la circulaire sur l’utilisation de son parc automobile, ni celle sur les gyrophares, les vitres tintées ou autres mesures prises mais non respectées.

Le gouvernement Lafontant, avec les anciens ministres comme il est à craindre avec les nouveaux, gère le pays a minima, mais ne le réforme pas, ne le révolutionne pas. Ni en tout, ni en partie.

Haïti sous Lafontant a un problème de ressources mais surtout un problème de logiciel, de programme, de projet, d’idée et d’hommes.

Frantz Duval
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